SOMMAIRE
33. Hommage
32. Oasis
31. Le Chanteur
30. Deux ballades
29. L’An neuf
28. Chant de Noël
27. Dix-huit ans
26. 4 Novembre 2008
25. Ingrid
24. L’Eté
23. Ave Césaire
22. Resurrection
21. Saint Sylvestre
20. Assassinat
19. Lettre à Rama (3)
18. Les cinq sens
17. Lettre à rama (2)
16. Lettre à Rama (1)
15. Moiteur
14. Toujours du côté des perdants
13. Destin
12. Semaine sainte
11. Le prétendant
10. Adieu l’abbé
9. Jour de neige
8. Une pluie de papillons mauves
7. Crépuscule
6. Avant la finale
5. Fête
4. Fin de forfait
3. Frissons
2. Loghorrée
1. Deuil
***
33. HOMMAGE

Elle s’appelait Gaby…
Elle pleure d’une guitare rauque
Un blues fond de ses yeux fanés
Un vieux film fatigué défile
En noir et gris et en fumée
Sous des projecteurs humides
Joséphine ne veut plus oser
Un étalon fantôme galope
Sur le sable des plages rayées
Les riffs saturés pleuvent
Et la batterie roule du plomb
Sur les pistes de notre jeunesse
Martine pour toujours boude
Et ses lèvres ivres tremblent
Cachées derrière la vitre fermée
D’une vidéo qui se dévide
Lorsque les clopes copines
Se saoulaient de mots dégoupillés
Elvire ne rêve plus
Seule sur son logiciel N°7
Il ne lui reste en parfum
Rien qu’une mémoire vive
Et ses volutes mauves
Sorties d’une voix sans issue
Et nous nous restons sur le quai
Avec un dernier ticket
Pour ce concert inachevé
Nous sommes tous coincés
Dans la même file d’attente
Vers qui sait quel Zénith…

***
32. OASIS
5 mars 2009

Je suis revenu de l’oasis
Où j’ai bu à satiété
-Mais sans me rassasier-
Le flot velouté de ton verbe
Le flux affolant de tes lèvres
Ton rayon de sourire
Ta perfection plastique à rendre muets tous les pinceaux
Je suis revenu de boire
Et ma mémoire se mue en ruisseaux
Et je meurs de soif sur mes souvenirs
Et je pleure de rage et de regret
De n’avoir plus dans mes bras
Ce présent éternel que je n’ai su garder
Il me reste le désert
Avec sa piètre routine insipide
Et sa morne platitude affligée
La médiocrité stricte de son étroitesse
Un blues si vide qu’il n’a rien à dire
Sinon le même ennui recommencé
Reviendrais-je vers toi ?
M’accorderas-tu demain
L’aumône de ton sourire ?
Je ne suis plus rien d’autre
Que ce mendiant ridicule
Espérant le miracle des miettes
Qui chutent de ton festin
Mais au moins
La moindre parcelle échue de toi
Or aura encore
L’éclat si pur
De cet arc-en-ciel réel
-Cordes courbes
D’une guitare multicolore-
Où s’accrochera têtu mon fantasme de toi

***
31. LE CHANTEUR

Il porte si las sur son dos
Son paquet de vers luisants
Cordes sensibles des guitares
Et de tant de souvenirs fous
Il cache son regard de blues
D’un noir blindé de pudeur
Le miroir de nos vies blasées
Où tournent d’anciens vinyles
Il ne peuple que peu son costume
Mais détient toujours les clés du chant
Epure éthérée du rock acide et placide
Où se mirent encore nos sillons rayés
Sa voix griffée grave de bleu
L’étroit de nos existences ternies
Et la somme de tant d’habitudes bues
Par le simple miracle d’une mélodie
Ombre déjantée
Aux gestes secs
D’albatros sonore
Aux rêves retenus
Sombre compagnonnage
Quand nos silences faisaient licence
Pour tromper le temps perdu
Dans de faux miroirs de jouvence
Longue esquisse dégingandée
De nos mémoires meurtries
Paroles d’exil aux draps lourds
Où sommeillait notre jeunesse
« Gaby O Gaby » « J’écume » « Le dimanche à Tchernobyl»
« Osez Joséphine » « Faites monter » « Ma petite entreprise»
« La nuit je mens » « Madame rêve »« L’irréel »« Vertige de l’amour »
« S.O.S. amor » « Sommes nous »« Résidents de la république »
« S.O.S. amor » « C’est comment qu’on freine »

***
DEUX BALLADES

QUAND DONC REVIENDRA LA SAINT VALENTIN
Quand donc reviendront les muses d’antan
Ardentes sensuelles et lascives
Qu’un simple vers hissait au firmament
Rimes de couleur aux musiques vives
Palette de mots qu’un parfum caresse
Mer que soulève un pinceau florentin
Pour que de l’écume une Vénus naisse
Quand donc reviendra la Saint Valentin ?

O Louise soyeuse lyonnaise
Eprouvée d’amour éperdue de mots
Ta lyre si tendre aux sonnets de braise
A noué en moi ses tristes joyaux
Et vous Madame Récamier en pause
Eternelle sur ce sofa hautain
Epaules nues où mes soupirs se posent
Quand donc reviendra la Saint Valentin ?
Et vous mes princesses déchues d’avant
Lorsque le temps fou nous ouvrait vos lèvres
Quand nos baisers s’éparpillaient aux vents
Nous dilapidions nos frissons nos fièvres
De vous qui fûtes nymphes fées fantasmes
Fol amour faux serment vierge ou catin
Il ne me reste en refrain qu’un sarcasme :
Quand donc reviendra la Saint Valentin ?
Prince oyez mes drames du temps jadis
Beautés qui avez frôlé mon destin
Je viens vous chanter ce de profondis :
Quand donc reviendra la Saint Valentin ?

Poème lu à l’Espace Montpezat, le lundi 23 février 2008, dans le cadre du “Lundi des poètes” de la Société des Poètes Français
***
AU FIL DE L’EAU

Nos regrets nos remords embrouillés de déboires
Tous nos regards perdus leurs regains de mémoire
La fontaine où l’on a cru bon de ne pas boire
Tous ces patients secrets que bouclent les armoires
L’oubli témoin muet des anciennes défaites
L’horizon où sombre un soleil souillé de sang
Comme un poinçon de feu sur un cœur en retraite
Tout part au fil de l’eau tout meurt au fil du temps
Cette absence immense qui tapisse ma vie
Les fresques déchirées dans les ruines d’un temple
Tous ces pas égarés dans un désert d’envie
Mes souvenirs rayés bègues comme un vieux sample
Les musiques d’antan et leurs refrains amers
Mots usés qui posent des rimes sur mes maux
Vers versés en baume sur les plaies de naguère
Tout meurt au fil du temps tout part au fil de l’eau

