HIVER
Le béton s’éparpille en palais de glaces
Toute miette est mille miroirs
Même le mur éclaté d’en face
Que des flaques d’étoiles taguent
DECEMBRE 1.
Demain est une parole d’huître
Karaoké muet des âmes
Odeur têtue de sapin
Incinération de lumières
Où brûle en bûche molle
La concupiscence folle
Tant de rubans à dénouer
Comme le remord tordu
D’une illusion
Le temps fendu d’un cadeau
Qui plombe
De son fardeau repu
Le budget fondant
Du bon cœur
Et la vieille routine s’en revient
Comme un verglas vicieux
Pour mieux dévisser
Les gueules de bois
DECEMBRE 2.
Tu marches dans cette ville
Que tu ne connais plus
Tu erres ta carcasse en débine
Dans les ruines de ta mémoire
Le frigo trivial des souvenirs
T’enferme dans sa cage de givre
Le goût de vivre s’éteint
Sous les cœurs congelés
Les glaces amassées
Les congères amoncelées
Le long des ravins du passé
« Une petite pièce »
Mais les mots se perdent
Comme les regards
Comme les mains bien cachées
Les cous tous cravatés
Très écharpés trop réchappés
Réchauffés dans l’illusion unanime
Du théâtre de la fête universelle
Et la grande pièce jouée
Ne peut rien pour
« La petite pièce »
Que souffle
La misère
DECEMBRE 3.
Du haut de l’iceberg
Je guette l’horizon mortifère
Les glaces qui croisent
En attendant de se prendre
De s’encastrer
Implacable jeu de mécano
De la banquise démunie de pitié
La solitude se fige
Dans un froid plein de zèle
Et les vents qui reviennent
Sont les gifles d’avant
Qui secouent de leurs griffes
Les lambeaux
Les loques
Les guenilles
Qui m’habillent encore
Pour épouvanter les cris
Des oiseaux de mer
Qui de leurs becs tenaces
Déchirent en charpie
Le temps qui reste
Dans la chambre froide de l’avenir
JANVIER 1.
Des vœux en veux-tu ?
A la volée ils vont
De lettre en lettre
De mail en mail de bise en bise
S’aiguisent les mots
D’esprit
Les pointes qui font les belles
Bien dressées
Du haut des formules
L’avenir fond
Neige maculée et immature
Sue la banalité des boulevards
Où tout le monde va
Mots convenus
Qui corrects voilent de leur sourire froissé
La glace concassée des regards froncés
La banquise bien élevée du quotidien forcé
Le désert blanc inamovible
Du lieu commun
JANVIER 2.
C’est un miracle
Une étoile de l’instant
Un cristal volatil
Spasme évanescent
Frisson de fleur qui s’étiole
Moment de marbre éphémère
Des perles qui germent
Et façonnent d’une caresse ouatée
Un monde nouveau
Silence au long cours
Couffin comblé de densité
Intensité d’écharpe étoilée
Au cou nu de la terre mate
C’est un miracle
Ton baiser de neige
Où simple flocon je fonds de folie
Mon seul miracle de l’hiver
JANVIER 3.
Point de départ
Signe soixante-neuf
Analogie des chiffres
Qui se croisent
De la tête au pied
Point de départ
Né sous ce signe
Né à la vie de tes lèvres
Quand le haut vaut le bas
Et que le bas veut le haut
Point de départ
A tête de lion
Crinière prétentieuse
Des pierres romaines
Des traboules complices
Point de départ
Ma ville renaissance des sonnets de Louise
![]()
De Madame Récamier étoile de soie sur sofa
![]()
Vous ô muses d’antan dont les beautés enfuies
Font du cocon de mes vers
Un papillon superfétatoire
Point de départ
O mes anciennes princesses
O mon amazone des guerres perdues
Vous souvient-il parfois
Du signe du soixante-neuf ?
FEVRIER 1.
