Mots dits vers

mars 8, 2008

VENTS DE SABLE

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 10:48


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MAURITANIE

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Les dunes lascives qui tombent de soleil
Somnolent dans une longue langueur de miel
Mais nous sommes assis à l’ombre de la tente
Pour nous brûler au feu des trois thés à la menthe
Pays du désert
Pays morne
Presque mort
Seul le vent vit
Pays sans frontières
Nulles bornes
Pays maure
Mauritanie

Ici le vent est sable ici le temps est stable
La rose des vents se fige en rose des sables
Mais sous un ciel de tente aux points d’or innombrables
Une femme sombre sait inventer les fables
Pays du désert
Pays morne
Presque mort
Seul le vent vit
Pays sans frontières
Nulles bornes
Pays maure
Mauritanie

Pas un chien qui n’aboie la caravane passe
Entre sable et soleil elle poursuit sa trace
Puis une fois franchies les dunes qui s’effacent
Le silence s’étend et prend toute la place

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***

Protest song…

DEGUERPIS

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Ballots ou baluchons
Valises de cartons
Abandonnés par terre
Juste avant la frontière

Car ils sont devenus émigrés
Contre leur gré
Et c’est leur terre
Celle de leur père
Qu’ils ont quittée
Là où ils sont nés

Quinze ans dans la pirogue
A la dérive ils voguent
Ses rêves d’avenir
Il s’éteint son sourire

Car elle est devenue émigrée
Contre son gré
Et c’est sa terre
Celle de sa mère
Qu’elle doit quitter
Là où elle est née

Trente ans sur l’autre rive
Le jardin qu’il cultive
S’efface dans la brume
D’un sable d’amertume

Car il est devenu émigré
Contre son gré
Et c’est sa terre
Celle de ses frères
Qu’il doit quitter
Là où il est né

Et ce vieux boy des Blancs
Lui l’ancien combattant
Il écrase une larme
De ne pas avoir d’armes

Car il est devenu émigré
Contre son gré
Et c’est sa terre
Celle de ses pères
Qu’il doit quitter
Là où il est né

Et c’est leur terre
Celle de leurs pères
Ils y sont nés
Y seront enterrés

***

INTROSPECTION

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Qui suis-je ?

Un vrai faussaire un Dom Juan de pacotille
Qui ne sait que rêver le sourire des filles
Un Casanova casuiste au coeur artichaut
Chaque feuille devient un feuilleton idiot
Où l’on tranche le même coeur prométhéen
Qui danse dans le feu d’un Eros vénérien
Un Roméo qui poursuit cent mille Juliettes
Et qui voudrait qu’on lui donne enfin la recette
Un Tristan gai qui pleure une pluie de remords
Et cherche un arc-en-ciel au fond de chaque corps
De nymphe fanée de fausse fée famélique
Pourvu que l’ébène soit marqué de sa trique

Et je trinque aux anciens bordels cosmopolites
Où gît le reflet de mon fantôme hypocrite
Et je tombe à genoux devant Sainte Blandine
– O le martyre sacré du cul qu’on butine ! –
Et je prie pour la rédemption de mon coeur vide
Moi qui l’ai crucifié sur les pages arides
D’une adolescence confisquée par les bures
Assoupie au chevet des chasubles qui furent
Mes seuls jupons

– O pieuses pensées de mes lèvres
O désert des psaumes O mes poésies mièvres –

Mon âme pâle poursuit un Satan sombre
Pour fleurir un passé encombré de décombres
Et je suis là ensablé au pays du vent
J’ai sur mon coeur déraciné mis un turban
Sous les soleils factices des femmes faciles
Je sculpte dans l’airain des esquisses d’idylles
Sous un parfum de chrysanthème sidéen
J’achève de ronger moi-même mon frein

Et je ne sais plus que pleurer des rimes fades
De fanfaronnades en pauvres mascarades
D’aubaines oubliées en amours illusoires
Dom Juan ta mémoire n’est qu’une passoire
Et ce qui coule comme larme entre tes doigts
Idiot c’est ce que tu cherches en vain
………………………………………………………..– c’est toi

***
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DEPART

Et je te quitterai donc
Toi
La farouche
Qui joue à cache cache
Avec
Tes visages aux vagues de voiles
– Et les sourires sont de hardis navigateurs ! –
Tes boubous boursouflés de brise
– Et la faim s’y déguise ! –
Tes haoulis froissés qui se grisent
D’alizés
Tes khaïmas funambules qui
Sur trois thés
Défient
La vie l’amour la mort
Et le vent

Et je te quitterai
Toi
La lascive
Avec tes courbes dunaires
Que le souffle du soleil caresse en se couchant
Toi
Que l’océan embrasse à satiété de ses baisers salés
Quand la peau nue de la nuit
A laissé choir
Sa dentelle de sable
A essuyé le fard ocre
Que le jour impudent
A dessiné d’un trait
De vent

