Mots dits vers

juin 3, 2007

FOOT EN VERS

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 4:50

Héros dérisoires
Des confettis multicolores
Des paillettes sponsorisées
Gamins trop vieux
Déjà vendus à la jet set
Mais rêve universel
Où s’entête le globe

juni.jpg

5. FETE

Le monde monte en ballon

Nous dansons sur des dribbles
Chaloupés qui déhanchent nos vies
Des tangos bleu argenté
Sur des transes de samba
Un arc-en-ciel auriverde
Lézarde d’un sourire les favelas
Les blonds sont blacks
Les gaulois beurs
Et les rues ouvrent leurs torrents
Où roulent des rires de fêtes
Magiques comme des miroirs
Aux facettes kaléidoscopiques
D’un monde décillé qui se voit et
Et qui d’un simple coup de pied
Soudain se dessine
Beau
Lumineux heureux
Comme un horizon de trajectoire flottante
Comme la danse des corps
Dans des gerbes de gestes statufiés
Dans ces photos
D’éternité
Héros aux lauriers dorés
Beaux comme l’athlète antique
Mondialisé en paillettes
En confettis de cuir
Qui volent
Vers cet enfant aux pieds nus
Qui
Sous le silence du soleil
Caresse son rêve en rond

Le monde est un ballon

images3.jpg

***

6. AVANT LA FINALE

Loin des soucis de gris
Et leurs antiennes moroses
Qui reviendront
Loin des heures maussades
Et leurs parfums sombres
Qui repasseront
Loin de l’ennui livide
Et ses odeurs incolores
Qui renaîtront
Loin de l’écho mort
Du temps qui s’efface
Et puis qui s’en ira
Loin de tout le sommaire
D’un monde sans saveur
Aux remugles de cendres
Que le vent bientôt
Rapportera

Sur son balcon étroit
Triste et terne
Au milieu des rares fleurs
Qui brodent son horizon
Son cœur vole
Sur la houle dérisoire
D’un drapeau planté
Et qui flotte
D’espoir discret

images-13.jpg

in « En vers de ce temps »

***

2. ODE A SONNY

La terre est ronde comme une samba
Et quand tu danses
En inventant des nouveaux pas de feinte
Ta houle déhanchée tourne la tête
Au ballon
Et c’est un carnaval de confettis
Pétillant d’étoiles de joie
Qui tombent en paillettes
Sur les yeux des enfants
Et les cris vainqueurs
D’une ville éprise
D’une guitare brésilienne

Les souvenirs des favelas
Des larcins obligés de la survie
Ont fait de toi le chapardeur
Des gloires inattendues
Une escroquerie de dribble
Un dos retourné en ciseau
Comme pour couper le jarret
Aux indécisions du sort

Les chants de Gilberto
De Baden
De l’âme noire des enfants de Pelé
Aux lancinantes notes de mémoire caféinée
Te font tracer dans les soirées de lumières
L’impossible équation providentielle
De la beauté brute du but
Dans l’étincelle immatérielle de l’instant artiste
En un geste toréador
Au milieu des larmes de liesse
Pendant que tu danses
La rumba des victoires

Pardon vieux grand roi
A la fonte assise sans étriers
Au milieu de ta Bellecour
Si je te demande de descendre enfin
De ce destrier inutile
A ta gloire bien apprise
Pour y hisser
Trois trophées en main
Notre nouvel imperator
Dont les tables claudines sont gravées
Sur des souvenirs de pelouse électrisée
Et ces manifs de minuit
Jusqu’au triomphe des Terreaux
Quand Guignol devenu lusophone
Frappe de sa foudre
Les filets frileux du destin

sonny_titre.jpg

in « le gone »

***

15. CE QUE DIT LE DJEMBE

images-7.jpg

Vendredi 31 mai 2002
Après quinze heures trente
Dans une rue de France
Sous un ciel sénégalais
Mamadou Diop

(Ou Makhtar El Hadj Bouba
Ou Thierno Seck
Ou Babacar N’Diaye
Ou tant d’autres…)

Prend son djembe
Et marche dans la rue
Pour scander tout haut
Ce que pensait tout bas
La peau tendue :

« L’histoire est ronde
Comme un ballon
Et le destin vacille
Comme une toupie
Les hanches du monde bougent
Autour de mon djembé de joie
Pendant que dans les filets tombent
Les larmes des vainqueurs
Et leurs anciens projets de chaînes

Le boulet franchit la ligne
Au bout d’un jet de cuir
Pour nier l’horizon total
Les geôles de Gorée
La porte du sans retour
O que se lèvent
Nos bras victorieux
Nous les agenouillés de fouets
Et que s’envolent nos foulées
Ailées de zèle suzerain
Pour d’autres courses
Que des fuites éperdues
D’avance perdues

Gerbe de corps vaincus
Au pied du nouveau héros
Et que s’étendent
En palmes posées
Les sourires black
De tous les bananias confondus
Dans la chaux infamante des cités
Que l’insoumis relève
De ses dribbles maraboutés
Les enfants des boys des blancs
Les descendants des tirailleurs
Les fils des commis du commandant
Voici venir l’honneur oublié
Renié bafoué dépouillé
Mais renoué aux crampons
Du guerrier culotté
Voici l’ébène pure qui jaillit
Qui se sculpte dans sa danse
Etincelles d’instants
Sur le tapis du monde

O là-bas
Au-delà du temps
(Paysage d’autrefois toujours au présent :
Savane anémiée forêt impaludée
Sol de famine vie de vermine)
Dans chaque cahute que saoule le soleil
Un feu de brousse
Envahit les cœurs calcinés
Brûle de son baiser fou
La honte jetée comme un chiffon de suie
Adieu les « oui bwana » serviles
Morts dans les tranchées d’autrui
Fils maudits sacrifiés
O insolence du pied de nez
Athlète hilare
Qui bouscule l’histoire
O chance qui insulte la fatalité
Et renverse l’ordre des choses
Apprises et sues par force
Gauloiseries récitées
A coup de règles

O que je chante sur vos trottoirs
Vous les enfants
De l’explorateur des terres
Du trafiquant des chairs
Du missionnaire de l’enfer
Du commandant des fers
Et que j’arrache
De ma peau tendue de fierté
Le sourire affiché
De votre fair-play bafoué
Votre tristesse ravalée
Et que ma danse
Fasse briller d’envie
Vos yeux brumeux
Déshabillés

L’histoire est ronde
Comme un ballon
Et le destin vacille
Comme une toupie
Les hanches du monde bougent
Autour de mon djembé de joie
Pendant que dans les filets tombent
Les larmes des vainqueurs
Et leurs anciens projets de chaînes »

338871813.jpg

in « parure pour une aurore »

***

79. FIN DE PARTIE

Ce sont des héros homériques
Des guerriers culottés sculptés
Dans la gloire et sa rumeur sourde
La danse des dribbles la flamme des feintes
Dans la folie en ballon se lèvent les olas
O houle hurlante des vivantes légendes !

Un homme est mort

Ce sont des enfants qui pleurent
Des gamins en culottes courtes
Aux larmes naïves comme leur sueur
Amères sur le dérisoire tapis
Où orphelin roule un ballon de silence
Dans la naissance froide d’une lourde légende

marc-vivien-foe.jpg

in « débris dits vers »

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Un commentaire »

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    Commentaire par Isadora Oswald — janvier 29, 2013 @ 10:35 | Réponse


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