Ici sont rassemblés des textes de “chansons” écrits par le jeune homme, qu’était, auparavant, le “rimailleur inconnu”, quinqua bon poids, maintenant…
SOMMAIRE
1. Un chien
2. Quasimodo
3. Si on se revoit
4. Marie
5. Requiem
6. Vivant
7. Délivré de toi
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1. UN CHIEN
Avec ma gueule de chien
Mon profil en queue de pie
Lancé comme un grand défi
Là-haut contre je ne sais qui
Qui m’aurait si bien servi
Avec ma gueule de chien
Qui a voulu voir la lune
Rien qu’une vague une voile
Une rose une étoile
Mais qui n’en n’a vu aucune
Avec ma gueule de chien
Qui ne sait même pas encore
Comment il lui faut chanter
Et qui ne sait que gueuler
Ou bien hurler à la mort
Avec ma gueule de chien
Qui a même perdu la foi
Comme on perd une chemise
A force d’aller à l’église
Et qui ne croit que ce qu’il voit
Avec ma gueule de chien
Qui ne croit que ce qu’il voit
Qui voudrait voir la beauté
Rien que pour la caresser
En aboyant ce qu’il croit
Avec ma gueule de chien
Qui se rit de la raison
Qui ne sait rien de la musique
De tous les arts dits lyriques
Je vous apporte mes chansons
Janvier février 1970 (revu 1986)
***
2. QUASIMODO
En pleurant tu caresses sa main si douce
Rose éclatée dans son rêve d’étoiles
Sur des sentiers auréolés de mousses
Ses pieds agiles fuient sous son voile
Vaporeux et ample laissant la fleur
Y éclore sur sa poitrine floue
Son bel idéal vainqueur à genoux
De son pouce ôte la vaine pudeur
L’étoile nue apparaît sous la nuit
Eclipsée par un soleil bien plus beau
Et sourit et soupire sur son lit
Et soupire et sourit sur son lit
Tandis que pleure le pauvre Quasimodo
Mai juin 1970
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3. SI ON SE REVOIT
Si on se revoit demain
On se serrera la main
Peut-être on se fera la bise
Amie je serai ton ami
Amie tu seras mon amie
Et nous parlerons des bêtises
Que nous avions mises en commun
Tous mes sanglots de pluie
S’écartent sur ma vitre depuis
Trois ans déjà
Mais tout s’efface à force
De repasser sur le passé
La neige étouffe son étoffe
Trois ans déjà
Et sans cesse à se ressasser
Ma mémoire s’en va lassée
Non ne crains rien tout meurt
Au soleil des visages neufs
Le temps s’en va
Si le vent de novembre
Ce soir vient remuer nos cendres
Non ce n’est pas un plan secret
Le temps s’en va
Et mes jours en ont assez
De toujours vivre à l’imparfait
J’ai voulu t’effacer
Je crois que je suis arrivé
Et puis voilà
J’ai balayé ton ombre
En te cherchant dans d’autres noms
Que l’on aime puis qu l’on quitte
Et puis voilà
Mes souvenirs sont mes musiques
Mais tu vois tu n’es plus l’unique
J’ai joué à pile ou face
Gagné ou perdu tout s’efface
On perd tout de tout en s’aimant
Amie je serai ton ami
Amie tu seras mon amie
Et on jouera aux vieux amants
Devenus sages avec le temps.