Ta beauté qui danse dans nos nuits débridées
Nos gestes de délire aux longs silences moites
Nos complicités nues aux torpeurs exsudées
Nos râles partagés dans l’opacité coite
Jusqu’à ce que l’aube se rhabille de ciel
Et nous offre en bleu pur son chef d’œuvre éclatant
Comme un espoir crédible au poème éternel
Tout part au fil de l’eau tout meurt au fil du temps
Prince maître du temps le flux le flot l’eau vive
Submergent nos serments nos moments nos tourments
A ce simple verdict il faut donc qu’on souscrive :
Tout part au fil de l’eau tout meurt au fil du temps

***
29. L’AN NEUF

La froidure avec ses prétentions poétiques
Métaphorise notre avenir de vœux vides
Le vent nous flagelle de rafales lyriques
Vomissant nos remords en flocons insipides
Chute des illusions que ramassent noircies
Les pelles triviales du petit jour boueux
Le miroir du temps n’est qu’une vitre transie
Sous l’aigre buée de nos miasmes nauséeux
Si l’an deux mille neuf se prétend vraiment neuf
Que ce bel avenir d’espoir plein comme un oeuf
Ne fasse de nos vœux de vieux fantasmes veufs
Terre qui prodigue son sang héréditaire
Eternelles rancoeurs sourdes vendettas qui
Mémoires oppressées des haines séculaires
Tueront toujours dans la même infinie folie
Sur les sanctuaires des livres trois fois saints
Prêtres rabbins imams de leurs dieux pieux soldats
Font du sacrifice final leur seul dessein
Car pour eux cette vie ne vaut pas l’au-delà
Si l’an deux mille neuf se prétend vraiment neuf
Que ce bel avenir d’espoir plein comme un oeuf
Ne fasse de nos vœux de vieux fantasmes veufs
Voici donc la dalle livide de l’hiver
Qui vient sceller de gel mes vers de canicule
Voici le temps des regrets et leur vin amer
Mes aurores soldées pour l’or d’un crépuscule
Voici le rêve encore de croire en demain
Comme les chimères de mes mots maladroits
Dans cet hier déguisé en nouveau matin
Ton sourire remet mon futur à l’endroit

***
28. CHANT DE NOEL

Te revoilà donc mon vieil hiver blafard
Avec ton cafard tes engelures tes morsures
Avec tes regrets de bois sec sur nos vies froides
Et leur nostalgie âcre tout en tas de cendres
Bien sûr tu nous envoies toujours ta neige
Qui recouvre d’oubli souple les gerçures
Le poinçon sec du gel quand le givre berce
Cet homme abîmé qui déchu se meurt seul
Quel Noël chanterons-nous
Sous ce houx taché de sang ?

Hier ma ville s’est explosée de lumières
Pierres d’histoire submergées d’or échevelé
Vitrail vivant qu’un laser illumine d’illusion
Et les vitrines offertes s’inventent une fortune
Devant le vide des yeux creux qu’hallucine
La féerie heureuse du mensonge électrique
Préfabriquée pour des chalands désenchantés
Devant la banquise sûre d’un avenir délocalisé
Quel Noël chanterons-nous
Sous ce houx rouge de honte ?

Les artères saoules des villes en vadrouille
La foule en vrac de ces vies vendues d’envie
Rêvent que l’espoir se solde même le dimanche
Dans les cadis précaires d’un père Noël septuagénaire
Noël rien qu’une parabole à dormir de froid
Une légende sortie des Livres dont se déchirent
Les pages trois fois saintes à coup de poing ou de pieds
Pugilat furieux des prélats d’Orient dans un bain d’encens
Quel Noël chanterons-nous
Sous ce houx au goût factice ?

Et nous candides pauvres abonnés naïfs
Devant l’éternel regard enfantin de minuit
Avec un sapin dernier cri plastifié de vert
Restons à attendre que demain nous déplie son cadeau
Quant à moi mon cœur usé hiverne encore
Mes frissons d’antan se glacent sur mes vitres
Et ma mémoire rouillée comme un vieux frigo
Vient m’offrir sur son miroir cet hier congelé
Alors amour j’ai cueilli sur le houx ce rubis
Pour le sertir sur le doux désir de tes doigts
Afin que nous deux chantions à l’unisson
Les nues secrètes d’un authentique Noël païen

Poème lu
le lundi 22 décembre 2008 à l’Espace Monpezat,
dans le cadre des “Lundis des poètes
de la Société des Poètes Français
***
27. DIX-HUIT ANS

A dix-huit ans on lève le mât aux étoiles
Les voiles s’ouvrent vers l’infini du grand large
Quel que soit le rafiot le radeau ou la barge
On vole aux vagues leur élan leurs crocs aux squales
On va devant jetant les anciens ustensiles
On marche les yeux neufs face à l’horizon vierge
Tant pis pour hier et sa mémoire en cortège
Seul demain peut s’inventer de quoi faire style
On rêve aux aurores qui ne meurent jamais
Aux matins qui font du jour une rose douce
Avec ses désirs purs de fantasmes parfaits
Le verre est encore plein fils abreuve-toi
Bois jusqu’à l’ivresse tous ces bouquets de joie
Car jamais les fleurs du temps fauché ne repoussent

***
26. 4 NOVEMBRE 2008

« Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve.
Le nègre n’est pas. Pas plus que le. Blanc.
Tous deux ont à s’écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication »
Frantz Fanon
America te voici revenue
Voici tes pèlerins de l’exil oublié
Et leur voile gonflée vers la liberté
Voici tes insurgés héros debout contre
L’iniquité de l’ancien monde
Un fusil à la main
Et les tables de lois sur le cœur
Forgeant les mots d’un monde nouveau
America te voici revenue
Drapée dans la bannière de ton rêve
Statufiée le flambeau brandi
Te revoici l’horizon de ceux
Que l’existence a vaincus
De ceux que ce vieux continent a chassés
De ceux que la misère fatale a repoussés
Et dans ton port ouvert
Se reprennent des vies inachevées
Les oubliés de l’histoire
Apprennent à compter les bandes rouges de l’horizon
Claquant comme un drapeau étoilé
Pourtant tu reviens de loin
O America
Ton pâle passé
Et ses plaies blêmes
Tous ces ballots de cotons
Sanglés de coups de fouet

Bois d’ébène et son poids de chaînes
Vendu sur tes places publiques
Epaves égarées déshumanisées
D’une Afrique pillée
Courbée chaque jour sur les champs
D’un martyre imbibé d’eau bénite
Sanctifié par les paroles
D’un Evangile dévoyé
D’où sourd ce gospel lancinant
Aux éternelles blessures
O America tu reviens de si loin
Le sang noir versé sur tes sillons
Et la cicatrice castratrice
D’un monde coupé en deux
Guerre civile pour sauver l’inhumain
Guerre civile pour nier autrui
Parce qu’il est Noir
O America ton long voyage
Dans les labyrinthes maudits de ta mémoire
Les arbres d’où pendent les cordes
Des corps condamnés

