
Il joue du violon dans le RER
Entre deux stations
Du chemin de croix
Quotidien qui hoquette
Vers la banlieue
Au milieu du silence
Où se déguise l’ennui
Où s’atrophie l’horizon
D’un mutisme lourd et clos
Il joue et son sourire
Envoie son archet
Décrocher
Des lunes sommaires
Sur les échelles sonores
Des harpèges offerts
Comme une main tendue

Le train anône sa batterie
Bégaie ses tressautements
D’acier domestiqué
Et nous traine vers
L’itinéraire de nos banalités
Il joue et s’envolent
Nos panoplies ternes
Où se cachent l’oubli de nos rêves
La cave humide de nos souvenirs
Le grenier étroit de nos fantasmes
Il joue
Et la musique nous prend
Par la portée grande ouverte
Où s’en va dérailler
Au galop d’un crin blanc
La trame triste de notre trajet
Puis il se tait
Débranche sa sono
Accrochée d’un scotch
A son menton de bois
Et s’avance vers nos oboles
Alors public improvisé
Timides nous posons
Dans la sébille tzigane
D’un peut-être Mozart
Nos piètres larmes d’euros
Toutes suantes de reconnaissance
Il joue du violon dans le RER