Mars avril 1971
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4. MARIE
Aux portes des biblis
J’ai vu de son pas aller mon amie
Mais on m’a fermé sans pitié la porte au nez
C’était une sorcière bleue en train de balayer
J’ai pris la ficelle
Pour arracher un sourire à la nuit du ciel
Je retourne vers la vierge que j’aimais bien
Oh! Hier ma main haletante se tordait dans ta main
Dans la nuit des prières
J’ai vu se dresser une blanche statue de pierres
Ta main me bouchait le monde c’était Jésus
Un cœur de sans sur son ventre béant je n’ai rien vu
J’erre dans la colline
Je marche sur le passé des pierres divines
Et j’embrasse la brume du béton des villes
Et je veux essuyer le brouillard qui perle à mes cils
Oh! Pourtant je te touchais hier
Comme une chandelle qui vacille
Tu oscilles et va de mer en mer
Valser comme une vague coquille
Et ma main ne presse que de l’eau
Et mes yeux glissent sur le vent faux
Et toi tu parles et t’agites ailleurs
Et tes yeux sont fixés sur ses fleurs
Aux portes de bibli
J’avais cru voir un sourire sûr d’amie
J’ai bousculé la poussière des grilles nues
Mais personne ne rit du fond des livres inconnus
Et les fille polardes
Jettent un œil vide à ce focard qui cafarde
Et j’ai vu leurs soleils blonds en pâlir d’ennui
Un relent de noir enroule tout dans son algue de nuit
Les poètes maudits
Vomissent envers leurs mots me crachent l’oubli
Je vois des voyages sûrs et des drogues bleues
Mais l’angélique Ophélie glisse au fil de tes cheveux
La cage de culture
Pourrit sans bruit dans son cercle en déconfiture
Tous les livres pleurent des chagrins ignorés
Oh ! où se cache le chemin de ta main délaissée
Oh! Pourtant je te touchais hier
Comme une chandelle qui vacille
Tu oscilles et va de mer en mer
Valser comme une vague coquille
Et ma main ne presse que de l’eau
Et mes yeux glissent sur le vent faux
Et toi tu parles et t’agites ailleurs
Et tes yeux sont fixés sur ses fleurs
Oh! Au fond d’un cani
J’ai bu l’amer breuvage et bouffé le rassis
Et j’ai vu un ami au sourire glacé
Sa nana l’a quitté je crois moi elle n’est pas née
Je digère mon spleen
Au long du fleuve vagabond qui lambine
Un bateau du voyage se lave à grande eau
Mais le juif tragique hurle “I want you” à la radio
Oh ! debout sur le pont
Sur sa musique le vent murmure ton nom
Je voudrais une longue mélodie de gris
Qui crachera sur tes algues noires tout mon mépris
Oh! Mais tes cheveux coulent
Ente mes doigts comme une déchirure saoule
Je titube depuis longtemps vers toi Marie
Ne joue plus avec le feu mes plaies brûlent Marie
Oh! Je voudrais que tu m’expliques
Mon amie au sourire fidèle
Dans sa tête l’araignée sadique
Quelle toile de sang tisse-t-elle
Oh! ma main ne presse que de l’eau
Et mes yeux glissent sur le vent faux
Mais toi tu parles et t’agites ailleurs
Et tes yeux sont fixés sur ses fleurs
Au fond de mon vin noir
Dans le silence de l’harmonica en foire
L’Internationale braille dans le ruisseau
Tu es là muette assise sur un tonneau
Dans les cris des saouleurs
Dans les chants de la vigne en ruban bleu qui pleure
Comme une bombe de larmes sur un cadavre
Ton rire explose et déchire l’harmonica
Je quitte le cani
Vide mon verre parcours des ruines d’oubli
Je trouve la viande saoule dans la cohue
Ce type au rire glacé me tire où tu n’es plus
Le sang de ton cerceau
Je l’arracherai dans le râle de tes mots
Je mordrai ta gueule pour te planter sur le dos
Et sur ta peau je plongerai mon seul couteau
Oh! mais tes cheveux coulent
Entre mes doigts comme une déchirure saoule
Je titube vers toi depuis longtemps Marie
Ne joue plus avec le feu mes plaies brûlent Marie
Oh! Je voudrais la mer qui disperse
Pour balayer tes algues de sang
Oh! je voudrais le vent qui transperce
Pour crever tes yeux dans le néant
Oh! devant la route creuse son trou
Paraît que c’est l’oubli tout au bout
Mais toi tu parles et t’agites ailleurs
Et tes yeux sont fixés sur ses fleurs
Avril mai 1972
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5. REQUIEM
Tu veux franchir la montagne
Tu déchires tes yeux aveugles sous le voile
Et puis tu marches seul dans un désert de sable
Tu veux franchir la montagne
Des larmes dégoulinent des fausses étoiles
Et puis tu te retournes dans un linceul sale
La mort qui nous tenaille
La mort qui nous assaille
La mort qui nous agrippe
La mort qui nous étripe
La mort qu’on voit venir
La mort qu’il faut tuer
Tu t’élances dans la mer
Tu t’agrippes à une planche pourrie d’espoir
Et puis tu chavires dans un flot de sel noir
Tu t’élances dans la mer
Tu t’arrimes à une île sous les cris de haine
Et tu plonges parmi les gerbes qui t’emmènent
Tu t’enfonces dans la vie
Avec la jeunesse comme torche de vin
Feu qui gicle dans la vigne indécente
Tu t’enlises dans la vie
Avec la vieillesse comme veilleuse de cendre
Feu qui s’éteint dans des regrets de circonstances.
