1. Ballade de Noël, Jean de Richepin
2. Cor de chasse, Guillaume Apollinaire
3. Le fin de “La chanson du mal-aimé”, Guillaume Apollinaire
4. “Au temps de ma jeunesse folle”, François Villon
5. Sur une barricade, Victor Hugo
6. El Desdichado, Gérard de Nerval
7. Une allée du Luxembourg, Gérard de Nerval
8. Brise marine, Stéphane Mallarmé
9. L’ennemi, Charles Beaudelaire
10. Spleen, Charles Beaudelaire
11. Je t’aime, Paul eluard
12. Comprenne qui voudra, Paul Eluard
1. BALLADE DE NOEL
“Tant crie l’on Noêl qu’il vient” F. Villon
C’est vrai qu’il vient et qu’on le crie
Mais non sur un clair olifant
Quand on a la gorge meurtrie
Par l’hiver à l’ongle griffant
Las ! avec un râle étouffant
Il est salué chaque année
Chez ceux qu’il glace en arrivant
Ceux qui n’ont pas de cheminée
Il jasait la mine fleurie
Plus joyeux qu’un soleil levant
Apportant fête et gateries
Bonbon joujoux cadeaux devant
Le bébé riche et triomphant
Mais quelle âpre et triste journée
Pour les pauvres repus de vent
Ceux qui n’ont pas de cheminée
Heureux le cher enfant qui prie
Pour son soulier au noeud bouffant
Afin que Jésus lui sourie
Aux gueux le sort le leur défend
Leur soulier dur crevé souvent
Dans quelle cendre satinée
Le mettraient-ils en y rêvant
Ceux qui n’ont pas de cheminée
Prince ayez pitié de l’enfant
Dont la face est parcheminée
Faites Noël en réchauffant
Ceux qui n’ont pas de cheminée
J. RICHEPIN
***
2. COR DE CHASSE
Notre histoire est noble et tragique
Comme le masque d’un tyran
Nul drame hasardeux ou magique
Aucun détail indifférent
Ne rend notre amour pathétique
Et Thomas de Quincey buvant
L’opium poison doux et chaste
A sa pauvre Anne allait rêvant
Passons passons puisque tout passe
Je me retournerai souvent
Les souvenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi le vent
G. APOLLINAIRE
***
3. Fin de “La Chanson du mal aimé”
(…)
Juin ton soleil ardente lyre
Brûle mes doigts endoloris
Triste et mélodieux délire
J’erre à travers mon beau Paris
Sans avoir le coeur d’y mourir
Les dimanches s’y éternisent
El les orgues de barbarie
Y sanglottent dans les cours grises
Les fleurs aux balcons de Paris
Penchent comme la tour de Pise
Soirs de Paris ivres du gin
Flambant de l’électricité
Les tramways feux verts sur l’échine
Musiquent au long des portées
De rail leur folie de machine
Les cafés gonflés de fumée
Crient tout l’amour de leurs tziganes
De tous leurs siphons enrhumés
De leurs garçons vêtus d’un pagne
Vers toi toi que j’ai tant aimé
Moi qui sais des lais pour les reines
La complainte de mes années
Des hymnes d’esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes
G. APOLLINAIRE
***
4. “Au temps de ma jeunesse folle…”
Je plains le temps de ma jeunesse
Auquel j’ai plus qu’autre gallé
Jusques à l’entrée de vieillesse
Qui son partement m’a celé
Il ne s’en est à pied allé
N’à cheval hélàs comment donc
Soudainement s’en est volé
Et ne m’a laissé quelque don
Allé s’en est et je demeure
Pauvre de sens et de savoir
Triste failli plus noir que mûre
Qui n’ais ni cens rente n’avoir
Des miens le moindre je dis vrai
De me désavouer s’avance
Oubliant naturel devoir
Par faute d’un peu de chevance
Si ne crains d’avoir despendu
par friander et par leschier
Par trop aimer n’ais rien vendu
Qu’amis me puisse reprocher
Au moins qui leur coûte trop cher
Je le dis et ne crois médire
De ce je me puis revanchier
Qui n’a mesfait ne le doit dire
Bien est verté que j’ai aimé
Et aimerais volontiers
Mais triste coeur ventre affamé
Qui n’est rassasié au tiers
M’ôte des amoureux sentiers
Au fort quelqu’un s’en récompense
Qui est rempli sur les chantiers
Car la danse vient de la panse
Hé Dieu ! si j’eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et a bonne moeurs dédié
J’eusse maison et couche molle
Mais quoi je fuyais l’école
Comme fait le mauvais enfant
En écrivant cette parole
A peu que le coeur ne me fend
F. VILLON
***
5. SUR UNE BARRICADE
Sur une barricade, au milieu des pavés,
Souillés d’un sang coupable et d’un sang pur lavés,
Un enfant de douze ans est pris avec les hommes.