Les cagoules grotesques du Ku Klux klan
Et leurs insensés crucifix de feu
Comme une infamie sur ton front

Les bus interdits les bancs interdits
Tous ces interdits en liste publique
Et ces écoles uniquement blanches
Ton monde n’est plus que cloison
Qu’un paravent fou où toute haine macère
Où tout cœur se clôt sur sa propre virginité
Sa vanité pure sclérosée
Comme là-bas au bout de l’appendice de la vieille Afrique
Un apartheid revendiqué
Oui tu reviens de loin
Voyage aux enfers napalmisé des jungles d’Asie
Des sables des déserts aveuglés de bombes
D’un monde arraisonné
Assaisonné à ta sauce
Sang des autres pour que coule
L’or noir de tes artères yankees
Par quel miracle America
Te revoici ?
J’entends les guitares de Woody
De Bobby de Bruce
J’entends la voix de Joan
Et les foules civiques
Qui dévalaient les rues en chantant
« We shall overcome »

J’entends le pasteur
Au prêche de paix
J’entends encore son rêve
-Biffé par la rature d’un coup de feu-
A nouveau vivant
Et je me pince
Comme Jimmy l’électricité de ses cordes
Distordant l’hymne dépareillé
Pour me dire éberlué
Te revoici America
Oui te voici revenu
Et ton visage est métis
Et ta houle mélangée
Se secoue aux mêmes vagues
D’une liesse retrouvée

O foule ivre de sa propre surprise
O foule mosaïque émue
D’un monde qui s’ouvre à nouveau
Car celui qui te parle
Ne veut pas de revanche
Ne veut pas de vengeance
Ne veut pas le Noir contre l’histoire
Mais revendique simplement un autre destin
Un nouveau matin un horizon impensable
Où se dépasse le temps
Où s’efface ce qui sépare
Pour unir ce qui avance
Fils de Martin Luther

Mais fils d’Afrique
Héritier de ce Robinson enchaîné
Dans ce pénitencier insensé devenu musée
Sur une pustule d’île cernée de barbelés
Verrue infecte sur la face du monde
Mais dont il est sorti vainqueur
Avec comme unique arme
Le pardon pour ses bourreaux
O Nelson Mandela
Obama Obama Obama
Un continent scande tes voyelles
Comme autant de fiertés exhibées
Ce matin des cohues de femmes
Chevillée de courage harnaché
Se lèvent comme chaque jour
Le fardeau de leur survie sur la tête
Mais avec au cœur l’honneur resurgi
D’un fils au sommet du monde
Obama Obama Obama
Les griots déjà tissent de leur cora
Le verbe scandé d’une légende à venir
Tout un continent incrédule se frotte les yeux
Pour déchiffrer le brouillard d’un impossible demain
Car enfin car en effet
Car oui c’est fait
Le monde Blanc l’Empire mondial
A intronisé le fils des damnés de la terre
Et voici que les prophètes d’antan
Sortent leurs livres du tombeau
Pour illuminer de leur parole ravivée
Ce présent imaginaire
Aimé Césaire Frantz Fanon

Hérauts incertains d’un espoir délirant
Voici qu’un homme prend vos mots
Pour en faire un bulletin de vote
America pardon de t’avoir tant décriée
Pardon de nos colères
Pardon de nos mépris
Encore une fois
Tu viens de nous doubler
Sur la piste de l’histoire
Ton bolide nous dépasse
Et nous voici sur les plates-bandes
En retard d’une aventure

Nous Gaulois phraseurs
Nous Gaulois verbeux
A la morgue condescendante
Devant tes piteux archontes
Nous voici maintenant seuls face au miroir nu
De notre limite très raisonnable
Où sont donc parties nos couleurs fraternelles
Black Blanc Beur ?
Oubliées sur les tribunes
D’une éphémère promenade en ballon
Le temps d’une soirée de folie
Mais ternies par un quotidien fade
Où la couleur reste toujours en projet
Jamais réalisé
Et tous nos brillants technocrates
Nos penseurs échevelés
Nos brochettes de cerveaux formatés
Nos idiots visuels intarissables
O America
Louent ce matin cette victoire
Vivant par pure procuration
Ce qu’ils n’oseront jamais ici
-Enfin pas encore-
Oui ce matin
Nous voyons partir le train bariolé
De l’universel revisité
Mais nous nous chamaillons
Oubliés sur le quai d’une gare
Livide comme une pensée blanche
Blanche comme la page qui reste à écrire
Mais ce matin
O America
Je ne veux que chanter pour toi
Et si tu veux bien avec toi
Dans ce chorus où s’enveloppe notre vieux globe
D’où monte un gospel un blues
Un solo de saxo au jazz heureux
Une guitare aux arpèges électriques
Pour un peuple éclectique
Aux yeux ruisselant de joie
O je sais bien
America
Tout reste à faire
Et dur dur sera le chemin
Ne manqueront ni les pierres
Ni les pièges ni les rapaces
Et leur rancœur tenace
Tournoyant au-dessus du convoi
Des diligences utopiques des nouveaux pionniers
Mais le pas est franchi
Et nous irons dans ce sens
Tous tôt ou tard
C’est pourquoi ce matin je ne veux que respirer
Le parfum de l’avenir inventé
« Yes we can »

***
24. INGRID
La force de l’esprit
C’est d’être
Au dessus
Des barbelés de la bétise
Des ignominies de la barbarie
De la violence stupide et animale
Pour toujours
Penser
Que demain existe
Un soleil libre explose en ruisseaux dénudés
Un flot crémeux glisse sur l’or des échancrures
Les sueurs salaces veulent se débrider
Dans des ébats brûlants et leurs fusions obscures
L’incendie des désirs soulève ses fantasmes
Les muses torrides des montées de moiteur
Réclament d’un râle leurs délires de spasmes
Quand vient le crépuscule et ses longues langueurs
Je me souviens – O veuf – de ce vieux vin de vie
Caracolant en moi comme un feu vivifiant
Dans l’éruption folle d’un verbe épanoui
Or je marche aujourd’hui dans ce piètre désert
Ma mémoire reste mon unique chimère
Et le soleil n’est rien qu’un traître triomphant