Texte écrit (et chanté…) le 24 septembre 1974
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6. VIVANT
« Folk song »
Au fond des murmures de l’air
Il y a des rumeurs de guerre
L’aurore rougit les sommets
Versant le sang qu’on va pleurer
Car les gens jouent avec la mort
Comme si c’était leur poupée
Je voudrais planter un décor
Où la vie sera vérité
Non je ne voudrais plus chanter
Les larmes semées par la haine
Et un autre vent loin m’entraîne
Je voudrais apprendre à aimer
Or dans ce matin loin de toi
Le brouillard déchire le froid
Un tracteur de son soc de plomb
Plonge la vie dans ses sillons
Quelque chose change le temps
Je suis vivant
Debout sous le ciel
Je suis vivant
Oh! en plein soleil
Je suis vivant
Le sang qui ruisselle
Dans mes veines prend
Un bon goût de vin
Qui enivre
Et c’est bien
De se sentir vivre
Et les politiques bâtissent
Leur pauvre empire avec leurs crimes
Pour pouvoir atteindre leurs cimes
Sur les corps des morts ils se hissent
Certains vont se mettre par terre
Face à la croix du vieux mystère
Ils s’aveuglent dans leurs prières
Pour mieux ne pas voir la misère
D’autres trouvent dans leur ennui
Comme un soupir de rose amère
Qu’ils vont pendre à leur boutonnière
Mourant avant d’avoir la vie
Mais un enfant me tient la main
Sa voix me parle de demain
Un couple d’oiseaux dans la brume
Plane sur la terre qui fume
Désormais j’entends mon vrai chant
Je suis vivant
Debout sous le ciel
Je suis vivant
Oh! en plein soleil
Je suis vivant
Le sang qui ruisselle
Dans mes veines prend
Un bon goût de vin
Qui enivre
Et c’est bien
De se sentir vivre
J’ai voulu suivre les idoles
Croire en toutes les paraboles
Mais ce ne sont que des mensonges
De mauvais songes qui nous rongent
J’ai voulu suivre la beauté
Mais le temps toujours l’abolit
J’ai voulu suivre la folie
Mais la vie l’avait raisonnée
J’ai cru pourtant vouloir aimer
Mais je n’ai rien fait que blesser
Et les amies qui m’ont quitté
M’ont apporté ma vérité
En voulant embrasser trop fort
J’ai froissé le parfum des fleurs
Oubliées dans un bain de pleurs
A présent mon passé est mort
Et je peux regarder devant
Je suis vivant
Debout sous le ciel
Je suis vivant
Oh! en plein soleil
Je suis vivant
Le sang qui ruisselle
Dans mes veines prend
Un bon goût de vin
Qui enivre
Et c’est bien
De se sentir vivre
Février 1975 7-10 / 04 / 75
Remanié le 6 juillet 2003
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7. DELIVRE DE TOI
Tous les mots que j’ai écrits
Tant de paroles perdues
Sont pour toi dès aujourd’hui
Tous nuls et non avenus
Mes amis ont dévoilé
Les cartes de ton jeu
Et la vérité a séché
Ses larmes sur mes yeux
Chère amie en me quittant
Tous mes voeux tu as comblés
A combien de tes tourments
J’aurai ainsi echappé
Grand merci d’avoir joué
De tes larmes de ton rire
De ton corps de ses soupirs
De mes joies de mes baisers
Je souhaite que jamais
Tu trouves trace de mes pas
Que le mal que tu m’as fait
Un jour retombe sur toi
Oh ! merci de l’illusion
Don ton cul m’avait fait don
Car pour le reste aujourd’hui
J’en suis à jamais guéri
Le prisonnier
Découvre la vie
Quand s’ouvre ses grilles
Ma liberté
C’est d’être dès lors
Délivré de toi
Printemps 1979