
Mes pauvres mots zélés
En mausolée
Pour Mandela…

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Les cailloux concassés du pénitencier
Les colliers rouillés des chaînes de chaque jour
Les bracelets grossiers des menottes perpétuelles
Et l’impensable espoir comme un bol d’air ivre
Les rayures moites de la sueur absurde
Les zébrures ternes du quotidien borné
Les ratures droites des barreaux d’un monde à part
Et l’espoir incongru comme un nuage nomade
Le bâillon judiciaire édicté sur la vérité
La caricature policée d’un verdict kafkaïen
Le délire d’une sentence folle proférée sans frémir
Et l’espoir bombardé de noir comme un tag sur le mur
Univers carcéral circonscrit de vagues insolentes
Ile étroite croûte où l’on séquestre l’universel
Pustule de terre verrue sur un rêve tropical
Mais l’espoir est l’albatros de cette étroite geôle

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Ils ont coupé
Le monde
En deux
Ils ont dit
Ne mélangeons pas
La pâte humaine
Séparons
L’eau de l’onde
La glaise de la terre
L’azur du ciel
Les braises du foyer
Inventons
Le mur sûr qui dure
Le rempart indépassable
La barricade inéluctable
Le barbelé imperturbable
Le champ clos du silence
Et son cloître coi
Ecartons
De l’infecte ivraie
Le vrai grain
Cultivons
L’ego de nos égaux
Le centre de nous
Notre centripète Moi
Rien que pour nous
Et préservons
L’immatérielle chasteté
De notre unique
Peau

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Et puis ils ont trempé
Leurs bromures de mots
Dans l’eau bénite
De leurs divers prêtres
Pour un Evangile miraculeux
Heureux les purs
Car ce royaume
A part
Leur appartient
Heureux les pauvres
Car ce royaume
A part
Est leur destin d’enfer
O béatitudes de l’effort
Et du dos serve courbé
O pain noir immonde
Gagné à la sueur
Inutile des fronts baissés
D’un monde interdit
Car Dieu récompensera
Vers un ailleurs meilleurs
La génuflexion kaffir
Devant le pouvoir
Livide
Immaculé
De la vérité toute blanche

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Et puis ils ont
Mis « hors-la-loi »
Les autres
Les pas purs
Les pas blancs
Les noirs bien sûr
Mais les grisés
Les blanchâtres
Les mulâtres et toutes
Leurs troubles
Déclinaisons
Et puis aussi
Les niaques bizarres
Les hindoux trop bistres
En somme
Tout ce qui porte
Un peu trop
Les traces pygmentées
D’un soleil exagéré
Eternel corrupteur
Des visages pâles
- O nostalgie yankee
Du grand Ouest
Et des Indiens parqués
Dans des enclos de mort
Et l’alcool fort
D’une inéluctable
Défaite -
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Rêve de revanche
Pourpre de rédemption
Où se lave l’horizon
Dans des matins ocres
De savane brûlée
Massacre vengeur
Où la folie empale la folie
Crime pour crime
On rend tout
Et les potences dressées
Pour un peuple debout
Quand Spartacus
Descendra
De son crucifix
Pour renverser le monde
Et relever le Sud
Contre le Nord
Immense révolte
Aux remous
De tsunami
A l’aurore rouge
Où baigne la mort
Comme sanction
Nœud gordien
Au cou tranché
Sans contrition

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Et ceux du monde
L’autre le vrai
Celui qui décline chaque jour
Son arc-en-ciel
Ils l’ont tous dit
« Vous comprenez
Si jamais on condamnait…
Si jamais on laissait ces Africains…
Imaginez ce long déversoir de sang
Les vies éclaboussées en charpie
Les viols des vierges l’horreur les tortures
L’impossible et impensable charnier
Des amas de cadavres Blancs »
Alors ils se sont tus
Ou bien ils ont fait semblant
Arboraient des moues diplomatiques
Pour cacher des baisers secrets
Aux parfums de diamants
- Géronimo et ses cendres trahies
Au bout de la fumée trouble
D’un calumet d’illusoire paix
Y penses-tu Nelson
Penché à perpétuité sur le calendrier clouté
Du quotidien de tes travaux forcés ? -
Et lui sur son île Robinson ligoté
En fracassant les cailloux de la haine
Chaque jour ressassait son pardon
Et l’espoir avait des effluves
De vent marin et de serments de cormorans