Et je te quitterai
Toi
L’altière
Si fière de compter tes pas sans traces
Sur ton berceau de sable
Vers ton linceul de poussière
– O fol orgueil qui hurle si fort son silence hautain –
Au hasard des regards bédouins
Figés face au même
Horizon hirsute harassé de soleil
Et de vent

Et je te quitterai
Toi
La coquine
Qui vas te répandre dans l’écume
Regarde
Tes enfants dansent nus
Devant les vagues
Et toi
Tu t’empaquettes dans des voiles licencieux
Que dessine le ressac
Tu t’ébroue sous le sel
Mêlant
Sueur et sarabandes
Ton rire tonitruant éclabousse
Le soir qui descend
Et le vent

Et je te quitterai
Moi
Vrai faux nazaréen
Amoureux de tant de chimères
Accroché à toutes
Les étoiles factices
Erigé
Sur les ergs prétentieux de nos mots
Infiniment définitifs
Dressé sur le sol mouvant de notre verbe sûr
Je suis là
Sur ton bout de dune
Et toi
Tu n’as rien
Qu’un peu de poussière au front
Mais moi
– Gallo-romain aromatisé à la menthe
Gaulois païen qu’aimante
Un regard de passante –
Devant cet immense rien
Qui ondule
Ses certitudes de sable
Ma francitude
Vacille sur ses ergots

Alors je veux
Avant de te quitter
Venir me vêtir
Sur ta pudique nudité
D’un peu de ton vent

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***

Broderies toucouleurs…

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PETITE PERLE PEULHE

Tu tiendrais n’est-ce pas
Sur le bout de mes doigts
Puisque moi je vis par
Le fil de ton regard

Petite perle peulhe

C’est mon souffle je crois
Qui fait tempête en toi
Puisque le vent de mer
Pousse mes mots en vers

Petite perle peulhe

C’est ton coeur je le sais
Qui me tient au secret
Puisque mon corps lié
Rêve de son geôlier

Petite perle peulhe

Toi la mer en émoi
Et je me noie en toi
Moi rien qu’un vieux rafiot
Que tu remets à flots

Petite perle peulhe

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***

SIRENE

Es-tu l’étoile de mer
Que l’écume a déposée
Sur le sable desséché
De mes amours d’hier ?

Es-tu la rose des sables
Qui se languit sous le vent
Désespérant de mes chants
Les plus inavouables ?

Et si
Tu étais sirène
Sortie
Des anciennes scènes
De mon cinéma
D’autrefois

Es-tu la fleur de corail
Qui sommeille sous la houle
De mes mots doux qui déroulent
Leurs vers vaille que vaille ?

Es-tu cette algue marine
Qui tressaille sous le flot
De mes vagues de sanglots
Traces de mon vieux spleen ?

Et si
Tu étais sirène
Sortie
Des anciennes scènes
De mon cinéma
D’autrefois

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***

VOILURES

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Quand je les vois
Envoilées
Comme inavouables
Volumes enluminés
De chairs
Flasques
Volubiles
Volontiers licencieuses
Couvées caho-
tante
De vicieuses
Volailles

Je pense à toi
A ton corps nu
Et libre

Quand je les vois
Blafardes
Eclaboussées de blanc
– Les litres de lait camélidé
Avalés
S’étalent
Sur leurs faces livides
Lunes fades
Froides –

Je pense à toi
A ta peau noire
Et chaude

Quand je vois
Du fatras froissé
Des tissus enchevêtrés
Pourtant
Percer
Ces regards au fusain
Avides
Presque
Torrides
– Elan coupé
Arbrisseau saigné de sa sève
Oiseau des îles
Déplumé
Emmailloté
Lardé
A point
Pour le grill lancinant
D’une nuit imposée –
Et de leur
Voile
Pleure
Leur sueur amère

Je pense à toi
A la houle de ton corps
Qui se tord
Qui se tend
Quêtant les rives du plaisir
Vers lesquelles
Monte mon désir

Alors
Immergé de joie
Je me noie en toi

***

UN JOUR TU PARTIRAS

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Ton amour nomade innommable
Est l’enfant secret du désert
Il est né dans le vent de sable
Il redeviendra poussière

Un jour tu partiras
Et je n’y peux rien

Ton corps comme un oiseau palpite
Pris dans le piège de ma main
Mais le seul désir qui l’habite
C’est de suivre le vent qui vient

Un jour tu partiras
Et je n’y peux rien

Nos baisers sont comme l’écume
Que la vague morte dépose
Sur une plage d’amertume
Qui sous le soleil explose

Un jour tu partiras
Et je n’y peux rien

Il ne me restera de toi
Que mes images périssables
Mes mots naïfs comme mes pas
Qui vont se perdre sur le sable

Un jour tu partiras
Et je n’y peux rien

***

ET MES PAS SUR LE SABLE…

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Et mes pas sur le sable
Où iront-ils porter l’écume de tes lèvres ?