Un phare érigé de soleil s’est éteint
Mais sa lumière marée de vers luisants
Du scintillement ryhmé du fétiche de ses mots
Rallumera de joie les étoiles métaphorisées
D’une mémoire ravivée à jamais nègre
Réhabilitée de tant de sourdes douleurs exilées
Par la parole gravée sur le Cahier du Retour
Vers pour des Pâques païennes…
Et si -sans rêve- l’on se revoyait ?
Et si le miroir humide se renversait ?
Et si les traces aveugles et mouillées
Sur le marécage lourd de mes mots
Pouvaient enfin se dissoudre
Pouvaient enfin se fondre
Dans la glace épuisée de nos silences
Et de leurs tamis de débris cristallins
Aux faux airs de diamants frelatés
Piteuse contrefaçon
De mes larmes éparpillées ?
Je n’ai repris que l’écho de ta voix
Je n’ai repris que l’air de ton rire
Et quelques photos rassises aussi
Je n’ai que des fragments sonores de toi
Et ma chambre noire ouvre sa fresque immense
Et ses clichés aux flashs ravivés
Qui soudain reviennent m’éclabousser
Flot écarlate pellicule vive diaporama d’étoiles
Au cœur opaque d’une nuit moite
Eternellement dédiée à ta beauté
O mon immatérielle statue
O mon naufrage aboli
O mon seul et réel poème
L’harmattan se tait
Et pose son souffle sur
Le vent veuf des souvenirs
Ressuscités
O amour sais-tu que c’est Pâques
Et voici que demain à nouveau m’appartient
Car ce demain se tisse de tes promesses
Et je drape mon unique espoir
Dans des lendemains de peaux nues
Comme il y a tant de temps
Comme hier
Comme toujours
Oui je te redirai ce même mot
Oui je reprendrai tous mes vieux mensonges
Et je les rhabillerai de serments vierges
Le moment venu d’effeuiller nos vêtements
Pour nous retrouver seuls en nous
Là où toute vie se rend
Là où la mort se tait
Et réinvente le bonheur
-Etincelle fugitive-
Là où tout chavire
O mon navire fantôme
Dans ta houle retrouvée
Et se perd mon mât hardi secoué
Dans tes hanches avides d’océan
O instant d’ouragan qui tempête partout
Marins intrépides perdez vous
En cette mer suave où se lave
Dans des remous d’écume heureuse
Toute la fadeur du gris délavé
Que se doivent d’avaler nos jours usés
Désabusés d’ennui languide
Oui je reviendrai vers toi
Et mes mots en bouquets lucides
Se poseront en sept sur tes ciels
Et n’auront d’envie unique
Que de se faner de fatigue
Sur ton corps rassasié de baisers
Oui je reviendrai vers toi
Et je ne prendrai de toi
Que ce que ton désir voudra
Je serai ton valet au cœur servile
Ton féal sujet ton serf docile
Courbé de respect actif
Devant ton sanctuaire intime
Où l’encens se liquéfie en spasmes
Dans le chorus sacré des sens exacerbés
Je veux revoir le mausolée de tes seins dressés
Sur l’oriflamme brûlante de ta peau
O mon authentique terre promise
Je ne serai que ton second
Au secret de ta polyandrie assumée
Ton amant masqué au détour tortueux
D’un mail codé cheminant
Sans GPS sur ta carte du tendre
Au hasard éperdu de mes paumes
Au hasard affolé de mes frissons
Et des visas délivrés par tes sourires
Sur le pont inouï de tes soupirs
Oui mon destin pâle est d’être
Un simple reflet
De l’ébène resplendissante
Que ton corps sculpte chaque nuit
Vers l’horizon impensable
-O sirène de ma mémoire-
Que tu m’offres à nouveau
Et vers lequel je reviens
Comme à Canossa un roi vaincu
Seul et nu
Dans le plus simple appareil
De la lumineuse évidence
D’un pur sourire du soleil
2007
C’est une défaite de plus dans la légende des illusions
C’est le sourire maquillé de la déroute heureuse
Et ses projets digérées comme autant de remords
C’est le devoir absolu de toujours se remettre à croire
Qu’au-delà de ce désert acide et sa série de mirages il y aurait
Quelque part là-bas l’irréel oasis d’une utopie ravivée
2007
C’est toujours le même paysage de sang qui hante les rues
Charpie disséminée des déchets dans l’explosion des discours
Odeur rance des cadavres desséchés au feu sacré des prières
C’est le chœur lancinant des vers parmi les débris des versets
Et par-delà la nuit des pleurs que dévoile l’ultime psaume
C’est la parole des prélats et leurs préceptes mortifères
2007
C’est toujours les saisons qui renaissent de l’hiver
C’est toujours un chant d’oiseau sur les ruines de Babylone
C’est encore le rêve insensé d’une nouvelle aurore
Et ses promesses mauves sur des lèvres de brume
C’est la poésie qui ramasse dans ses mots de neige
Le squelette des arbres nus pour les métaphoriser en diamants
2007
C’est frapper à la porte de la nuit pour qu’enfin elle s’ouvre
C’est chanter à boire pour dessaler les temps dits modernes
C’est revoir l’espoir d’hier ailleurs que loin derrière
C’est imaginer le destin autre part que dans un pâle reflet
C’est ouvrir en grand les couvercles scellés du futur
Pour en sculpter les contours dans des vœux irrévérencieux
2007
C’est bientôt classé comme tant de photos ratées
Qu’on oublie à perpétuité dans les tiroirs de nos mémoires
C’est tout un tas de strophes verbeuses jetées en fagot
Et dont la fumée en panache frimeur s’évapore encore
Et laisse en nous le fumet entêté de ce qu’il faut
Forcément recommencer car que nous reste-il de mieux
Que 2008
Version paire de cet éternel demain aux chimères réitérées ?
2007
C’est la première année
Où tu ne me donnes pas de nouvelles
Pour vous
Madame
Le silence…
Le respect…
Ce qu’ils ne veulent pas
C’est la beauté d’une chevelure qui tombe
C’est un sourire radieux de femme épanouie
C’est la bouche ouverte qui chante libre
Et qui de ses roses contours dessine l’aurore
Ce qu’ils ne veulent pas
C’est de pouvoir penser le front haut
C’est de pouvoir parler sans bâillon
C’est de pouvoir dire non d’un verdict clair
Dans l’écho transparent d’une urne sans entraves
Ce qu’ils ne veulent pas
C’est d’être autre que le sillon certain de leurs paroles
C’est d’être autre que le moule cloné de leurs litanies
C’est d’être autre que les préceptes hérissés de fer
Que le sable d’antan transporte sous le vent d’hier
Et si quelqu’un veut ce qu’ils ne veulent pas
Ils le tuent
Et les morts transfigurés sont martyrs
