Mots dits vers

novembre 9, 2008

4 NOVEMBRE 2008

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 9:26

obama-1
« Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve.
Le nègre n’est pas. Pas plus que le. Blanc.
Tous deux ont à s’écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication »

Frantz Fanon

America te voici revenue
Voici tes pèlerins de l’exil oublié
Et leur voile gonflée vers la liberté
Voici tes insurgés héros debout contre
L’iniquité de l’ancien monde
Un fusil à la main
Et les tables de lois sur le cœur
Forgeant les mots d’un monde nouveau
America te voici revenue
Drapée dans la bannière de ton rêve
Statufiée le flambeau brandi
Te revoici l’horizon de ceux
Que l’existence a vaincus
De ceux que ce vieux continent a chassés
De ceux que la misère fatale a repoussés
Et dans ton port ouvert
Se reprennent des vies inachevées
Les oubliés de l’histoire
Apprennent à compter les bandes rouges de l’horizon
Claquant comme un drapeau étoilé

Pourtant tu reviens de loin
O America
Ton pâle passé
Et ses plaies blêmes
Tous ces ballots de cotons
Sanglés de coups de fouet
esclavage
Bois d’ébène et son poids de chaînes
Vendu sur tes places publiques
Epaves égarées déshumanisées
D’une Afrique pillée
Courbée chaque jour sur les champs
D’un martyre imbibé d’eau bénite
Sanctifié par les paroles
D’un Evangile dévoyé
D’où sourd ce gospel lancinant
Aux éternelles blessures
O America tu reviens de si loin
Le sang noir versé sur tes sillons
Et la cicatrice castratrice
D’un monde coupé en deux
Guerre civile pour sauver l’inhumain
Guerre civile pour nier autrui
Parce qu’il est Noir
O America ton long voyage
Dans les labyrinthes maudits de ta mémoire
Les arbres d’où pendent les cordes
Des corps condamnés
lynchage
Les cagoules grotesques du Ku Klux klan
Et leurs insensés crucifix de feu
Comme une infamie sur ton front
kkk
Les bus interdits les bancs interdits
Tous ces interdits en liste publique
Et ces écoles uniquement blanches
Ton monde n’est plus que cloison
Qu’un paravent fou où toute haine macère
Où tout cœur se clôt sur sa propre virginité
Sa vanité pure sclérosée
Comme là-bas au bout de l’appendice de la vieille Afrique
Un apartheid revendiqué

Oui tu reviens de loin
Voyage aux enfers napalmisé des jungles d’Asie
Des sables des déserts aveuglés de bombes
D’un monde arraisonné
Assaisonné à ta sauce
Sang des autres pour que coule
L’or noir de tes artères yankees

Par quel miracle America
Te revoici ?
J’entends les guitares de Woody
De Bobby de Bruce
J’entends la voix de Joan
Et les foules civiques
Qui dévalaient les rues en chantant
« We shall overcome »
wshallo
J’entends le pasteur
Au prêche de paix
J’entends encore son rêve
-Biffé par la rature d’un coup de feu-
A nouveau vivant
Et je me pince
Comme Jimmy l’électricité de ses cordes
Distordant l’hymne dépareillé
Pour me dire éberlué
Te revoici America

Oui te voici revenu
Et ton visage est métis
Et ta houle mélangée
Se secoue aux mêmes vagues
D’une liesse retrouvée
foule
O foule ivre de sa propre surprise
O foule mosaïque émue
D’un monde qui s’ouvre à nouveau
Car celui qui te parle
Ne veut pas de revanche
Ne veut pas de vengeance
Ne veut pas le Noir contre l’histoire
Mais revendique simplement un autre destin
Un nouveau matin un horizon impensable
Où se dépasse le temps
Où s’efface ce qui sépare
Pour unir ce qui avance

Fils de Martin Luther
king
Mais fils d’Afrique
Héritier de ce Robinson enchaîné
Dans ce pénitencier insensé devenu musée
Sur une pustule d’île cernée de barbelés
Verrue infecte sur la face du monde
Mais dont il est sorti vainqueur
Avec comme unique arme
Le pardon pour ses bourreaux
O Nelson Mandela
Obama Obama Obama
Un continent scande tes voyelles
Comme autant de fiertés exhibées
Ce matin des cohues de femmes
Chevillée de courage harnaché
Se lèvent comme chaque jour
Le fardeau de leur survie sur la tête
Mais avec au cœur l’honneur resurgi
D’un fils au sommet du monde

Obama Obama Obama
Les griots déjà tissent de leur cora
Le verbe scandé d’une légende à venir
Tout un continent incrédule se frotte les yeux
Pour déchiffrer le brouillard d’un impossible demain
Car enfin car en effet
Car oui c’est fait
Le monde Blanc l’Empire mondial
A intronisé le fils des damnés de la terre
Et voici que les prophètes d’antan
Sortent leurs livres du tombeau
Pour illuminer de leur parole ravivée
Ce présent imaginaire
Aimé Césaire Frantz Fanon
fanon
Hérauts incertains d’un espoir délirant
Voici qu’un homme prend vos mots
Pour en faire un bulletin de vote

America pardon de t’avoir tant décriée
Pardon de nos colères
Pardon de nos mépris
Encore une fois
Tu viens de nous doubler
Sur la piste de l’histoire
Ton bolide nous dépasse
Et nous voici sur les plates-bandes
En retard d’une aventure
obama3
Nous Gaulois phraseurs
Nous Gaulois verbeux
A la morgue condescendante
Devant tes piteux archontes
Nous voici maintenant seuls face au miroir nu
De notre limite très raisonnable
Où sont donc parties nos couleurs fraternelles
Black Blanc Beur ?
Oubliées sur les tribunes
D’une éphémère promenade en ballon
Le temps d’une soirée de folie
Mais ternies par un quotidien fade
Où la couleur reste toujours en projet
Jamais réalisé
Et tous nos brillants technocrates
Nos penseurs échevelés
Nos brochettes de cerveaux formatés
Nos idiots visuels intarissables
O America
Louent ce matin cette victoire
Vivant par pure procuration
Ce qu’ils n’oseront jamais ici
-Enfin pas encore-
Oui ce matin
Nous voyons partir le train bariolé
De l’universel revisité
Mais nous nous chamaillons
Oubliés sur le quai d’une gare
Livide comme une pensée blanche
Blanche comme la page qui reste à écrire

Mais ce matin
O America
Je ne veux que chanter pour toi
Et si tu veux bien avec toi
Dans ce chorus où s’enveloppe notre vieux globe
D’où monte un gospel un blues
Un solo de saxo au jazz heureux
Une guitare aux arpèges électriques
Pour un peuple éclectique
Aux yeux ruisselant de joie
O je sais bien
America
Tout reste à faire
Et dur dur sera le chemin
Ne manqueront ni les pierres
Ni les pièges ni les rapaces
Et leur rancœur tenace
Tournoyant au-dessus du convoi
Des diligences utopiques des nouveaux pionniers
Mais le pas est franchi
Et nous irons dans ce sens
Tous tôt ou tard
C’est pourquoi ce matin je ne veux que respirer
Le parfum de l’avenir inventé
« Yes we can »
obama-2

Publicités

Laisser un commentaire »

Aucun commentaire pour l’instant.

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :