Mots dits vers

septembre 22, 2007

FEUILLES JAUNIES

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 9:52

MON AUTOMNE

« Mon automne éternelle ô ma saison mentale
Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol »

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Mon automne je viens mouiller chez toi
Cinglé par le vent sec des souvenirs
Fouet félon qui décoiffe de sang froid
Mes promesses branches sans avenir
Bois morts qui se consument sans émoi
Les arbres abandonnant tout désir
S’ébrouent figés dans des gestes d’effroi

Saison mentale ô mon reflet fidèle
Toi l’éventée que j’avais bafouée
Pour fondre sous des soleils sensuels
Mon spleen torréfié par des doigts de fées
Sabbat lascif des sueurs éternelles
Quand les fétiches des soirs assoiffés
Dépouillaient le temps de son rituel

O mes antiques automnes perdues
Quand je versifiais sans fin mes secrets
A l’ombre de poèmes toujours tus
Quand j’ignorais pétrifié de regrets
Qu’un cœur se livrait du fond d’un refus
Quand naïve ma main en vain s’ouvrait
Vers celle-là qui ne la prendrait plus

Que s’entassent les feuilles sans essor
Flétries comme les paroles jaunies
Des lettres d’antan qui pleurent leur sort !
Hypothèque sur ces baisers de suie !
Que le carton pâte du vieux décor
Pâle déchet de l’échec qui me suit
Explose dans les spasmes d’autres corps !

Savez-vous pourtant flammes de déboire
Que reliques rances de mes remords
Vous sommeillez toujours dans mes tiroirs ?
Et mon encre séchée y saigne encore
Mes phrases fanées alignées sans gloire
Se lamentent de l’oubli des aurores
Même quand mes yeux rouvrent leur mémoire

En ces temps fous de brouillard kamikaze
Quand l’aube en deuil étouffe l’espérance
Sous les soupirs de son voile de gaze
Je songe aux vœux de mon adolescence
Muet devant vos sourires pégase
Noué par la rougeur de mon silence
Mes fantasmes désagrégés s’écrasent

Vous êtes désormais mères comblées
Des matrones encerclées de marmots
Les lits que vos maris ont désertés
Mornes s’encombrent de soucis d’ados
Vos corps nus aux appas dépareillés
Sentent sombrer dans un flot de sanglots
Leurs désirs comme un bateau démâté

Où sont-ils donc enfuis nos fruits trop verts ?
Mes serments écarquillés dans vos yeux
Vos lèvres qui givrent mes vers d’hier
Mes frissons clandestins dans vos banlieues
Les parkings où vos corps se sont ouverts
Où sont-ils cachés nos horizons bleus ?
Le sable impassible du temps se perd

Moi qui pour toujours vous avais quittées
Sans espoir de retour punies bannies
Moi qui vous avais à jamais brûlées
Au bûcher vif de la sorcellerie
Qu’un soleil lubrique sait allumer
Pour de la transe mystique des nuits
Faire jaillir d’un cri le verbe aimer

Me voilà vivant devenu fantôme
Errant parmi les mèches de cheveux
Les photos les brouillons les premiers tomes
Malgré la traîtrise du temps je veux
Tromper ma vieille compagne d’automne
Me ravager pour de nouveaux aveux
Tisser des rêves que mon cœur étonne

Sur l’échancrure d’un parfum fugace
Voici qu’un brasier de baisers s’allume
Même meurtri jamais je ne me lasse
Des chimères charnelles que j’écume
J’abolirai ce temps pervers qui passe
Qui délie qui avilit qui consume
Par le poids des mots mouillés que je trace

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In Débris dits vers

***

AUTOMNE

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Les cors s’essoufflent dans des arpèges mordorés
Le violon du vent envoie ses parfums déchirés
Les cuivres sont des sanglots ocres
Voici le chorus final du temps qui s’éteint

SEPTEMBRE 1.

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Revoilà ce vieux marchand de nostalgie

Avec sa ribambelle de feuilles
Aux armoiries désespérées
Parfum des désirs envolés

Avec son orchestre qui hurle
Qui se moque de nos mémoires
Perforées de pluies glacées
Sous l’or poli des mains perdues

Avec ses traces de suie
Dans le ciel de nos envies
Quand chutent u bout des aubes brouillées
Les larmes qui fondent
Sur le tronc des soupirs

Avec la tourbe que remue
Le remord entêté du nevermore
Et ses grandes eaux qui lavent
Les yeux des souvenirs
Sur la flaque où se mire un ciel de cire

Avec les douleurs arborées qui se tordent
Dans le labyrinthe de mes amours
Et qui agitent calcinées
Leurs fantômes phosphorescents
Quand le soleil éponge d’orange
Le visage gris d’aujourd’hui
Au moment où il meurt

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SEPTEMBRE 2.