Allez je t’envoie ce bouquet
Aux odeurs de poème
Aux rimes malhabiles
Comme mon boniment
Maladroit
Qui palpite pourtant pour toi
Qui escalade encore l’escalier
Qui monte vers tes lèvres
Qui s’accroche toujours à tes seins dressés
A la nuit de tes hanches savantes
A la marée où tu me chavires ô sirène
Je tresse de mes mots
Ce que mes mains timides bégaient
De la moiteur de l’Equateur
Aux frissons des pôles
Nos vies ne savent que se suivre
Se perdent se retrouvent
Pour se garder puis s’oublier
Loin partir pour mieux revenir
Notre amour en ressac
Ressasse ses reflux
Afin de se remémorer hier
Et s’offrir aujourd’hui
Ces fleurs verbeuses pour
La Saint Valentin
FEVRIER 2.
Anneau à ton doigt
Forgé au soleil de mes mots
Pour glisser sur ta peau et te dire
Que je n‘écris que pour le nacre de ton sourire
Que nos corps épousent l’instant
Et se noient en commun
Aux même lames
Or le remous en moi n’est pas autre
Que le regret de savoir
Que tu n’es à personne
Ni à moi
Ni à la cohue d’épouvante
Qui hante ma jalousie
Et s’arroge la nuit d’offrande de ton port franc
Du havre de tes hanches d’escale nue
Anneau à ton doigt pour orner ta liberté
Quand elle vient se poser sur moi
Et s’envoler bientôt
Dans d’étroits secrets
Où je n’entre pas
Anneau à ton doigt
Comme un pense-bête
Pour que le vent ne t’emporte pas trop loin
Et te ramène –une fois ou deux-
Vers moi
FEVRIER 3.
Une bague à ton doigt
Pour t’offrir un reflet d’avenir
Pour te donner la virtuelle envie d’y croire
De rêver ce que tu veux
Nous en un pour que naissent
Les sacro-saintes progénitures
Les cris les larmes
Les baves les traces de selles
Les déjections souriantes
Des bambins de l’enfer
Et leurs ribambelles cruelles
Qui nous tueront à coup sûr
Qui déferont de leur berceau
Notre lit d’amants
Une bague à ton doigt
Pour que tu t’écorches sur ce songe
Que le réel de nos nuits
Rend opaque
Une bague à ton doigt
En cadeau d’un futur déjà vu
Que je te remets en guise
De digne adieu
Une bague à ton doigt
Pour unir rancune et regret
Dans un même cercle
Qui ne se refermera pas sur moi
PRINTEMPS
Ici tourne la toupie de l’utopie
Voici des cris que les murs apprennent par cœur
Voici la foule en friche vers un demain à prendre au poing
Voici ton corps comme un slogan entre mes bras
MARS 1.
Mois de guerre
Prise de nos bras
Qui s’affrontent
Corps à corps indécis
Où l’âme s’enchâsse
Au tréfonds de l’être
Atre profond en toi
Comme une flamme liquide
Qui tremble en nous
Et tressaute en nos membres
Syncopés d’osmose
Dans l’éclat sonore de nos gestes
Qui dansent dans des phrases
Que l’indicible hurle
O amazone émérite
Je ne suis que ton féal
Et je me soumets
Aux lois de ton arme
Je ne suis qu’un captif
Que déchaîne son allégeance
Dans l’acte pur
D’un combat nu
Juste pour te plaire
O déesse de la guerre
MARS 2.
Peut-être reviendras-tu
L’impossible est un acrobate
Qui jongle sur le fil
De nos destins
Qui sait ?
Notre amour peut-être
Se lovera dans le pollen sucré
Que les abeilles portent
Sur les violons de leur vol
Et germera en nous
Son arbre de soleil
Celui qui s’ouvre
Quand tu me souris
O princesse
Cet avion potiron
Que pilote fée carabosse
Me fait redevenir Cendrillon
Et je balaie les restes de ton rire
L’ombre de tes hanches
La trace de toi
Le cinéma héroïque de nos nuits
Mouillé de baisers partagés
Dans cet aéroport où tu reviendras
Peut-être
MARS 3.