Ah! oui j’avais donc rêvé
Impénitent
Eleveur fou de chimères floues
Filaments
D’étoiles filantes
Bruissements
D’étoffes soyeuses
D’où suinte la sueur amère
Du temps qui
Fuit

Et mes mots sur le papier
Où iront-ils souffler la poussière
De ma peine ?
Quel mauvais vent les
Portera
Sur ta poitrine
Pour qu’ils y gravent la trace
Sanglante
De mes regrets ?

Ah! oui j’avais rêvé
Moi pauvre païen
Moi pauvre paillard

« Ripaille!
Tout pour la tripe!
Et la baise… »

Ah!
Mes oncles François
Villon mon presque frère
Et Rabelais le faux moine
Regardez-moi
Chialer mes madeleines
Pour l’ombre fugace
D’un furtif baiser de pucelle
Oh! Mes après-midi collégiennes
Revenues m’atteindre sur ces rives arides
Oh! Mes chastes caresses d’antan
Parmi les ruines renaissance
De ma ville romaine

Ici
Là sur ce sable sec et stérile

Et moi
Vieilli et
Soudain
Adolescent
Mais meurtri
Comme avant
Quand Bobby
Shootait sa musique héroïne
Sur les lèvres électriques
De son harmonica ivre

Et mes pas sur le sable
– La plage où courent les amants
shabadabada shabadabada –
Et mes mots sur le papier
Unis dans un même élan
Vers
Un regard de toi
Une caresse de toi
Un peu de toi
Juste pour moi
Comme autrefois

Tant de mal pour toucher ta peau
Tant de temps
Pour
Enfin boire
Ton corps
A la fois frêle et fort
Démuni et inexpugnable
Offert et fermé

Parfois tu me laissais
En voilant tes yeux
Sculpter
De quelques caresses
Tes seins
Ton sexe
Ton trésor

Et moi
Je n’étais
Rien
Qu’un pilleur
Privé de pitié
Odieux suppôt de Satan!
Un razzieur
Sevré de scrupule

Mais
De
Ce rien
Tu avais fait naître
Un innocent miracle
Vierge et sensuel
– O immaculée conception! –

Mais
De
Ce rien
Il ne me reste que le mirage

Et mes pas sur le sable
Et mes mots sur le papier

***
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Me manquent…

Ton désert et son silence
Tes dunes et leur somnolence
Tes courbes infinies et leur horizon lascif
L’oasis de ton sourire plantée sur ta fierté hérissée
La savane dévastée de ton passé
L’incendie prétentieux de mon désir
-Qui me brûle encore ! –
La cendre fertile de nos amours virtuelles
La poussière de mes mots que le vent balaie

Et ce papier vierge
Où je dessine ton sourire

Qui me manque

***
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Envoie-moi tes baisers de sable

Que porte le vent de mer
Tes frissons de poussière
Qui dansent par delà les dunes
Le parfum de l’écume
Et ses fleurs salées
Qui sèchent sur tes lèvres

J’ai perdu tes mots
Mais je garde en moi
Comme un caillou têtu
Que le vieux vent sculpte
Peu à peu
En rose des sables

Je la pose
Sur ce papier désert
Et je l’offre à ta mémoire
Le seul miroir
Qui me fait rire
Et qui fige
En moi
Ton sourire

***

JE T’AI TROP AIMEE

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Ma mémoire est un labyrinthe
Je t’avais jetée dedans
Dédale des amours défuntes
Agitez vos mouchoirs blancs
Parmi tous mes couloirs opaques
Je t’avais mise au secret
Je ne pensais vraiment pas que
Si tôt tu en sortirais

Ah! je t’ai trop aimée

Mon coeur est une histoire d’eau
Et je me noie sur ses pages
Quand le spectacle de ta peau
Reste leur seul paysage
Toutes mes guerres érotiques
Perdues contre ton corps nu
Et nos coucheries héroïques
Tu les as perdue de vue

Ah! je t’ai trop aimée

Ma mémoire devient sénile
Elle tangue par l’arrière
Mes amours deviennent débiles
L’avenir va en enfer
Quand je te vois à demi nue
Danser et rire sur l’eau
Je songe aux promesses perdues
Aux méandres de tes mots

Ah! je t’ai trop aimée

***

in « Jardin d’Ebène »

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Un commentaire »

  1. I enjoy reading through a post that will make people think. Also, thank you for permitting me to comment!

    Commentaire par Sarai Snively — janvier 29, 2013 @ 7:44 | Réponse


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