Anniversaire ?
Quel anniversaire ?
Peut-être le mien, qui sait ?
Amarré à ma bouée gonflée de mots
J’incendie de visions mes yeux noyés
Dans la buée aigre des baisers défunts
Feux follets nés de métaphores faciles
Bon anniversaire
Scellé d’incrédulité face au miroir hilare
D’un cliché improbable qui s’incruste
Je rase ma rage au fil d’un verbe sec
D’une lyre où moussent mes rimes glabres
Bon anniversaire
Figé devant mon fameux film muet
Où les aurores s’éclaboussaient d’étoiles
J’ajuste d’un vers monté de séquences tues
Le visage déshabillé des souvenirs coupés
Bon anniversaire
Saoulé de tant de serments millésimés
Je vadrouille dans les chants avinés
De toutes mes vendanges tardives
Avec un vieux vin éventé de vanité
Bon anniversaire
Hirsute pantin dans l’ennui pasteurisé
Des tours hérissées que hante la peur
Je pose la nuit mes poèmes paumés
Vers un ciel numéro sept hors service
Bon anniversaire
Cravaté et poli de hiérarchie soyeuse
Je fermente de fiel mon âme froissée
Dans d’insolents quatrains sibyllins
Au souffle narquois d’anarchie coite
Bon anniversaire
Amant martyr cerné d’épines roses
Je sommeille sourd sur d’anciens lauriers
Et mes rêves déchus tressent sur douze pieds
Le fantasme amer d’orgasmes lyriques
Bon anniversaire
Quel futur fade se trouble de sable
Quand se renverse l’or chu en cendres ?
Et qu’un ultime demi verre se demande
S’il est vraiment plein de vide ou de vent
Bon anniversaire
Allez avance reprend ton sac de mots
Et lance à la volée tes paquets de tropes tristes
Tes images racornies nées de la même muse usée
Va au-devant du panache déplumé de l’épitaphe
Bon anniversaire
En attendant
En attendant…

in “Le gone”