Le temps me mord
J’ai tant vécu de printemps
J’ai tant soufflé les anges
Compté les trèfles
Effeuillé les marguerites
Caressé de mes soupirs
L’ombre d’une peau
Dévoilé péniblement
Les seins qui pleurent
Et qui me hantent
De leur fausse tourmente
Dans les prés du printemps
Le temps me mord
Je n’ai jamais su quoi faire
Du printemps
Embarrassé de fleurs et de filles
Je n’ai embrassé que des parfums
Effleuré des reflets
Dessiné des femmes statues
Dont les socles sûrs ont bâclé
Mes moindres espoirs d’albâtre
Albatros de plâtre
Scellé dans le désespoir
Des printemps manqués
Le temps me mord
AVRIL 1.
Poisson pour tous
Rire au dos garanti
Nos yeux sont des écailles
Qui nous font nager
Dans les mers des autres
De quel bocal agité
Tombent mes désirs
Humides de ta houle ?
Arrimé à tes reins
Je suis le magicien
Et je fonds de phosphore
Moi sémaphore sur ton amphore
Sur la courbe folle de mes métaphores
Car si je suis pécheur
C’est par toi et pour toi
O sirène
Mon fétiche échevelé
Mon irréel assumé
Mon demain au présent
Mon âme à ton menu
Et qui me damne le vendredi
Ton jour sacré
O sirène
O toi ma plus belle farce
AVRIL 2.
Sirène
Née du miroir des remous
Sur un sillon d’écume
L’aurore d’un sourire mouillé
Ta peau est de mer où mes doigts voguent
Don fidèle de l’instant
Etincelle du bonheur qui flamboie fugace
Au brasero de tes reins
Feux des sens interdits
Tu es le bateau de l’exode
L’exil infini où naît le monde
Princesse
Guerrière dénudée
Tes armes sont de chair et de sang
Et tu arraisonnes dans ton corps à corps
Les plus fiers soldats
Tu lèves la lance du ciel
Vers un chant de bataille
Aux cris lancinants
O amazone
J’avoue ma défaite
Je dépose à tes pieds
Les lambeaux de mon âme
Et vidé de moi-même
Je me rends
AVRIL 3.
Avril mois labyrinthe
Où je me perds
Entre l’histoire et la légende
Où j’erre
Mon cœur à la main
En quête de celle qui le possède
Et qui veut le garder
Précieux ciboire
Miroir de l’éphémère
Où ruissellent tant d’images
Tant de phrases à verser
A déverser sur vous
O mes réceptacles de beauté
Sentimentalement polygame
Je polis mes gammes mes doigts sur vos peaux
Je pianote vos corps pour un concert unanime
Et je meurs en vous
Quand s’exhale de vos seins
L’hymne des étincelles
Que jalousent les étoiles
Dans nos nuits de toiles
Nous peignons un nouvel univers
En unissant d’un cri
La sirène et la princesse
MAI 1.
Le mois de Marie
Et ses chapelets tout dégoulinants d’encens
D’envies mortes à peine nées
Rosaire murmuré clandestin
Des flammes inventées
Qu’étouffaient les soutanes
Eteignoir âcre des âmes
Crimes pieux bénis des dieux
Promis aux futurs feux insidieux
Des châtiments maléfiques
Féeries folles des Satans revendiqués
Dans le souffle noir des péchés qu’on cache
Et ton corps ouvert au martyre de mes insomnies
Et ton sang s’offrant au crucifix de mes vêpres sombres
Gymnastique des cantiques revisités
Chair effleurée des litanies occultes
Cris des prières des liturgies d’extase
Sacrements saints que nos lèvres bénissent
Et qui hissent le plaisir au haut de son assomption
O mystique union
Communion renouée
Dans l’émoi de Marie
MAI 2.