Pardonnez mes muses
Cette parenthèse
Dans les tourments de nos soupirs
Nos bouts de saphir que frôle le zéphir
Dans un froissement de soie pour nos jeux secrets…

Mais je me souviens d’un matin
C’était en mille neuf cent soixante-treize
On entendait l’écho de Santiago
La marionnette en uniforme
Un Pinocchio en déchet de hochet
Agité par l’oncle Sam
Décidait d’arraisonner
A la sauce américaine
Un Chili con carne
Aux larmes de sang

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Pardonnez de me souvenir de ça
Comme une tache séchée
Sur le tablier du temps
Quand les bouchers de père en fils reprennent les couteaux
Pour mieux trancher le cou de l’histoire
La vie est un mauvais western
Où les cow-boys rêvent d’un hamburger géant
De sang de cuivre d’eau bénite et de pétrole

Pardonnez mes muses cette parenthèse…

SEPTEMBRE 3.

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Je te remercie
De m’avoir donné
L’idée de recommencer
De reconstruire à nouveau
Les murs blasés d’un demain usé

De m’avoir prêté
L’intention de croire
Qu’il suffite de reprendre à zéro
Pour remonter la colline
En poussant le même ridicule caillou

De m’avoir guéri
De tout remord superflu
De toute illusion bordée de jouissance
Dans l’étreinte forcée des amants
Que le temps lie à la même lie

De m’avoir montré
La vanité évidente
Des effusions fluorescentes
Quand la bouillie des sentiments se met en quatre
Pour mitonner son infâme potage

De m’avoir licencié
Après tant d’artifices
Jeté au feu sans aucune vergogne
Comme on laisse sur le champ les corps des vaincus

Je te remercie

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OCTOBRE 1.

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Ramassez les copies
Le devoir est fini
Inutile de mégoter
Une minute illicite
C’était en temps limité

Repassez tous vos verbes
Ressassez la science apprise
Les vers à recompter
Les formules qui miroitent
Le bout des doigts sur les joues
Les lèvres qui osent
Les bouches qui se scellent
Pendant que les mains s’évertuent
A dégrafer les tissus
Pour que les cœurs se touchent
Le temps d’un frisson
Un spasme échevelé
Aux écartèlements partagés

Ramassez les feuilles
Avant qu’elles ne sèchent
L’encre se détache vite
Des mots menteurs
Quand l’exercice est fini
Limité dans son temps

OCTOBRE 2.

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Les arbres déposent leur bilan
Et le râteau range les mèches de cheveux
Cantonnier scrupuleux du temps
Voici les tiroirs où se meurent
Les ramures anciennes
Les verdures triomphantes
Qui offraient leurs cambrures de printemps
Dans un sourire chlorophylle

Crudités d’été aux parfums d’épices
Vous voici ravinée dans les soupirs du vent
La musique qui grince n’a plus de dents
Et étend son glauque cloaque
De brumes en lambeaux
De brouillards déchirés
Comme nos yeux humides
Devant les lettres d’autrefois
Qui gisent dans la boue de nos émois
Au creux des hanches d’antan
O gouffre angoissant d’un orgasme éteint
Quand monte dans la nuit
La herse noircie
Des troncs atrophiés de nudités
Depuis leur dépôt
De bilan

OCTOBRE 3.

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Que la pluie lave mes mots
Délave mes pensées
Chiffonne mes vers
Dans une bouillie mal mâchée
Je n’ai plus rien à dire

Hors le silence
Et le mutisme de nos moments

Nos moiteurs muettes se taisent
Trempées de pluie
Trompées de pleurs
De rires renversés
De gestes de travers
Aux vices d’innocence
Aux sévices vertueux

Hommage coi
A nos services rendus
A la rescousse des cœurs novices
Quand les corps se séparent
Et que le temps ouvre
Les pages solubles du passé
Ce livre acerbe où s’étiolent et sèchent
Les herbes folles gerbes de promesse
Tous ces mots futiles que lave la pluie

NOVEMBRE 1.

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O ma seule sirène
O mon oiseau abandonné
Dans les grilles psychotiques
Au milieu des désirs éparpillés
Des miettes du miroir
Eclaboussant de bonheur
Où nos nuits se voyaient
Dans un sourire clandestin
Je suis un Ulysse sédentaire
Qui ne voyage plus qu’en vers
A l’inverse de mon sort
Et cherchant dans les replis du temps
Un bout d’océan qui chante
Une odyssée perdue
Un rocher de raccroc
Où le temps enserre et bâillonne
Ton cœur sans amarre
Le reflet éternel
D’un amour de sirène
Pour le peindre
Sur tes lèvres

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NOVEMBRE 2.

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Tout est fini
La comédie grinçante de demain
Le futur épanouissant
Comme un bouquet de promesses
Au parfum stupéfiant

Tout est fini
Rengainons l’espoir
Et sa perspective trompeuse
L’illusion d’optique
Des mirages qui bernent l’horizon

Tout est fini
Oublions les peaux du silence
Les gestes que synchronisent
Les corps étoilés dans ce moment de perle
Où le ciel prouve un instant qu’il existe

Tout est fini
Remballons les mots
Dans leurs paquets de phrases
Bien ficelées

Tout est fini

NOVEMBRE 3.

