Mots dits vers

mai 31, 2009

COMA VAGAL

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 10:22

Coma vagal

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres

Et si se tirait le trait
Sans point à la ligne
Césure sèche sans hémistiche
D’un vers ivre inachevé
Tombé là d’un seul silence
Au bord d’un chef d’œuvre
En devenir
Qu’un avide évier vide
Comme le sang perdu du temps gaspillé
Comme les fantasmes inassouvis
Que les mots détournent de leur sens
Dans des fanfreluches superfétatoires
Que cisèlent dérisoires
Des détours de style

Traits tirés
Fourbus de croire
Qu’un utopique demain
Ouvrira son énigmatique éclair
Epuisés de rêves à dormir errant
Ereintés d’illusions éventées avec
En prime
L’ironie des clichés déchus
Le grotesque trivial d’un quotidien
D’une banalité crue
Et l’aristocratique ennui
D’un dandy désinvolte
Sur les ruines risibles
D’un âge d’or défiguré
Et ses décombres sans saveur
Du fond d’une insomnie âcre

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres

Et si se tirait
Le voleur de vie
L’escamoteur de bonheur
Celui qui mégote son destin ladre
Au bout du rail frigide d’un fade demain
Qui négocie l’aurore des frissons
Soupirantes lèvres du désir pur
Avec le crépuscule convenable
De la médiocrité civilisée
Et de ses cadres stricts où se tapissent
D’anciennes chimères
Devenues femelles hirsutes
Dans le sabbat révulsant
D’un faux duo où se meurt
A petit feu le pot au feu vulgaire
D’un semblant de couple déguisé
Théâtre d’ombres mesquines
Où se dégrise le réel
Où se méprise l’amertume du jour
Où se reprise l’ancienne étoffe
Qui étouffe de naïveté neuve
Ses adeptes entêtés
Secte universelle
Du mensonge noué

Tire ce drap inutile
Qui enveloppe la fourberie sourde
De tant de nuits de silences veules
Où l’unique parallèle est la loi inique
Du non-dit diurne
Et ses absences nocturnes
Désert désuet des amours délités
Qu’enferment deux solitudes
Que lient les convenances
Le cancan couard du qu’en dira-t-on
Les cœurs révoqués qui se sont ratés
Piratent leur cohabitation
Dans des habitudes absurdes
Que des tissus sans plis
Scellent de leur dépit

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres

Pourtant toujours m’attire
Ton sourire loquace
Et les souvenirs qui nous tiennent
O mon lendemain inattendu
Oasis du désir réinventé
Océan houleux qui déferle sur
Le sable gris du présent
Et envahit de vie ce qui
N’était que débris de bouts de routine
-Rustine du devoir dû-
Hébété hoquetant de regrets
Je me suis effondré sur tes lèvres
Je me suis coulé en toi
Comme un naufragé
Entrevoit l’île du miracle
Je me suis ancré en toi
Et j’en garde encore
L’odeur de tes frissons sonores
Le parfum fou de nos spasmes
Et le chorus de nos râles de joie
Que ma nuit diurne tressaute
Encore parfois d’avoir tenu
Un instant
L’éparse fièvre de ce que l’on se doit
De nommer
Bonheur

Oh retire-toi spectre radieux
De ce que je n’ai pas
Su retenir
Retire-toi hideuse beauté
Epouvantable amante
Toi qui a su me montrer ce que c’est
Qu’aimer donner conjuguer
Sans fin désirs soupirs délires
Offrir sans réticences sans licences sans tabou
Sans bénédictions sans rhétoriques ni théories
Tout ce qu’un cœur peut donner de son corps
Oh ne vient pas me hanter
Fantôme de ce que je n’ai plus
Je ne suis plus digne de rien
D’autre que le renoncement de soi
Et l’infâme grisaille d’une nostalgie veuve
En litanies et palinodies verbeuses
Je suis redevenu un prêtre d’antan
Avec le sens du sacrifice gravé sur
Une poitrine nue digne de Saint Sébastien

Oh retire-toi de mon demain
Tu es trop pour moi
J’avais dans mon corps la muse réelle
De mon poème concret
Et j’ai biffé ton allégorie vivace
Le souffle de ton image sure
Et les rimes de tes hanches inouïes
Dans le tempo de nos nuits lyriques
Pour mieux me complaire
Dans des élégies de glaire
Qui se traînent vainement
Vers une métrique abstraite
Que ne conduisent que les renvois
Soporifiques de balades mortes
Où grouillent en vers mes regrets
Aussi inutiles que le vide
Qui me tient lieu de vie

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres

Pourtant pourtant
Quel trait nouveau pour un portrait radieux
M’ouvre à nouveau ta voix lointaine
Le coquillage hight tech
D’un portable me verse ton rire
Dans mes rêves rajeunis
Et je me remets encore à croire
Que le bonheur n’est pas
Cette escroquerie de dix sous
Qu’on nous vend en pacte nuptial
En cérémonie pieuse pour enfouir
Au fond d’un code de conduite
La muse la fée la nymphe la sirène
La femme parée de rubans de mots
Celle pour qui l’on pose au bout de la plume
Un simple sonnet rose
Pour le tournoi des mots émus
Oh oui revient temps béni des émois secrets
Brisons les chaînes évadons-nous
La carte du tendre n’a pas besoin de GPS
Et nous savions nous y étendre
Pour grappiller pour marauder pour chaparder
Tout ce qui nous semblait bon

Je ne veux pas tirer le trait sur demain
Je veux reprendre ta main
Je veux retrouver le chemin
Celui que tu m’as montré toi
Et toi seule
O fière effraction O péché merveilleux
O ciel tout retourné O morale déshabillée
En même temps que ta liberté contre moi
Nue comme un vers adolescent
Quand je traçais sur le papier
L’effervescence de mes sens soulevés
Oh oui soulève-moi
Enlève-moi
Je ne veux plus planter mes fausses racines
Dans ce terroir étroit et sa glaise qui colle
Envole moi
Je crois encore à la fuite des corps
Je crois encore à ta foi vive
Et nos serments unis dans la chair de leurs mots
Plus forts que toutes les conventions
Que toutes les traces que laissent
Les entraves dévastées du destin
Je crois en toi et moi
Et j’y crois d’autant plus
Que

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres
1brancusi

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Un commentaire »

  1. Le couplet va bien avec le Brancusi

    Commentaire par elba2 — août 16, 2009 @ 9:41 | Réponse


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