On a tout bousculé
On a interdit d’interdire
On a seriné CRS SS
On a inventé sous les pavés la plage
On a démonté toute dialectique
On a défait d’un seul précepte
Le vieux monde
Mis au cou d’un Hugo
-Complice-
Un mouchoir carmin
Institué l’amour instantané
Orgasme revendiqué classe contre classe
Défiguré la soie de la cravate à papa
Le chic du petit tailleur à maman
Pour planer sur un Kama-Sutra de Sorbonne
En attendant
De paver les nuits de nos intentions
On a tout bousculé
Tremblantes de peur même les statues ont failli tomber
Les motions de feu ont façonné un autre monde
Dans des transcendances fumées le temps d’un joint
Avec la guitare de Bobby et la voix de Joan
On s’est marié tant de fois ces nuits-là
Nos rêves et nous
Que quand on s’est réveillé
Tout le monde marchait au pas
On a failli tout bousculer
MAI 3.
Prendre la réalité pour un désir
Un chant de revendication
Pour un bonheur déshabillé
Scotch glacé des lèvres
Verres fumés aux rythmes discos
Dans des nuits où l’ébène se démène
Statuaire évanescent
Où vont se brûler les blanchitudes exilées
Pâte humaine modelable à l’envi
Sculpteur patient de l’instant
Voici pour ton ennui mouillé
La sueur charitable
Des Eve d’abondance
Levées depuis leur désert
Ne possédant rien
Et t’offrant tout
Dans l’incarnation d’ivoire
D’un sourire assassin
Te voici séducteur
Aux tropiques du mensonge
Quand l’âme noire éponge
Les larmes passées
De tes feux désirs
Que la réalité englue
ETE
La marée se déplie sur la peau émue du soleil
L’offrande moirée des seins nus comme une insulte à la mort
Les nuits moites où se délient les conjugaisons secrètes
Les nymphes éternelle reflets de l’été sans fin
JUIN 1.
Soleil
Feu amateur de paille
Bouton du ciel aux piques de pleurs
Sexe voluptueux inondé de fusion
Corne d’abondance sur les plaies du sol
Hurlement de mauve sur la mer aux abois
Œil maléfique qui se garde la famine en désert
Peintre à la chaux des os ravinés par les rapaces
Eternel spot de nos vies masquées
Nudité des cieux aux hardes ouatées de brume
Epée lancinante sur l’ennui des banlieues
Clin d’œil africain sur l’exil des charters
Incendiaire notoire des chevelures de Provence
Amateur de verres pour boire les flammes de l’enfer
Amant des peaux qui s’offrent
Luxure ambrée des amours anecdotiques
Seule parcelle de gratuité de l’été vénal
Fidèle miroir de mes baisers d’autrefois
Ardente lyre qui brûle mes doigts endoloris
Comme ceux de guillaume
Cou tranché que guillotine mon dépit
De la zone à l’ozone
Ta sale couche trouée
JUIN 2.
J’ai aimé jusqu’au sable de tes cheveux
Jusqu’aux larmes posées sur le futur
Jusqu’à tes caprices d’écaille
Tes désirs d’horizon
Tes esquisses de parfum
Tes tourments de soleil
Ton sommeil de princesse
J’ai aimé jusqu’aux vagues de tes lèvres
Quand la mer monte en nous
Et que la houle nous délivre
Du poids des certitudes
Et qu’un doute d’écume nous enveloppe
De ses paquets d’espoir
Où se mêle au jusant l’envie du ressac
Et qu’un reflux d’étoiles submerge nos nuits
Hymne à la sirène
Et à sa voix stellaire
Qui me brûle de son été lancinant
JUIN 3.
Te souviens-tu de ton silence
De l’écho perdu de tes paroles
Dans le coquillage orange
Où se niche l’absence ?
Ton silence m’ensevelit
Et le temps dépeuplé s’étend
Comme un inutile pansement
Bâillon sur ma blessure acide
Où se suicident les cicatrices
J’ai bouclé mon portable
Mes oreilles s’ouvrent sur les souvenirs
Beaux comme ces chalets montagnards
Au pied de glaciers blessés
Que le soleil essore en torrents amers
JUILLET 1.
Où sont-elles parties les moissons de l’espoir ?
Au levain des promesses
Brillant de tout son pain doré
Sous un soleil enjôleur
Brûlant de mots ses propres joyaux
Tout est fané vanné
Ecrasé le grain brisée l’ivraie
Et la paille délavée
Ne picote plus nos peaux
Où s’est-il dispersé le sable d’antan ?