Parmi les chairs anonymes déchiquetées
D’une pensée dévastée
Les turbans ne sont que les pansements blêmes
D’un néant neuf revisité par les plaies passées ravivées
Des inquisitions aux questions fatales
Des bûchers purificateurs des sorcelleries
Des pals collectionneurs d’infidèles
Des camps à la crémation promise
Des procès aux condamnés prédestinés
Donc
Ne vivre que dans l’attente du sang répandu
N’avoir pour seul horizon
Que la mort comme unique et exclusif espoir
Et demain se lèvera
Paraît-il
Une année nouvelle
Pour que se réitère la même illusion
L’avenir n’est plus rien que la nuit d’autrefois
Eteignoir des lumières
Assassinat de l’esprit
Nous avançons à reculons
Et seul un rétroviseur amer
Nous rappelle quelque peu
Nos belles aubes perdues
Madame
Si prends encore la plume
C‘est que je ne sais que dire
Dois-je louer
Votre courage de funambule
Intrépide trapéziste des discours
Aux fiers entrechats dialectiques
Sur un tapis de rhétorique pilée
Et votre sourire de colère
Sur des mots lourds de lave
Ire noircie sur le papier
Que froisse l’indifférence
Des diktats des créances
Du silence froid complice
De ce fric frangible
Si friable si fragile
Qu’il ne sait résister
A la moindre
Compromission ?
Dois-je louer
Vos diatribes perdues
Dans les sables bédouins
Sous les tentes de l’import
Et leurs louches plus values ?
Votre beauté perdue
Dans le labyrinthe nu
Du palais des miroirs voyeurs
Où s’escamote la vérité
En fallacieux reflets ?
Qui êtes-vous Rama ?
Fille de la Grande Royale
Déchirant l’ambiguïté
De l’aventure du futur ?
Alibi black sur tabloïd glacé
Pour politicien égotique ?
Que pèsent donc vos mots
Sur le mutisme intéressé
Du bas étage ravalé
Des plus piètres marchandages ?
Où êtes-vous Rama ?
Le désert libyen n’est rien
Par rapport aux pages vides
Des promesses vendues
Et votre héritage héroïque
De princesse de digne lignée
Fille des seigneurs du fleuve
Madame
Se perd parmi les ors
Des palais colonisés
D’une République dépareillée
Sens dessus dessous ou bien sens devant derrière
N’y a-t-il que cinq sens à nos itinéraires ?
Sens obligatoire : tout droit vers la mangeoire
Mémoire gargantuesque des gueuletons
La nature est violée : tout n’est que vomitoires
Nous souillons notre mère par nos rots gloutons
Sens alterné : étrange échange de fumets :
Les fumées les déchets les torchères fécales
Contre les fragrances de parfums trop parfaits
Les moiteurs roses qu’un sein au soleil exhale
Sens unique par où nous parle l’univers
Les échos verts des forêts aux feuilles bavardes
Les musiques qui mettent la muse à l’envers
La lyre qu’électrisent les mots du vieux barde
Sens giratoire de ces regards qui s’égarent
Idylles embrasées par les clins d’oeil voyeurs
Hublots ouverts qui esquissent l’horizon rare
Et qui se ferment sur l’ancien film du bonheur
Sens interdit sur la seule issue – ô fantasme-
Fusion des frissons vers le vertige essentiel
Cœur à cœur des chairs nues nouées d’un même spasme
Les corps convergent vers l’estuaire aux sept ciels
Sans amour tout n’est qu’absence de sens et guère
Que sens dessus dessous et sens devant derrière
***
17. LETTRE A RAMA (1)
(Accompagnement : coras, djembés, balafons, chœur féminin d’Afrique)
Je vous l’avoue Madame nous ne sommes pas
Du même village nés des mêmes aïeux
Oui nos traces sur les pistes perdent leurs pas
Nos savanes ne brûlent pas aux mêmes feux
Mais moi l’ancien griot aux notes de bambou
Je viens vous dire que votre sourire porte
Le fier fardeau que hissent ces femmes debout
Qui n’ont pas d’autre choix que celui d’être fortes
Vous êtes sirène que la télé révère
Fille de ces héroïnes nues de sueur
Qui pilaient le mil arraché à la misère
Qui rythmaient au mortier les chants de leur labeur
Oui Rama vers vous montent les vers lumineux
De cette négritude aux coras nostalgiques
Les micros fêtent d’un tamtam tumultueux
Le retour africain sur le pont médiatique
Porté par la houle de l’actualité
Voici que revient le vieux navire maudit
Et ses cales de cargaisons d’indignité
Victoire sur la mémoire de l’infamie
Mais Rama même les miroirs peuvent mentir
Comme cette eau morte où sommeille le saurien
Les sorciers ne sont sourciers que pour mieux croupir
Des eaux troubles pour les vaudous politiciens
Muse télégénique ne restez pas sage
Comme une image cache texte ou un grigri
Sur mesure pour les marabouts du verbiage
Et leurs slogans faisandés aux relents aigris
Rama mon cœur fourbu de vieux conteur a peur
Que vous ne soyez que le plus bel alibi
L’exotique gazelle escorte des vainqueurs
Papier glacé qu’on exhibe puis qu’on oublie
Oui je vous aime vous Ramatoulaye Yade
Parce que vous êtes déesse éclaboussante
Mais moi je suis éconduit par la débandade
Dont vous êtes Madame l’amazone ardente
Mes cordes usées se pincent d’amer dépit
Vénus de l’autre rive ô beauté ennemie
Sur la cendre des terres dévastées d’ici
Repoussera par nos mains un nouveau semis
Une aube renaissante effacera la nuit
Demain les Gaulois dégrisés vous feront choir
Oui Madame notre savane ne verdit
Pas sous le capricieux soleil du même espoir
***
16. LETTRE A RAMA (2)
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(accompagnement : kora, djembe et voix africaines)
Madame
Je dois vous l’avouer
Nous ne sommes pas
Du même village
Du même marigot
Et nos traces partent
Vers des savanes
Qui ne brûlent pas
Du même feu
Mais
Ramatoulaye
Ma voix fatiguée
De vieux griot
Veut vous dire
Pourtant
Que vous portez
Par votre sourire
Tant télégénique
La cohorte lente
De ces femmes debout
Qui hissent sur leur tête
La survie des leurs
Qui pilent de leur sueur
La part de mil
Qu’elles arrachent à la misère
Oui Rama
Vers vous monte
L’écho tumultueux
Des vers lumineux
D’une ancienne négritude
Car vous êtes
La statue médiatisée
Que sculptent les tamtams
De l’actualité
Vous ramenez
Sur le pont télévisé
Le bois d’ébène
D’un navire maudit
Qui revient au port
Originel
Mais madame
Le miroir peut mentir
