Mots dits vers

juin 16, 2007

AFRIQUES

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 2:51

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JARDIN D’EBENE

Non mon Afrique n’est pas famélique
-Les outres gonflées des ventres qui meurent-
Elle est affamée de vie mon Afrique
C’est une femme qui rit de ses pleurs

Jardin d’ébène

Femmes noires revenez sur mes pas
Vénus vénales sirènes des rues
Vierges vestales reines du Sabbat
Eves vives m’offrant les mangues du

Jardin d’ébène

O mes villes dépenaillées d’Afrique
Vos nuit dénudées m’ont pris dans leurs nasses
Et les traces de vos sueurs lubriques
Ont délavé ma blanchitude lasse

Jardin d’ébène

J’ai transpercé ces villes somnambules
Faux démon déambulant sa semence
Brûlant sa vie aux hanches qui ondulent
Quand la cadence frôle la démence

Jardin d’ébène

Yaounde se saoule de makossa
Les black stars des bars aux tresses de transe
Ivres des secousses d’une salsa
Vendent leur destin pour un tour de danse

Jardin d’ébène

A la tombée du jour Brazza s’évade
Se remue au rythme de ses rapides
Ses chutes de reins tombent en cascades
Et dévalent nues une nuit liquide

Jardin d’ébène

Quand les remugles nocturnes se gravent
Au petit matin sur un quai de gare
Dans l’odeur moite d’une aurore hâve
Se lève lourde et lente Pointe-Noire

Jardin d’ébène

Nouakchott elle-même la fausse rude
Sait sous ses paravents dunaires faire
D’un long désir de sable un amour prude
Que le vent versifie en fable amère

Jardin d’ébène

Je quête à Cotonou la cotonneuse
Les regards des nouvelles amazones
Horde de Walkyries sur pétroleuses
Qui vont chevauchant ma couche d’ozone

Jardin d’ébène

Mon Afrique brille d’éclats de rire
Danse le deuil flirte avec l’infini
Moi sous la morsure de son désir
Je suis venu pour lui offrir ses fruits

Jardin d’ébène

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In « Jardin d’ébène »

Texte dit dans le cadre des lundis de la Société des Poètes Français, à l’espace culturel Montpezat, le 23 avril 2007.

jardin_ebene

***

MANGUES SANGLANTES

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Ils auront beau
Barbouiller de boue folle
Les saveurs meurtries des fruits offerts

Ils auront beau
Souiller de sang inutile
Les parfums mauves des bougainvilliers

Ils auront beau
Jeter en vrac leur sac de haine
Sourds de horions vers un horizon gaspillé

Ils auront beau
Mâchurer de rancune rance
Les statues dénudées de désir avili

Ils auront beau
Hurler dans les rues hérissées
Des fumées de mots aux cendres de démence

Ils auront beau
Fusiller de missiles sans magie
Les masques décillés que sculpte l’horreur

Jamais le brasier insensé
D’un feu de flamboyant froissé
N’incinérera
L’instant pur
De ton soleil souriant
Dans l’extase sombre
D’un accomplissement de mangue mûre
Quand s’étire et soupire
La lente langueur opaque
Des crépuscules où gesticulent
L’âme neuve de demain
Et la cambrure ambrée de tes promesses
Auréolées d’aurores

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***

ROKIA

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Rokia
Danse pieds nus
Sur les braises scandées
De rythmes
Incandescents
Où les percussions
Palabrent
Et qu’en écho
Les djembés brûlants
En rafales rauques
Répondent
Et qu’en paroles
-Feux sonores
Des brousses perdues-
S’éparpillent
D’intarissables tamtams

Rokia
Crâne nu
Auréolé de halos
Saigne de sueur ocre
Trace suintante
Des latérites d’antan
Où naissait d’un chant
Chaloupé
Le rêve en haillons
D’un envol miraculeux
Aux mots migrateurs

Rokia
Susurre l’essor
De cet espoir
Toujours moite
Où transpirent
Les cordes
Qu’inspire
L’ éternel griot
Et sa mémoire de cendres
Que chevauche
Ample et insatiable
La fulgurante danse
Du futur