Soie du miel cendre du satin
Or en poudre aux caresses souples
Infinie tendresse des contours
Inlassable baiser du vent
Tout est poussière
Nos sentiments volatils
Tournent autour de nos cils
Pour piquer nos yeux amers
De la moisson aux cendres
Il n’est qu’un feu
De paille ou de bois
Qui consume nos illusions
Qu’un désert renouvelé
Où se perdent nos blés
JUILLET 2.
Encore une Bastille
Faites de la place
Pour la mémoire des peuples
Les chants patriotiques s’exhibent
Dans la gorge des pierres
Et s’explosent en gerbes
Dans un artifice total où se grime l’histoire
Le temps d’une nuit quand les ponts se repassent
Un bout de scène sous les pieds d’acier
Du cinéma fou d’Eiffel
Et sa bergère figée dans son crucifix de fer
Pour faire la fête prend ta pastille
Fais tomber ton ancien régime
Extasie-toi devant l’avenir
Sans culotte au bout d’une piqûre
Tombe ta tête brûlée
Comme une perruque de poudre
Fin d’un calvaire en rave
Partie
Paris perdu
Bal des pompiers
De l’eau sur le feu
Place de la Bastille
Le quatorze coupe à cœur
JUILLET 3.
Vacances
Assez
Des bisous de dix sous ou bien des baisers biaisés
Des cœurs croisés que se dispute une fierté déniaisée
Des lèvres postiches qui tachent mon vieux vin éventé
Des serments que démentent les embrasements frelatés
Des feux de paille que le désir allume pour mieux les éteindre
De la fumée qui dérobe le bonheur quand on pense l’étreindre
Du désir idiot qui infantilise et nous place sous dépendance
Des mots qui explosent plus vite que les corps du silence
De la banalité sans lumière malgré mes rêves d’arabesques
Des fausses fées et des sabbats grotesques
De la sorcellerie que devient l’amour sur le brasier des vanités
Des illusions qui se perdent avec entêtement et ténacité
De la descente infinie spirale qui nous aspire vers l’ennui
De cette vie évidée comme une noix noircie
Du passé comme seule parure au présent démâté
De toute existence manquée comme un éternel train raté
Des quais de gare où je flagelle ma mémoire
De l’oubli vain qui voudrait refaire l’histoire
Assez
Je vous laisse mes pensées muettes
Et je m’en vais vers les mouettes
Pour leur raconter mes tempêtes
Sous les rires des vagues en goguettes
AOUT 1.
Me voici marchant sur ce faux semblant
Désert factice
Plage menteuse tu nous envoies
Des bateaux hâbleurs
Qui de loin racontent tout le temps
Que la sirène hante
Les nuits d’un Ulysse lié à son mât
Mais moi le cœur en prison
Mes chaînes traînent le poids d’un amour
Illusoire
Avec encore au corps les promesses
De l’amazone vaincue la fille des rois d’exil
Qui me dis que son âme est en partance vers
La rade de mes bras noués
Et pourtant
Veuf des mots captifs
Je marche dans ce désert
Et cherche dans les dessins du ciel
Une aile
Qui me conduise
Au sourire de la sirène
Elle sur son roc
Le cœur libre et vagabond
Cherche au hasard
Les augure fugaces de l’instant qui passe
AOUT 2.
Finistère
Terre mystère
Où la brume embarque la mer
Où choient du ciel les légendes guerrières
Les amours au bout filtre
Que Tristan fume
Sur la plage abandonnée
Le sommeil des sirènes sur les épaules des marins
Les ports ouverts aux fest-notz d’enfer
Et toi
Seul au fond de ton verre
Tu navigues dans l’alcool de tes rêves
En titubant entre les bars
A la quête d’un conte breton revisité
Où preux chevalier tu tranches le cours
Du destin d’estoc et de taille
Dans les forêts mugissantes
Aux longs cheveux verts
Aux corps d’écailles qui glissent sur toi
Quand dans l’ombre de la nuit
Bien loin de là
Pleure l’Amazone
AOUT 3.