Comme l’eau morte
Où dort le saurien
Les paroles que l’on filme
Sont de vieilles magies
Et les ensorceleurs
Vivent de leurs promesses
Rama ne marchandez pas
Contre une photo bien prise
La mémoire décillée
Des cités dévastées
Ne soyez pas l’image sage
Le masque magique
Le gri-gri grisé
Le cache texte
Des fétiches insidieux
Des marabouts modernes
Et leurs slogans faisandés
L’avenir est un piège à sourire
Et le mentir vrai ne dure
Pas plus qu’une pluie
Avant que ne vienne l’hivernage
Oui Rama
Je ne suis qu’un conteur
Inconnu
Au cœur compliqué
Amoureux de ce que vous êtes
Défait par ce que vous êtes
Et mes remords ne sèment
Que des regrets
Qui poussent
Sur de la mauvaise brousse
Je chante pour les perdants
Et vous
Vous illuminez nos vainqueurs
Mes cordes pincées
Grimacent leur dépit
Pendant que vous êtes
L’impensable horizon
Des Gaulois hypnotisés
Mais Rama
Sirène de l’autre rive
O beauté ennemie
Ecoute ma corde usée
De vieux griot vaincu :
Les promesses laissent
Un goût de cendre
Sur les blessures déçues
Des serments trahis
Or nous guetterons
Patients pisteurs
L’aube inévitable
Et son petit matin neuf
Car
Madame
Nos savanes
Qui divergent
Ne verdissent pas
Du même espoir
***
15. Moiteur
L’horizon se dévoie sous le vent des arpèges
L’orchestre du soir attend le sang du cygne
Ma déveine devine comme une vieille guigne
Que le chœur déclame la fin des sortilèges
O mes mots voudrez-vous remonter le manège ?
Vers quel ailleurs s’ébroue la symphonie des signes ?
- O soupirs moites que d’obscurs serments assignent
Dans des éclats d’instant que le temps désagrège-
Sculptons sous la treille -le pampre s’y protège-
Une frise de vers aux parfums de solfège…
Aveugle miracle pour une muse indigne
Acceptons donc enfin le feu fou qui nous piège
Dans la vendange nue d’une éternelle vigne
Et quêtons sans cesse le spasme sacrilège
***
14. TOUJOURS DU COTE DES PERDANTS
Un parfum de cendres
Envoie son baiser âcre
Et le vent essuie de pluie
La suie aigre et suintante
D’un arc-en-ciel déchu
Le soleil tord son mouchoir
Et essore de reflets moroses
Un même horizon sans saveur
Toujours du côté des perdants
La colle noctambule dégrisée
D’une virée d’affiches
Sèche ses remords de glue
Sans le moindre lendemain
Les mots magiques d’hier
Comme des arpèges fleuris
Sur la portée naïve de nos mains
Se chiffonnent dans l’oubli
D’un tas de sourires déchirés
Toujours du côté des perdants
Les paroles les hyperboles
Les prosopopées les proses homériques
Les poses héroïques les exordes
Les serments les pactes les tracts
Et les chapelets de promesses
Psalmodiés en rituels télévisés
Au bout des bras des lèvres
Des poings des propos brandis
Sur une mer émue de regards chavirés
Toujours du côté des perdants
Chiffres calculs courbes
Pourcentages de mensonges
Estimations de rêves promis
Instituts de prédiction
Nouveaux devins antiques
Sondant dans les tripes
Des statistiques décortiquées
L’âme vendue du futur
Et ses remugles de charpie
Dans les serres voraces des rapaces
Aux slogans de chloroforme
Toujours du côté des perdants
Reddition de vingt heures
Quand l’urne a vomi
Sa honte pâle en suffrages
Et fait son décompte amer
A l’envers du printemps
Silence des rues ivres
Des souvenirs d’avant
Quand la liesse lissait le pavé
Et que depuis le métro labyrinthe
Marianne tirait de son fil rouge
Un chant intense d’où montait
L’immense marée de l’histoire
Toujours du côté des perdants
Oui tant pis tout est dit :
« Ils ont voté et puis après »
Léo hurle encore notre dépit
Nous les cocus favoris des scrutins
Oui défaits nous nous perdons
Dans les dédales de notre mémoire
Ils ont proclamé du haut de leur morgue
Nos vainqueurs illuminés
« Mai 68 est liquidé »
Alors oui liquéfions-nous
Viens mon amour ruisselant
Voguons vers un éternel 69
Et faisons de nos lits d’aurores
Un demain toujours meilleur
Qui ne sera jamais perdant
***
13. DESTIN
Femme
Tant de mythes
Tant d’images pieuses
En cavalcades de mots déclamés
Sur tant de vers éblouis
Vierge à la bure de bleu sur le sang crucifié
Vestales d’aube pure couveuses des feux interdits
Pucelle à l’oriflamme déchirée d’horreur et de cendre
Sirènes aux chants épiques pour les naufragés du désir
Muse dont la lyre délie le silence d’un poète inconnu
Amazones aux bras d’aciers bardés d’insolence nue
Walkyries des cors échevelés aux chevaux de cuivres
Princesse people sacrifiée aux amours interdites
Reines d’Outre-manche aux vertus dictant leurs verdicts
Déesse païenne née de l’écume moite de nos mots étoilés
Héroïnes solitaires dans l’ombre sourde des combats inconnus
Et Eve notre mère immatérielle -dit-on- du début de tout
Mais
Là maintenant
Au bout du bout
Présidente
Enfin ?
***
12. SEMAINE SAINTE
Voici venir la semaine sainte
Celle du souvenir
Oh pas de croix ni d’épines
Pas de sang sur le cœur
Sur des membres écartelés
Que la mort raidit
Mais des images pieuses
Aux corps d’or extasiés
Aux chorus exhaussés
Aux flammes nouées
Comme des buissons
Ardents
Mais les icônes
Siègent dans l’ombre
Des mémoires trahies
Et les psaumes qui montent
Des paumes perdues
Sont des vœux pieux
Qui tombent
En pièces
Au pied d’un cierge
Triste de cire
C’est ma semaine sainte
Celle des souvenirs vivants
Qui ressuscitent
Le temps d’un printemps
Et qui meurent
Dans l’éclat veuf
Insaisissable
D’un vers que valse
Un pétale
Flamboyant
D’un hier
Evanescent
***
11. LE PRETENDANT
Ivre de la houle qui hurle fier offrant ses mots au vent
Sûr le verbe gonflé de foi en soi l’égo arrogant
De son sourire froid il vend un chèque en blanc
Pour solder d’une traite ses promesses d’avant
***
10. ADIEU L’ABBE…
Adieu l’abbé
Je n’étais pas de ton chemin
Pas de Croix à croire
Pas de calvaire
Pas de miracles
Pour mes pas ordinaires
Mes itinéraires solitaires
Mes vers perdus
Sur une toile sans âme
Rien n’est dit
Ni la fin ni le début
L’infini se perd
Dans le dédale des psaumes
Des versets
Des litanies
Mais curé
Toi tu étais debout
Brut de vie et de roc