“Es-tu de ceux-là, toi ?” L’enfant dit :” Nous en sommes
- C’est bon, dit l’officier, on va te fusiller.
Attends ton tour.” L’enfant voit des éclairs briller,
Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.
Il dit à l’officier : “Permettez-vous que j’aille
Rapporter cette montre, à ma mère, chez nous ?
- Tu veux t’enfuir ! – Je vais revenir – Ces voyoux
Ont peur. Où loges-tu ? – Là, près de la fontaine
Et je vais revenir, Monsieur le Capitaine.
- Va t’en drôle.” L’enfant s’en va. Piège grossier.
Et les soldats riaient avec leur officier,
Et les mourant mêlaient à ce rire leur râle.
Mais tout rire cessa, car, soudain, l’enfant pâle,
Brusquement reparu, fier comme Viala,
Vint s’adosser au mur et leur dit : “me voilà”.
La mort stupide eut honte et l’officer fit grâce.
V. HUGO
***
6. EL DESDICHADO
Je suis le ténébreux -le veuf- l’inconsolé
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du tombeau, Toi qui m’a consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désole
Et la treille ou le pampre à la rose s’allie.
Suis-je Amour ou Phoebus ? Lusignan ou biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…
Et j’ai, deux fois vainqueur, traversé l’Achéron :
Modulant tour à tout sur la lyre d’Orphée,
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
G. de NERVAL
***
7. UNE ALLEE DU LUXEMBOURG
Elle a passé, la jeune fille,
vive et preste comme un oiseau,
A la main une fleur qui brille,
A la bouche un refrain nouveau.
C’est peut-être la seule au monde
Dont le coeur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un seul regard l’éclaircirait.
Mais non, ma jeunesse est finie,
Adieu, doux rayon qui m’a lui,
Parfum, jeune fille, harmonie,
Le bonheur passait, il a fui
G. de NERVAL
***
8. BRISE MARINE
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! Là-bas fuir ! je sens que les oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer blançant ta mâture
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles ilôts…
Mais, o mon coeur, entend le chant des matelots !
S. MALLARME
***
9. L’ENNEMI
Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
Voilà que j’ai touché l’automne des idées,
Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
- O douleur ! ô douleur ! Le temps mange la vie,
Et l’obscur ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
C. BAUDELAIRE
***
10. SPLEEN
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’eprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
- Et de longs corbillards sans tambour ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
C. BAUDELAIRE
***
11. JE T’AIME
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur de grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas
Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie
Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi
P. ELUARD
***
12. COMPRENNE QUI VOUDRA
En ce temps-là pour ne pas châtier les coupable, on maltraitait les filles.
On allait même jusqu’à les tondre
Comprenne qui voudra
Moi mon remord ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
A la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés
Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres
Une fille galante
Comme une aurore de Premier Mai
La plus aimable bête
Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté
Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre
P. ELUARD
![Panthéon[2]](http://jppau.files.wordpress.com/2007/04/pantheon2.jpg?w=112&h=150)


andrea corr pictures
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Rétrolien par andrea corr pictures — octobre 28, 2007 @ 5:27 |
Aucun Rimbaud?
Pas un Verlaine?
Hölderlin, Heine, Nietzsche (le poète!),où?
A part cela : excellent choix.
Si ce n’est, peut-être, Totor!
Was bleibet aber, stiften die Dichter (Hölderlin)
= Mais ce qui reste est l’oeuvre des poètes
Commentaire par Bothmer Franzpeter — mars 10, 2009 @ 7:17 |
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Commentaire par Marc Shaw — octobre 15, 2009 @ 8:51 |
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Commentaire par Thatashorsjam — mars 2, 2011 @ 6:40 |
Excellent choix . Arbitraire comme toute
Brassens a chanté 2 poèmes de Jean RICHEPIN ( Les oiseaux de passages et Philistins )
J’ai découvert Ballade de Noel ( Prince ayez pitié) Merci.
Pour comprendre qui voudra : Pompidou à une conférence de presse , cita les premiers vers pour répondre a un journaliste sur l’enseignante
qui s’était suicidée . ( Gabrielle RUSSIER )
Commentaire par furax — décembre 31, 2011 @ 5:00 |
Je voulais dire : Arbitraire comme toutes les anthologies
Commentaire par furax — décembre 31, 2011 @ 5:30 |
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Commentaire par Emmett Adrien — février 25, 2012 @ 8:54 |
Vous avez oublié Rimbaud et surtout Verlaine. Faites une deuxième liste pour rattraper cette bévue, on dira qu’on a rien vu.
Commentaire par Alexandre Derossi — avril 6, 2012 @ 5:33 |
Pour M Derossi . Si on parle “oubli” Que pensez-de Baudelaire ?
O douleur ! ô douleur ! Le temps mange la vie,
Et l’obscur ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
Commentaire par furax — avril 6, 2012 @ 5:54 |