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Le vent qui se lève
Nous essore-t-il d’hier ?
Le temps s’étire
Jusqu’aux bords de quelle rive ?
La pluie s’abandonne
A quelle glaise retournée ?

Le brouillard embrouille
Nos gestes d’aurore
Tout se tait et se terre

L’avenir se plante
En un épouvantail grotesque
Devant les semences absentes
Que ravivent les piailleries
Des oiseaux voleurs
Eperdus filous
Dont l’entourloupe ailée
Se nourrit de mes projets
Secoue d’un cri de pie
Mon calendrier risible
Et fait de rides
Mes éphémérides

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in Ephémérides

***

PAYSAGE D’AUTOMNE

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Le crépuscule abdique dans le sang
L’espoir rouillé des aurores
Les cheveux des arbre détrônés
Abolissent leur or sur la boue vulgaire
Que bafouent les pas désabusés de l’ennui

A l’horizon l’avenir affolé flambe
Le bûcher branlant du futur se prépare
On scie le bois sec pour l’échafaud
Car nous n’aimons rien que la torture
Et la barbarie est notre poupée de Noël

Odeur fanée de moisissure
Lambris mordorés de la mémoire
Le labyrinthe ombrageux du passé
Est un palais de glace où l’on glisse
Patinoire boueuse du temps perdu

Entends au loin l’écho joyeux
Des artificiers mystiques et suicidaires
Qui s’explosent l’âme vers un ciel promis
Emportant dans leur fumée hasardeuse
Des vies passantes pantelantes d’espoir

Ce demain de cendres nous sert à quoi
Nous n’avançons plus qu’à reculons
Sur un vague océan notre radeau idiot
Vogue en vain vers une ligne qui se dérobe
Sous le feu sacré des snipers utopiques

O buisson ardent de l’ancien livre
Pour qui brûles-tu tes épines de sang ?
Sur quelle croix écartelée nous cloues-tu ?
Les paroles folles sont devenues de feu
Et les prophètes des kamikazes définitifs

Reviendrons-nous un jour
Sur l’ancienne clairière reverdie
Où nos corps apprenaient par cœur
Une biologie pure et heureuse
Sur la cartographie nue du Tendre ?

Si le crépuscule abdique dans le sang
Alors que deviendront les aurores ?
Les cheveux chus du gibet des arbres
Tapissent nos pas déçus d’or épuisé
Qu’arpentent nos vieux désirs désabusés

Et toi -oui toi- au loin et si près
A la fois muse magique et maléfique
Fée cachée de mes nuits clandestines
Quel destin secret s’ouvre dans tes bras
Qui sans cesse me mentent et m’aimantent ?

Oh oui !
Tant pis
Il faut à tout prix que je frappe
A la porte de ton cœur
Portable
Là où se croisent
Tes mensonges
Mes messages

Oh oui !
Tant pis
Que je t’appelle
Amour
Que je t’appelle

Que je t’appelle…

***

SONNET D’AUTOMNE

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Les souvenirs rouillés s’en vont se vendre au vent
Leur concerto amer s’éparpille en cascade
Tandis qu’échevelé l’orchestre du couchant
Solde en lingots fanés ses vertes sérénades

Vers qui se tendent les mains des fêtes d’hier ?
Les souvenirs rouillés s’en vont se vendre au vent
Quelle mémoire tremble aux lendemains si fiers
Quand l’aurore ressemblait à un océan ?

Avançons puisque meurent nos émois ardents
Les souvenirs rouillés s’en vont se vendre au vent
Dans le décor vide du théâtre éphémère

Les remords mordus du sang vain de nos chimères
Sont à fourguer dans le silence des fourrières
Les souvenirs rouillés s’en vont se vendre au vent

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***

DIALOGUE DE SOURDS

L’automne te va bien
Me dit-elle

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Remords mordorés que saisit l’ironie du vent
Pensées courbes des oiseaux quand se rouille le soleil
Brumes lentes lourdes des peines de nos pas perdus
Sol imbibé de larmes que maculent nos regrets jaunis
Tant d’or pendu aux troncs de nos prétentieuses vigueurs
Tant de mains tendues qui noircissent d’espoir calciné
Chemin hasardeux dans le labyrinthe ocre des aubes floues
Où tombent dans des ors illusoires les cheveux du temps

Tu aimes trop l’automne
Me dit-elle

Sillons usés du silence agraire que rien ne lasse
Lieux communs du labour que relance l’entêtement de nos désirs
Aurore dépouillée des matins ternes que le brouillard brode
Nos amours qui murmurent les feuilles fragiles de leurs serments
Les odeurs humides des litières légales où s’abîme le calendrier
Les sentiments séchés que cornent d’anciens livres désuets
Les vers de Guillaume magiques comme un syllabaire de l’âme
Et leur pâle imitation saisonnière comme un éternel retour

Moi je suis la fille de l’été
Me dit-elle

in Le gone 

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