Mots dits vers

mars 18, 2007

MOTS EN BOURGEONS

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 9:43

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PRINTEMPS

Ici tourne la toupie de l’utopie
Voici des cris que les murs apprennent par cœur
Voici la foule en friche vers un demain à prendre au poing
Voici ton corps comme un slogan entre mes bras

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MARS 3.

Le temps me mord

J’ai tant vécu de printemps
J’ai tant soufflé les anges
Compté les trèfles
Effeuillé les marguerites
Caressé de mes soupirs
L’ombre d’une peau
Dévoilé péniblement
Les seins qui pleurent
Et qui me hantent
De leur fausse tourmente
Dans les prés du printemps

Le temps me mord

Je n’ai jamais su quoi faire
Du printemps
Embarrassé de fleurs et de filles
Je n’ai embrassé que des parfums
Effleuré des reflets
Dessiné des femmes statues
Dont les socles sûrs ont bâclé
Mes moindres espoirs d’albâtre

Albatros de plâtre
Scellé dans le désespoir
Des printemps manqués

Le temps me mord

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Textes extraits de « Ephémérides »

***
61. PRINTEMPS

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Et revoilà le printemps son pollen en corolle
Ses brassées de parfums ses froufrous d’envols
Ses seins évanescents ses cœurs que la nuit ouvre
Ses désirs dévoilés ses corps qui se découvrent

Et voilà l’aurore à l’orée de l’horreur
Quand l’horizon brisé explose de terreur
Quand se lève un soleil perforé de missiles
Qui salue de son sang un brasier inutile

Vraiment à quoi nous sert cet azur de potence
Où la mort s’amuse de sa macabre danse
Lorsque la loi du colt lace les cous de chanvre
Pour pendre à ses procès les vaincus qui se cambrent ?

Debout sur les pavés tu te levais rebelle
Sève rouge d’antan ravivant l’étincelle
Des mots de révolte aux vieux relents communards
Quand les votes ne se vendaient pas au hasard

Le printemps est cocu l’espoir s’est fait la malle
Ses souvenirs maudits sont partis en cavale
Il ne nous reste que notre pauvre mémoire
Ce miroir illusoire où fondent nos déboires

Et mes piteux serments où sont-ils exilés
Aux cils de quels regards de quels bonheurs frôlés ?
Poitrines offertes je vous ai fusillées
Par mes actes manqués mes frissons maquillés

Parce qu’un souffle vert vibrait d’un vent vénal
Les amours s’égaraient dans d’infinis dédales
– Ariane s’est perdue dans mon cœur labyrinthe –
Les peaux nues se frottaient dans de fausses étreintes

Je n’ai plus rien gardé de vos sourires tus
De vos bouches trop esquissées aux souffles chus
Rien qu’une amertume tant éclusée de mots
Qu’un silence de glace impose son veto

Or aujourd’hui le temps vient s’embrouiller de brumes
Mes phrases s’enrhument dans leurs soupirs posthumes
Les bourgeons font naître la légende déçue
Du rêve évanoui à peine entraperçu

Ces soleils aspergés de lumières factices
S’enflammeront en vain car mon âme métisse
Fait fi des faux printemps et se brûle entêtée
Aux baisers épicés de l’éternel été

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***
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70. NUITS DE PRINTEMPS

Irrespectueuse parodie d’ Alfred

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LA MUSE

Eh! poète lève-toi
Ouvre ton clavier
Tu n’entends pas au loin
La symphonie bigarrée
Des instruments à plume
Qui crient pépient gazouillent
Qui roucoulent qui hululent
Et font des bourgeons pensifs
Un orchestre multicolore
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LE POETE

Mon amie pardonne mon vieux cœur écorché
Mais je n’entends guère que le concerto têtu
Des missiles des chars des canons des obus
Les batteries qui jouent font des oiseaux crashés

LA MUSE

Eh! poète lève-toi
Allume ton écran
Le soleil est en peignoir
Au bord de nos paupières
Il sort de son bain de mousse
Et essore l’ouate sale
Du vieil hiver usé
Et dévore les peaux nues
Qui s’offrent à son désir
Sous le souffle rauque
D’un saxo éclaboussant d’or
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LE POETE

O âme excuse-moi mais mes yeux meurtris brûlent
Tant de feux éclatent les destins explosés
Les sirènes suivent dans des nuits de nausée
Les flashs féeriques d’un enfer fou qui hurle

LA MUSE

Eh! poète lève-toi
Tape donc ton texte
Ne vois-tu pas ne sens-tu pas
Cette aurore de boutons d’or
De jonquilles de primevères
Tra la la lère
Un tableau de Vincent
Ondule et tremble
Au bout de ta pensée
Quand la vie germe
En un pollen de métaphores
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LE POETE