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Il y a ceux qui sont morts
Ceux que l’on a extirpé
Du livre de l’histoire
A coups d’interrogatoires
Aux questions électriques
Où trempées dans l’eau muette
Des baignoires sans réponses
O vous qui ne voulez pas
Même les imaginer
Assis aux mêmes bancs
Vous gardez pourtant le contact tenace
Et vous les dénudez
Et vous les frappez
De vos propres poings
Et vous les écorchez
Et vous les ramassez
Quand ils tombent
Démis de douleur transis
N’avez-vous donc pas peur
De déchoir ainsi
D’entrer dans cet étroit corps à corps
Avec ces nègres
Indignes indigènes
Inaptes à l’existence ?
Où bien alors avez-vous déjà
Enraciné au fond de votre peau
Le sentiment blafard
D’avoir franchi
Les portes imperturbables
D’un irréversible enfer ?
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Et pourtant
Sorti de là
Au bout de tant de temps
Au bout du bout de l’espoir
Et pourtant
Une fois sorti
Tu leur as tendu la main
Tu leur as ouvert tes mots
Et pourtant
Une fois tombé
Le bâillon âcre
Qui couvrait ta voix
Tu leur as offert
Le pardon
Donc pas de sang purificateur
Donc pas d’aurore rouge
De feu et de fer ?
Non
Le pardon
Simplement
Et le vivre ensemble
Pour inventer un autre lendemain
Dans l’aurore limpide
D’une terre arc-en-ciel
Au drapeau
Multicolore
Et l’île au loin
Et ses cailloux concassés
Est devenue le musée
De l’espoir invincible

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Car
C’est aussi
Le pays de Gandhi
Bien avant le Mahatma
Victime de la loi
De ce monde à part
Interdit de se connaître
Interdit de se rencontrer
Sauf pour être serf
Boy
Espèce d’esclave
Au bas de la table du Blanc
C’est là que Gandhi
A grandi
Pays de barbelés
Où naissent pourtant
Les hommes de paix
Violence étatique
D’une étrange société
Où la cloison fut loi
Mais d’où sortent ceux
Qui sauveront de la honte
Barbare
Le siècle numéro Vingt
Et sa furieuse vanité
O Gandhi
O Mandela
Frères de sang
Frères de paix
Arbres noueux du futur

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O Mandela
Que mes mots zélés
Bâtissent de leur simple souffle
Ce mausolée de phrases
O Mandela
Aucun temple de marbre
Aucun colosse d’ébène
Ne rendra justice à ta parole
O Mandela
Frère d’âme camarade de sang
Du king Martin Luther
Et des consciences saines érigées
O Mandela
Ma blanchitude de ses vers nus
Tresse le scrupule blanchi
Des sépulcres immémoriaux
O Mandela
Que se lèvent tutélaires les ombres héréditaires
Les fétiches enracinés et de Chaka et de Biko
Et les foules piétinées de Soweto de Sharpeville
O Mandela
Oser dire non est l’apanage du héros bâillonné
Mais seul l’offensé sait offrir un pardon immense
Où se dessine l’arc-en-ciel qui invente l’avenir
O Mandela
En moi bat le tam-tam d’un cœur métis
Leucoderme qu’aimante l’ébène
Mon âme s’émeut d’un soleil mélangé
Où l’Homme n’est ni Noir ni Blanc
Mais le projet libre d’une vie voulue