A travers la froidure
Des égos repus
Et le silence béat
De tous les cagots
Emmitouflés
Mais curé
Toi capé de bure
Et de pure volonté
Buté de verbe
Face à l’absurde
Des vies oubliées
Des délocalisés
Du caniveau
Tu t’es battu
Seul
Et puis la foule s’est levée
Et tant pis pour les mitres
Aux dorures de travers
Et tant pis pour les sinistres
Les pitres des pupitres
Les ministres
Et tous les médiateux
Tu a creusé un sillon fier
Parmi la glaise humaine
Piétinée de dégoût
Dépenaillée
Dégoupillée
Boueuse d’indignité
Délavée de misère
Usée désabusée
La cohorte des cocus
Du destin
Or pour eux
Rien que pour eux
Tu as inventé
L’horizon
Alors tant pis
Si je n’y crois pas
Mais on rêvera
Un Paradis pour toi
Car plus petit des petits
Tu fus et resteras grand
Dans le Panthéon
Trop froid
De nos mémoires
Interpellées
Adieu
L’abbé
Poème lu en public, à l’espace Monpezat, lors d’un “lundi des poètes” de la Société des Poètes français, le 26 février 2007.
***
9. JOUR DE NEIGE
De quel hier noirci
Se lave ce blême aujourd’hui ?
De quel liquide livide
Se maquille cet hiver atone ?
Est-ce le passé qui suinte
De son pauvre givre amer ?
Sont-ce nos regrets qui flottent
En flocons de larmes inutiles ?
Sont-ce nos promesses perdues
Qui fondent en tapis terne
Sous nos pas épars ?
Nos moments perdus
Perlent-ils en glace fragile ?
Nos illusions nos anciens essors
Nos vols incertains
Nos partances nos retours
Nos amours nos errances
Ne sont-ils donc que tristes traces
Frivoles fugaces et froides
Que le vent marchande
Au hasard ?
Page blanche pour nos pas futurs
Tu es le brouillon incertain
Où s’écrit demain
Comme un entêtement d’arbre
Qui quête
De ses gestes gelés
L’an neuf
Et son tour de printemps
***
8. Une pluie de papillons mauves
Comme des notes de musique
Evadées d’une portée magique
Et les mots amis se meuvent
Sur le lit ému de la rivière
Au long du courant lent
Des souvenirs sucrés
Et du temps qui passe
Babylou
Comme un refrain rock
D’un tube d’antan
D’Elvis ou de Berry
Babylou
Tel un écho psychédélique
D’une guitare échevelée
Dans un baiser bleu
Sur un ruban de blues
Et une voix déroule
Son solo rose
Tout en tendresse…
Poème édité sur le site “Tout en tendresse”
***
7. CREPUSCULE
L’harmonica saignait sa nostalgie rouillée
Le saxo bégayait son soleil en mineur
Tandis qu’à la portée des feuilles dépouillées
Une symphonie achevée flambait ses fleurs
Je vois toujours ton visage si lourd d’aurore
Je respire toujours le tempo de tes mots
Et tes lèvres pourprent mon horizon encore
D’un long coda qui se meurt de son crescendo
Solo de guitare sur un rock de remords
Silence de slow quand le ciel se détériore
Et tombe de mauve dans un riff d’artifice
Mourir pour renaître d’un poème morose
D’un baiser naïf que l’aube métamorphose
Arpège transfiguré qu’un vieil espoir bisse
***
6. AVANT LA FINALE
Loin des soucis de gris
Et leurs antiennes moroses
Qui reviendront
Loin des heures maussades
Et leurs parfums sombres
Qui repasseront
Loin de l’ennui livide
Et ses odeurs incolores
Qui renaîtront
Loin de l’écho mort
Du temps qui s’efface
Et puis qui s’en ira
Loin de tout le sommaire
D’un monde sans saveur
Aux remugles de cendres
Que le vent bientôt
Rapportera
Sur son balcon étroit
Triste et terne
Au milieu des rares fleurs
Qui brodent son horizon
Son cœur vole
Sur la houle dérisoire
D’un drapeau planté
Et qui flotte
D’espoir discret
***
5. FETE
Le monde monte en ballon
Nous dansons sur des dribbles
Chaloupés qui déhanchent nos vies
Des tangos bleu argenté
Sur des transes de samba
Un arc-en-ciel auriverde
Lézarde d’un sourire les favelas
Les blonds sont blacks
Les gaulois beurs
Et les rues ouvrent leurs torrents
Où roulent des rires de fêtes
Magiques comme des miroirs
Aux facettes kaléidoscopiques
D’un monde décillé qui se voit et
Et qui d’un simple coup de pied
Soudain se dessine
Beau
Lumineux heureux
Comme un horizon de trajectoire flottante
Comme la danse des corps
Dans des gerbes de gestes statufiés
Dans ces photos
D’éternité
Héros aux lauriers dorés
Beaux comme l’athlète antique
Mondialisé en paillettes
En confettis de cuir
Qui volent
Vers cet enfant aux pieds nus
Qui
Sous le silence du soleil
Caresse son rêve en rond
Le monde est un ballon
***
20 avril 2006
4. FIN DE FORFAIT
Ce n’est qu’un clic
Un simple clic
Et choient ainsi
Comme un coquillage clos
Dans la nuit mouvante de la toile
La marée des mails sans écho
L’algue alanguie de ton corps
Nos anciens baisers soldés
Scellés
Dans l’huître de ton silence
Sans appel
Et ma mémoire
Qui divague d’écume
Et de roulis rieurs
S’en va essorer ses souvenirs
En sourires chromos
Et leur mousse amère
Que le sel du sable sèche
Et que le vent évapore
***
3. FRISSONS
Tu es loin
Si loin
Trop loin
Mais ta voix
Comme un écho doré
Dans ce coquillage portable
Déploie en moi
Une plage sensuelle
Où s’allonge ton sourire
Il pleut
Il pleut sur nos villes
Sur nos vies
Sur nos envies
Des slogans dégoulinent
Des murs barbouillés
Façades défigurées
Des tags sans futur
J’entends ta voix
Et je sens
La buée de tes mots
L’aurore rose
D’anciens baisers
Et leurs lèvres
Déshabillées
Il crie
Il crie sur nos rues
Sur nos bitumes
Sur nos rancunes
Des pancartes avancent
Des promesses reculent
Discours analphabètes
Des micros menteurs
Je rêve de toi
Je nous revois
Nous en nous
Statue vaudou
Des magies nouées
Des mots imbriqués
Serments encastrés
Des chairs à vif
Au feu de nos nuits
Incendiées
D’un soleil secret
Il paraît
Que c’est le printemps
Nos saisons
S’entêtent
Et le temps se moque
De lui même
Il s’en va
D’un bon vent
Où il veut
Mais toujours
Du levant
Au couchant
Or enfin
Il faut que tu saches
Que la moindre parcelle
De ce vieux soleil
Qui me touche
Me donne
A jamais
Le frisson de toi
***
2. LOGHORREE
A quoi bon t’écrire ? A quoi bon écrire ?
A quoi bon souffler sur les cendres
Des émois d’autrefois bien consumés
-D’un impavide froid silencieux et sec-
Aux feux jaloux de nos soleils secrets
Sur nos peaux de promesses brûlantes