Je serai marin décidément
Regardez je tangue les mots
Je chavire les phrases
Pour lever les voiles des métaphores
Que le vent gonfle
Et je baise à la bolée
L’or lumineux des cidres des bières
Des potions de druide
Des rhums de marins d’eau amère
J’avais des femmes sur chaque continent
J’écartelais mon cœur entre les quatre coins de la terre
Je poursuivais l’assiduité des chairs
En noir en jaune en blanc en vert
Toutes les couleurs du corps firent mon arc-en-ciel
Je chante les voyages en bordées
Les escales bondées
La marée du matin et les chagrins des ports
Donnez-moi encore à dire
Intarissable est ma soif de paroles
Et je vous les sers à qui mieux-mieux
Le temps d’une tournée
J’avale mes voyages cul-sec
Décidément je suis marin
AUTOMNE
Les cors s’essoufflent dans des arpèges mordorés
Le violon du vent envoie ses parfums déchirés
Les cuivres sont des sanglots ocres
Voici le chorus final du temps qui s’éteint
SEPTEMBRE 1.
Revoilà ce vieux marchand de nostalgie
Avec sa ribambelle de feuilles
Aux armoiries désespérées
Parfum des désirs envolés
Avec son orchestre qui hurle
Qui se moque de nos mémoires
Perforées de pluies glacées
Sous l’or poli des mains perdues
Avec ses traces de suie
Dans le ciel de nos envies
Quand chutent au bout des aubes brouillées
Les larmes qui fondent
Sur le tronc des soupirs
Avec la tourbe que remue
Le remord entêté du nevermore
Et ses grandes eaux qui lavent
Les yeux des souvenirs
Sur la flaque où se mire un ciel de cire
Avec les douleurs arborées qui se tordent
Dans le labyrinthe de mes amours
Et qui agitent calcinées
Leurs fantômes phosphorescents
Quand le soleil éponge d’orange
Le visage gris d’aujourd’hui
Au moment où il meurt
SEPTEMBRE 2.
Pardonnez mes muses
Cette parenthèse
Dans les tourments de nos soupirs
Nos bouts de saphir que frôle le zéphir
Dans un froissement de soie pour nos jeux secrets…
Mais je me souviens d’un matin
C’était en mille neuf cent soixante-treize
On entendait l’écho de Santiago
La marionnette en uniforme
Un Pinocchio en déchet de hochet
Agité par l’oncle Sam
Décidait d’arraisonner
A la sauce américaine
Un Chili con carne
Aux larmes de sang
Pardonnez de me souvenir de ça
Comme une tache séchée
Sur le tablier du temps
Quand les bouchers de père en fils reprennent les couteaux
Pour mieux trancher le cou de l’histoire
La vie est un mauvais western
Où les cow-boys rêvent d’un hamburger géant
De sang de cuivre d’eau bénite et de pétrole
Pardonnez mes muses cette parenthèse…
SEPTEMBRE 3.
Je te remercie
De m’avoir donné
L’idée de recommencer
De reconstruire à nouveau
Les murs blasés d’un demain usé
De m’avoir prêté
L’intention de croire
Qu’il suffite de reprendre à zéro
Pour remonter la colline
En poussant le même ridicule caillou
De m’avoir guéri
De tout remord superflu
De toute illusion bordée de jouissance
Dans l’étreinte forcée des amants
Que le temps lie à la même lie
De m’avoir montré
La vanité évidente
Des effusions fluorescentes
Quand la bouillie des sentiments se met en quatre
Pour mitonner son infâme potage
De m’avoir licencié
Après tant d’artifices
Jeté au feu sans aucune vergogne
Comme on laisse sur le champ les corps des vaincus
Je te remercie
OCTOBRE 1.