Ma mie ne m’en veux pas mais les fleurs aujourd’hui
Gardent l’odeur fade des tristes chrysanthèmes
Font des coquelicots qui s’ouvrent cramoisis
Sur les chairs déchirées des blessés qu’on emmène

LA MUSE

Eh! poète lève-toi
Ne vois-tu pas
Que seul l’océan m’habille
Que les embruns déjà
Taquinent ma poitrine
Et que l’algue que je porte
Ne rêve que de s’écarteler
Comme une étoile de mer
Sous le souffle salé
De ta lyre licencieuse
De tes strophes sensuelles
De ton alexandrin dressé
Vers une abyssale apnée
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LE POETE

Muse tu m’amuses mais la camarde est ivre
La mère pleure un fils la fille est amputée
Les héros bombardent le peuple qu’ils délivrent
Cette année le printemps s’est mis hors de portée

***

73. AUTRE NUIT DE PRINTEMPS

Toute déférence gardée envers ce vieil Alfred

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LE POETE

O Muse il faut vêtir tes vers de verrous neufs
Sans rime ta peau est nue tu vas t’enrhumer
Il faut habiller tes pieds pour parmi les neuf
Danser en syllabes sur la lyre arrimée

LA MUSE

Hé l’ami
Tu n’y penses pas
Je suis telle
Que le soleil m’embrasse
De son saxo scintillant
Dans ses cris d’or soufflé
saxo-3.jpg
Je suis telle
Que la mer m’invente
Dans le trouble de ses roulis
Avec ses baisers d’écume
Sur mes seins qui s’offrent
A son éternité mouvante
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Hé l’ami
Je ne veux pour tes yeux trop cernés
Que le simple paysage de ma peau pure
Aux nues épanouies
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LE POETE

Tu ne peux vivre en vrac en brouillon en haillons
Errer dépenaillée de ballades en guenilles
On ne peut te confondre avec ces vagabonds
Qui vont cerclant de métaphores leurs chevilles

LA MUSE

Hé l’ami
En chevilles
Tu t’y connais
Toi qui joue aux quilles
Avec des rimes en godilles
Mais on dirait
Soi disant poète
Que tu ignores qui je suis
Car moi sais-tu
J’ai poussé sous le gibet de François
fran020.jpeg
J’ai tenu la corde tragique de Gérard
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Et galéré d’absinthe avec Paul et Arthur
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Mes pieds éprouvés épousent le pavé
Et je trace dans la suie
Mes mémoires de poussière et de sang
Et si tu vois que mes mains sont sales
Sache que mon cœur brûle
De l’éclat inachevé de rêves incandescents
Mon âme éméchée part en torche
Et ce flambeau de phrases allume ta plume
Quand tu veux bien laisser
-O rimailleur paresseux du dimanche-
Le cours de tes mots vivre leur vie de vers libres

LE POETE

O Muse il faut poser tes mots plus à propos
Dans des moules ciselés à la coupe fine
Où l’esprit peut brandir insolent son drapeau
Pour exhiber d’un trait quelques strophes coquines

LA MUSE

Hé poète de salon !
Rengaine ton drapeau qui fait le beau
Je ne veux que ton cœur nu
Déchirés de désirs
Tuméfiés de soupirs
Foin de tes saillies
Qui font frémir les rombières
Déshabille tes mots
Si tu veux de moi
Ho poète masqué !
Qui camoufle ses vers
D’un loup opaque de rhétorique creuse
Prends donc de tes bras nus
Ta muse qui t’attend
Dans une nuit totale
Sans oripeaux
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LE POETE

Muse il faut que tu saches mieux parler d’amour
Car il faut entre tant de phraséologies
Choisir avec tact et volupté le discours
Qui saura séduire les pieux serments rougis

LA MUSE

Arrête poète trop précieux
Tu confonds
Et l’artifice et le feu
Ce que tu tresses et files et couds et recouds
Se trempe de ta sueur vaine
Vois
Je ne veux qu’un bout de soie sur mes seins
Qu’une esquisse d’étoffe sur mes reins
Pour m’offrir enfin à toi
Je ne veux que tes pensées
Que les images dessinées
Qui tapissent tes envies
Les auréoles aigres que laissent
Tes amours enfuies
Les couleurs que tu sais parfois
Poser sur le béton abruti des villes
Et qui fait de mon épure fantasmée
Cette beauté saine que ton poème étreint
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LE POETE

O mon modèle mon irréelle statue
Ma symphonie en métaphores de lumières
Mosaïque où s’unissent l’ébène et l’ivoire
Alliance nouvelle où naissent les fontaines
En un flot de verbe au vent nacré de musique
Pour chanter que je ne vis que pour toi ô muse

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Un commentaire »

  1. That is a great tip especially to those fresh to the blogosphere. Simple but very accurate information… Many thanks for sharing this one. A must read post!

    Commentaire par Lavonna Ihle — janvier 29, 2013 @ 11:31 | Réponse


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