Caressées de serments qui crépitent ?
Il s’est tu le foyer de ses bûches chues
A quoi bon essouffler ma buée glacée
Qui se perd dans le brouillard givré
D’un présent pesant de béton et de glace
D’un mur fade sans aspérités où vient cogner
L’écho meurtri d’un vieil hier en suie ?
A quoi bon remuer les poussières grises
Du brasier défendu où danse un baiser ?
Oui à quoi bon ? Je sais déjà la vanité
Des pas qui reviennent sur les plages mornes
Que la mer a lavées de son amertume têtue
Et le promeneur se perd en errances trompeuses
Les chemins d’autrefois n’ont rien raviné
Que l’odeur renouvelée d’un sel marin
Que ravive l’inlassable éternité des marées
Je sais qu’on ne remonte pas le courant
Que le temps emporte les mains lâchées
Les rires les ébats cachés les désirs volés
Le plaisir échangé dans un larcin de bonheur
Le temps est un flot acide qui nous efface
Et tout retour est utopique comme la neige
Sur la paille dont se coiffent les Tata Somba
Illusoire comme les histoires de Mamy Wata
Inutile -sans doute- comme mon verbe en chapelet
Tu vois c’est la seule litanie qui me reste
Comme un Petit Poucet je pose mes vers
Et je tente l’impossible retour mythique
Et par mots et par chants comme Orphée
Je repars sur mon clavier déverrouillé
A la recherche d’une Eurydice d’ébène
Emportée dans la nuit des souvenirs
Dans le royaume vaudou des esprits
Que l’amour a mordu de sa chair
Eperdue et qui repartent à la quête
De ce qu’ils ont aperçu l’espace d’un instant
Ce volatil moment d’extase cet imperceptible
Parfum épicé qui vous saisit dans
Son essence et vous fait perdre les sens :
Le bonheur -oui le bonheur- l’affreux bonheur
-Cet effroyable fantôme du bonheur frôlé-
Oui je reviens vers toi parce que tu le tiens
Parce que ta magie l’a gardé dans tes reins
Parce que ta grâce l’a gardé dans tes seins
Parce ce qu’il s’illustre par ta beauté
Dans la statue épanouie de ton corps
Dans le sourire irradié de nos frissons
Je reviens sur le lieu de mes (nos ?) joies
Et je reviens vaincu par mon orgueil
Par mes grotesques malédictions
Par mes paroles ridicules de mépris
Et je reviens jeter au pied de la reine
Amazone souveraine ma demande
De pitié de pardon d’amnistie de vie sauve
J’offre au couteau de ta revanche
Les larmes de rage de mon aujourd’hui
Défait d’ennui de grisaille et de pluie
Je ne suis qu’une ombre banale
Dans la foule effarée abrutie du bruit
Des fausses promesses de l’électricité
Des slogans dénaturés où explosent
La morgue la fatuité et l’immense
Arrogance de ce pauvre Occident
Qui n’est que le pitoyable accident
D’une histoire atrophiée estropiée
Et qui croit encore au pouvoir d’avoir
De posséder de détenir d’accaparer
De prendre plus encore et toujours plus
Et moi je me suis dépossédé de toi
Je ne suis qu’un piètre hère de hasard
Et ma vie n’est qu’une mécanique
Abstraite au milieu d’une houle incolore
Qui revient chaque matin aussi triste
Alors que toi sirène heureuse tu danses là-bas
Au bord de la dentelle irréelle que cisèle
Le ciel d’un éternel été sur le tissu soyeux
En pagne royal d’or toujours déployé
Je sais que je ne suis plus dans tes pensées
Je sais que tu es mère accomplie maîtresse
De ton destin dressée fière et forte
Sur le berceau sûr du lendemain
Et notre forfait ancien dont tu fus
L’active complice –ô mon plus beau
Hold-up mon casse du siècle
Mon cambriolage pour toujours sacré-
N’est plus qu’un conte trop vieux
Qu’on n’ose même plus dire à la veillée
Je sais que tu as repris le chemin droit
De rectitude morale vers le futur radieux
Je sais que je suis à jamais perdu de vue
Et pourtant et pourtant et pourtant
Je reviens vers toi et je n’y peux rien
Je suis ce revenant mauvais perdant
Qui vient te tirer les pieds au matin
Pour vouloir reprendre le film où
La nuit ingrate l’avait abandonné
O ce grand manguier concupiscent
Qui nous couvait de ses lourdes verdeurs
Dans ce silence moite au zénith de sueur
-Perles salées d’une pureté d’extase-
Quant le monde se terre dans l’antre
De l’ombre radieuse et savoureuse
-O ton corps comme une récompense
Du soleil comme une œuvre à jamais
Inachevée dans mes mains tremblantes-
Pardon de revenir te hanter de si loin
Et dans l’espace et dans le temps
Pardon d’être encore à la remorque
Des instants que tu as déjà vidés
De ta mémoire comme une eau trop usée
En bonne ménagère sans égard pour
Tout ce qui peut polluer ton intérieur
Impeccable de femme et de mère comblées
Pardon donc de cette irruption encore
-N’ai-je donc aimé que par effraction ?-
Dans ton bonheur bien propre et présent
Mais néanmoins malgré tout et en dépit de tout
S’il reste au fond de toi –fol espoir-
Une imperceptible poussière dans ton œil
Une insoupçonnable brume dans ton regard
Une impensable tache sur ta nappe tendue
Un improbable pli sur tes draps nuptiaux
Alors sache que là-bas aux pays des Blancs
-Qui reste cet horizon de tant d’Afriques
Perdues dans des déserts d’infamie
Avec la mort pour seul titre de séjour-
Il reste mon cœur ouvert à jamais ébréché
Qui campe en équilibre sur quelques rêves
Et qui se souvient dans le ciel qu’il pleure
Du plus beau fragment de vie qu’il ait vécu
Et qui cherche incorrigible dans les étoiles
Celle qui pourrait parfois te ressembler
Et à qui il envoie en diarrhée verbale
Un torrent de mots jetés dans cette bouteille
Que la mer des mails enverra au hasard
Sur la plage de nos souvenirs en espérant
Que parfois seule –ou ton enfant à la main-
Tu t’y promènes pour que tes yeux tombent
Sur ce rêve sans doute éteint pour toi
Mais qui brûle -vois-tu- toujours en moi
Comme une ancienne promesse du soleil
***
1. DEUIL
Au-dessus
Des têtes décapitées de peine
Des murs lancinants d’encens
Des sanglots psalmodiés
Des paroles définitives
Vaines comme des fleurs coupées
Des parfums fanés de larmes
Des lourdes gerbes d’orgue
Du verdict froid du silence
Là-haut
Près du toit
Effaré
Indifférent
Un oiseau
Frivole et vivace
Volait




















