Mots dits vers

février 17, 2007

LYONNAISERIES

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 9:16

LUGDUNUM

Ces trois textes sont extraits de la page « LE GONE »

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Dans sa gloire de marbre
Cette ville mosaïque
Fut la prime des Gaules
On la nommait alors
Lugdunum

Oui je fus je sais infidèle
A vos pierres où brûlent
Les cendres des martyrs
A vos tables où se grave
Le nom de l’imperator
A vos âmes latines
Matinées de gauloiseries
Au lion de Blandine
Repus de respect
Devant la blonde allégorie

Infidèle fut mon destin
O patrie de Louise
Et vos sonnets de licence
Que mon cœur déclamait
Aux pucelles promises
Alors qu’un simple baiser
Les blessait d’amour propre
O madame Récamier
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Vous qu’un sofa fige en peinture
Vous aimée des poètes
Aux phrases d’orage
Aux violons de mélancolie
Mal aimée peut-être
Moi je suis à vous au-delà de la toile
Et mes yeux toujours adolescents
Plongent leur désir
Depuis si longtemps
Dans le tulle osé
De votre décolleté
Où vont se nicher les étoiles
Qu’allument vos yeux
En éternelles promesses
Qui hantent mon temps perdu

Infidèle l’écho de mes pas
Sur les pavés adolescents
Dans les traboules intimes
Où mes mains glissent
Sur des seins timides
Ces tours roses où les pigeons
Nous guettaient en gloussant
O mon vieux Saint Jean
Ame de mes nuits humides
Au vin des vendanges de joies
De pleurs ou de vers dans des chants
Aux libations libidineuses
Aux relents aigres de mémoires bues
Jusqu’à plus soif
Et au-delà

Et me voici revenu
Sur tes balcons ocres le tourbillon pétrifié
De tes escaliers sombres
Patrimoine posé renommée estampillée
Mémoire des papilles
Gastronomie amoureuse des amantes
D’avant l’exil
O ma cité Renaissance le sais-tu
De mon temps la rumeur te boudait
Aujourd’hui tes bougies qui tremblent
Un soir de décembre
Explosent au laser la basilique embrasée

Oui je suis fidèle
Car je porte en moi
En étendard de houle
Les clameurs de ta foule
Des canuts martyrs
A Jean Moulin trahi
Les plaies qui cicatrisent
Dans l’allégresse des liesses
Et des rires gamins
Complices de Guignol
Et de sa farce ravigotante
Contre le gendarme balourd
Avec compère Gnafron au nez ruiné
Nageur émérite du troisième fleuve

Là où je plonge mes vers
Pour les lever vers toi
Ma fidèle
Lugdunum
Depuis l’éternité des pierres
Que le temps impose
Sur tes collines embrassées
Par l’horizon des Alpes
Et le vent du midi

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***

ODE A SONNY

La terre est ronde comme une samba
Et quand tu danses
En inventant des nouveaux pas de feinte
Ta houle déhanchée tourne la tête
Au ballon
Et c’est un carnaval de confettis
Pétillant d’étoiles de joie
Qui tombent en paillettes
Sur les yeux des enfants
Et les cris vainqueurs
D’une ville éprise
D’une guitare brésilienne

Les souvenirs des favelas
Des larcins obligés de la survie
Ont fait de toi le chapardeur
Des gloires inattendues
Une escroquerie de dribble
Un dos retourné en ciseau
Comme pour couper le jarret
Aux indécisions du sort

Les chants de Gilberto
De Baden
De l’âme noire des enfants de Pelé
Aux lancinantes notes de mémoire caféinée
Te font tracer dans les soirées de lumières
L’impossible équation providentielle
De la beauté brute du but
Dans l’étincelle immatérielle de l’instant artiste
En un geste toréador
Au milieu des larmes de liesse
Pendant que tu danses
La rumba des victoires

Pardon vieux grand roi
A la fonte assise sans étriers
Au milieu de ta Bellecour
Si je te demande de descendre enfin
De ce destrier inutile
A ta gloire bien apprise
Pour y hisser
Trois trophées en main
Notre nouvel imperator
Dont les tables claudines sont gravées
Sur des souvenirs de pelouse électrisée
Et ces manifs de minuit
Jusqu’au triomphe des Terreaux
Quand Guignol devenu lusophone
Frappe de sa foudre
Les filets frileux du destin

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***

8 DECEMBRE

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A Lyon
Cette nuit
On fête les lumières
Ce que l’on nommait avant
Les illuminations

Une bougie où tremble mon enfance
Un verre bleu posé au bord du vent
Comme une pierre de feu
Au fronton d’une basilique émue
Que noircit l’encre des prières
Balbutiées en couleurs
Sur chaque fenêtre

Et mes yeux se perdent
Sur le kaléidoscope vivant
D’une cité arc-en-ciel
Au cœur de ce minuit qui brille

Une farandole qui chante
A pierre fendre des refrains à boire
Dans le carnaval gelé
D’une ville qui rit

Lyon
Mon rêve de marbre
Posé sur la péniche d’hier
Entre les rives triples
Des fleuves qui se marient
Ou qui nous noient
Dans des flots de libations
Où plongent Gnafron
Guignol et les autres

Ma ville ton béton ce soir
Explose de laser
Sur les bougies de ma mémoire
Où se consume sans fin
Cette nostalgie de cire

Alors j’allume
D’une mèche d’ébène
Le lampion versifié
De mes Illuminations

***
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