Mots dits vers

décembre 8, 2007

A PROPOS DE « I’M NOT THERE »

Filed under: cinema — Jean-Pierre Paulhac @ 12:18

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Ce n’est pas un film.
C’est un kaléidoscope, un poème clip où la musique est image.
C’est un miroir aux multiples facettes, reflets de la vie de Dylan, c’est un jeu de cache cache entre l’individu et son écho médiatique, entre l’homme libre qu’il a toujours cherché à être, et les stéréotypes figés dans lesquels voulaient le figer les plumitifs bien pensants, ceux qui « philosophize disgrace and criticize all fears », les politiquement corrects (de gauche ou de droite), ceux dont Dylan a toujours voulu se distinguer et à qui il a, en permanence, tenté d’échapper…
C’est une chanson de Dylan : la narration est bouleversée, viennent s’y mêler le réel et le mythique, le passé et le virtuel, le fantasme, le rêve et « the dirt where ev’ryone walked». Finalement c’est comme si l’on se promenait à travers les vers de « Tangled up in blue »… (une des chansons qui n’a jamais été évoquée dans le film).
Bien sûr, ce cinéma échappe aux règles commerciales, et je sens bien qu’il faut se précipiter dans les salles avant de le voir disparaître et attendre, pendant de longs mois, le DVD. (Exemple : je vis à Orléans, or, mercredi soir, jour de la sortie du film, à la séance de l’après-midi, nous étions quatre, dans la salle…)
So bad, but dont’think twice it’s all right…
Justes quelques impressions sur ces images qui sont nées de quelqu’un qui, c’est sûr, connaît son Dylan sur le bout des doigts et qui a su parallèlement, faire défiler cette histoire, encore récente et brûlante, de l’Amérique que les mots de Bob ont toujours accompagné, de près ou de loin…

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Les images en noir et blanc, hallucinantes de véracité, sur les fulgurances verbales et musicales des années 66… (Kate Blanchett, plus Dylan que lui-même…) Métaphores surréaliste: les rafales de mitraillettes lors du fameux concert de Newport, les cheveux de cette groupie en torche vive… (N’avons-nous pas, nous aussi, eu la tête en feu, « While my conscience explodes », en entendant les vers irradiés que le poète électrisait d’une guitare héroïne… ) Moment d’extase quand les images deviennent le vidéo-clip de Vision of Johanna avec l’apparition de cette Louise, et surtout de ces passantes dignes de « See the primitive wallflower freeze/ When the jelly-faced women all sneeze/ Hear the one with the mustache say, « Jeeze I can’t find my knees »/ Oh, jewels and binoculars hang from the head of the mule/ » Tout cela étant esquissé, le temps d’une séquence furtive parmi tant d’autres, comme une cascades d’instants qui passent et qui s’enchaînent par des transitions souvent juste allusives.
Ce goût de la litote, du non dit, si Dylanien…

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Fil rouge conducteur d’une grande partie du film : « Mister Jones » incarné par un personnage qui revient comme un écho négatif, symbole de ce que redoute ou combat Dylan … Jusqu’à la scène en couleur de la construction de l’autoroute à laquelle s’oppose le village où s’est réfugié le « chanteur Outlaw »… C’est sans doute un choix pertinent de placer cette chanson au centre du film car Mister Jones témoigne de cette société sûre d’elle même, sûre de sa bonne conscience et de ses préceptes moraux, contre laquelle Dylan s’est toujours, finalement, insurgé. Au delà du film, Mister Jones, c’est peut-être cette Amérique dont nous ne voulons pas, celle qui se pense centre du monde du haut de sa morgue et de sa puissance et qui bafoue d’un trait d’autoroute la réalité historique de ses grands espaces… (Et qui bafoue de plusieurs sales guerres l’idée de liberté qui la porta sur les fonds baptismaux de l’histoire)

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Belle idée que de mêler en une seule allégorie féminine Suze et Sara (même si elles furent pourtant très différentes l’une de l’autre), car, ainsi, voici en une seule image « La Femme », sujet essentiel des textes et des musiques de Dylan… A la fois muse et compagne, fée Mélusine et Carabosse, inspiratrice transcendantale de « I want you » et abîme destructeur dans lequel plongent les vers déchirants de « Idiot wind » (dont on peut saluer le retour en bonne place dans le film, car j’ai le sentiment que ce texte n’a pas toujours dans le « petit panthéon » des dylanophile la place qu’il mérite)… Et Chartlotte est là, à « sa » place, car elle est évidente dans ce rôle, lumineuse, transparente de beauté et de grâce, égérie définitive du poète.

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Et, évidemment, l’on ne peut s’empêcher de tisser le lien, ainsi, entre Gainsbourg et Dylan, qui se ressemblent finalement plus qu’on ne peut le penser au départ…
Autre fil rouge qui encadre le film et devient une espèce de support narratif : le train, de celui de « Woody », au début du film, à celui de « Billy the Kid » à la fin. Comme si ce même train (thème important dans l’œuvre de Dylan, regardez le nombre de textes qui traitent et évoquent le train de « It Takes A Lot To Laugh, It Takes A Train To Cry » à « Slow train coming ») devenait la métaphore de l’existence : on essaie de s’y hisser, on en chute, on tente d’y remonter, et finalement, recru d’expériences, on s’y assied en regardant défiler le paysage du temps…

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Et quand ce train s’efface, dans la dernière séquence, voici qu’apparaît la seule image réelle de Dylan, sur scène, dans un long solo d’harmonica, et cette musique lancinante prolonge le sifflement du train, et devient soupir du temps qui fuit… Au moment où s’estompe, doucement l’image du chanteur, il ne reste que sa trace musicale, son seul message réel, pour l’éternité.

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