Ramassez les copies
Le devoir est fini
Inutile de mégoter
Une minute illicite
C’était en temps limité
Repassez tous vos verbes
Ressassez la science apprise
Les vers à recompter
Les formules qui miroitent
Le bout des doigts sur les joues
Les lèvres qui osent
Les bouches qui se scellent
Pendant que les mains s’évertuent
A dégrafer les tissus
Pour que les cœurs se touchent
Le temps d’un frisson
Un spasme échevelé
Aux écartèlements partagés
Ramassez les feuilles
Avant qu’elles ne sèchent
L’encre se détache vite
Des mots menteurs
Quand l’exercice est fini
Limité dans son temps
OCTOBRE 2.
Les arbres déposent leur bilan
Et le râteau range les mèches de cheveux
Cantonnier scrupuleux du temps
Voici les tiroirs où se meurent
Les ramures anciennes
Les verdures triomphantes
Qui offraient leurs cambrures de printemps
Dans un sourire chlorophylle
Crudités d’été aux parfums d’épices
Vous voici ravinée dans les soupirs du vent
La musique qui grince n’a plus de dents
Et étend son glauque cloaque
De brumes en lambeaux
De brouillards déchirés
Comme nos yeux humides
Devant les lettres d’autrefois
Qui gisent dans la boue de nos émois
Au creux des hanches d’antan
O gouffre angoissant d’un orgasme éteint
Quand monte dans la nuit
La herse noircie
Des troncs atrophiés de nudités
Depuis leur dépôt
De bilan
OCTOBRE 3.
Que la pluie lave mes mots
Délave mes pensées
Chiffonne mes vers
Dans une bouillie mal mâchée
Je n’ai plus rien à dire
Hors le silence
Et le mutisme de nos moments
Nos moiteurs muettes se taisent
Trempées de pluie
Trompées de pleurs
De rires renversés
De gestes de travers
Aux vices d’innocence
Aux sévices vertueux
Hommage coi
A nos services rendus
A la rescousse des cœurs novices
Quand les corps se séparent
Et que le temps ouvre
Les pages solubles du passé
Ce livre acerbe où s’étiolent et sèchent
Les herbes folles gerbes de promesse
Tous ces mots futiles que lave la pluie
NOVEMBRE 1.
O ma seule sirène
O mon oiseau abandonné
Dans les grilles psychotiques
Au milieu des désirs éparpillés
Des miettes du miroir
Eclaboussant de bonheur
Où nos nuits se voyaient
Dans un sourire clandestin
Je suis un Ulysse sédentaire
Qui ne voyage plus qu’en vers
A l’inverse de mon sort
Et cherchant dans les replis du temps
Un bout d’océan qui chante
Une odyssée perdue
Un rocher de raccroc
Où le temps enserre et bâillonne
Ton cœur sans amarre
Le reflet éternel
D’un amour de sirène
Pour le peindre
Sur tes lèvres
NOVEMBRE 2.
Tout est fini
La comédie grinçante de demain
Le futur épanouissant
Comme un bouquet de promesses
Au parfum stupéfiant
Tout est fini
Rengainons l’espoir
Et sa perspective trompeuse
L’illusion d’optique
Des mirages qui bernent l’horizon
Tout est fini
Oublions les peaux du silence
Les gestes que synchronisent
Les corps étoilés dans ce moment de perle
Où le ciel prouve un instant qu’il existe
Tout est fini
Remballons les mots
Dans leurs paquets de phrases
Bien ficelées
Tout est fini
NOVEMBRE 3.
Le vent qui se lève
Nous essore-t-il d’hier ?
Le temps s’étire
Jusqu’aux bords de quelle rive ?
La pluie s’abandonne
A quelle glaise retournée ?
Le brouillard embrouille
Nos gestes d’aurore
Tout se tait et se terre
L’avenir se plante
En un épouvantail grotesque
Devant les semences absentes
Que ravivent les piailleries
Des oiseaux voleurs
Eperdus filous
Dont l’entourloupe ailée
Se nourrit de mes projets
Secoue d’un cri de pie
Mon calendrier risible
Et fait de rides
Mes éphémérides












majida al roumi
Man i love reading your blog, interesting posts !
Rétrolien par majida al roumi — novembre 16, 2007 @ 3:53 |
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Commentaire par Van Ubl — février 25, 2012 @ 8:59 |