Rokia
Silhouette que manie
La magie des koras
Corps articulé
De volonté fluette
Aux longs doigts d’arpèges
Aux hanches de guitare
Et son sourire
S’arc-en-ciel
De paroles de soleil
Quand celui-ci
Ouvre
Sur l’horizon trouble
Ses chœurs cuivrés

Rokia
Se taît d’un salut
Lorsque la houle debout
Lui offre son obole pâle
Diamant miraculeux
D’une nuit de nacre
Où renaît d’un balafon
La vieille Afrique
Au rire de savane
Quand l’aurore la pare
De son souffle de jouvence

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in « Le Gone »

***

(Forum des droits de l’homme
Dernière édition
Orléans 29 septembre 2002)

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LA CONTEUSE

Ses gestes parlent
Son corps volubile
S’évertue de mots
La danse dessine son visage
En esquisses mimées
Où le lion se tait où court la tortue
Ménagerie magique des contes d’antan
Que tissent les cordes du griot
Musique qui tresse ses images
Chant muet des hanches

Lèvres braises
Embrassant d’un coup
La savane qui brûle
Au bout
D’un incendie de regard
Pointe de feu
D’un seul doigt tendu
Vers la maxime morale
Du temps qui s’arrête
Face à l’inflexible sagesse
La leçon de permanence
La vie que fige un précepte
En une sereine éternité

Tu parles
Et tes mots lèvent
Tant de vieux rêves
Album corné des photos ternies
Tant d’espérances écorchées
Tant de baisers évaporés

Tu parles
Et flamme tu te dresses
Ravivant sans cesse
D’un espoir d’ébène
L’aurore survivante
Que l’horizon fait femme

***

C’EST…

C’est ton sourire qui s’ouvre en moi
C’est un galactique voyage au bout de mon rêve
C’est un jardin tropical qui bruisse d’odeurs et de rumeurs
C’est l’essor de ma vie qui vise l’infini
C’est mon cœur qui s’aiguise au biseau de ton âme
C’est le pinceau de ton portrait qui s’épanche en lui-même
C’est un voilier qui fait don de son mât à l’océan qui le secoue
C’est une tour Eiffel volée que tu tords dans des roulis africains
C’est un palmier qui se venge du vent et s’arrime sur des sables mouvants
C’est un feu qui lève sur la mousse moite du crépuscule
C’est la conjugaison évidente des verbes irréguliers
C’est ta bouche comme une aumône au noyé que tu fais de moi
C’est le bois sec de mon cœur brisé qui claque en toi
C’est le feu sacré que tu rallumes en nous et qui nous réchauffera tant que

Douanière de l’amour
Tu m’accorderas de tes mots mouillés le visa estampillé
Pour que je franchisse la frontière offerte de ta peau nue

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***

INSOMNIE

Je rêve de toi
De gestes de jais qu’enveloppent des mots moites
De soubresauts humides qui s’empaquètent
Dans les plis complices d’une moustiquaire

Je rêve de toi
D’un soleil adouci au lent tempo de tes doigts
De l’aurore endormie de ta peau nue
De l’aube abandonnée de ton corps ouvert

Je rêve de toi
D’un instant d’étincelles aux étoiles échevelées
D’un temps autrefois conjugué au présent
De cet inutile demain à jamais nié

Je rêve de toi
Du don humanitaire de tes bras sans frontières
De ton sourire de paume offerte ce baume vaudou
Pour les grotesques cicatrices de mon âme

Je rêve de toi
De ta blessure assoiffée qui s’épanche en moi
De l’absence incrédule qui soudain se remémore
De cet espoir essoufflé qui peu à peu reprend pied

Tu sais
Il pleure sur leurs villes
Et il pleut dans ma nuit
Mais même mouillés
Mes vers sont pleins

De toi

Je rêve de toi

rf_-_black_female-big.jpg

in « Parures pour une aurore »

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Un commentaire »

  1. I could not refrain from commenting. Exceptionally well written!

    Commentaire par Gidget Yake — janvier 29, 2013 @ 7:16 | Réponse


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