Mots dits vers

février 18, 2012

QU’AS-TU FAIT DE TES VINGT ANS ?

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 11:03

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie.  » Paul nizan

Est-il venu le temps de ranger l’outil ?
De ne plus écorcher le blanc virginal
D’une page qui se morfond de son vide
Face aux échéances livides de demain
Aux illusions séchées de promesses ternies
Dont pendent ces strophes en verbe chu
Brouillons avortés que pille le vent
Sur la boue triviale du temps commun ?

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Où sont donc tes muses de l’aurore ?
Celles que tu chantais à perdre plume
Dans des vers obscurs même pour toi
Sans jamais que rien ne transpire
En termes si clairs et si nets qu’une main
Offerte saurait les tenir de ses serments
En ouvrant grand la porte des soupirs
Sur la caverne secrète du bonheur

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O mon vieux Lyon où nous grimpions
Par des mystères d’escaliers torturés
Pour de nos paumes grapiller nos peaux
Naïfs voleurs de pommes défendues
Seuls à seuls avec comme uniques témoins
Quelques vols de vieux pigeons voyeurs
Et les murs graphités de notre innocence
Ravivant l’ancien rêve d’Eve et d’Adam

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Et vous mes poèmes hermétiques
Dédiés à tous ces sourires sybillins
Qu’aucun dictionnaire n’a jamais su
Déchiffrer de ma tendre ignorance
Puisque moi honteux j’étais l’amant transi
Face à l’énigme de mon cœur tortueux
S’égarant dans d’étranges allégories
Sans doute trop évidentes à décripter

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O que j’ai donc tant usé de mots
Rimés de verbes secoués d’ardeurs !
Osant des quatrains salaces si hardis
Que mon cœur lui-même en rougissait
Mais que muet je taisais le lendemain
Dans un court et banal bonjour figé de bise
Sur la joue déserte d’une amitié froide
O mes amours qui jamais n’ont su naître !

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Et toi seule au beau milieu de ce néant
Par quelle ironie d’un destin trop farceur
Tu es venue te poser là sur mon front
Aveu limpide d’une inouïe fulgurance
Que je m’en suis rendu d’évidence
O l’improbable cliché du bonheur fou
Au moment même où j’étais si sûr
De ne pouvoir l’atteindre jamais

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O pardon amour oui pardon amour
D’avoir tant bafoué ton temps béni
D’avoir tant joué à pile ou face
Ce que tu me tendais là d’un geste
D’un mot d’un regard d’un sourire
Et moi je me prenais les pieds dans
Mes mauvaises rimes comme
Ivre d’avoir tant titubé de vers

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O mauvaises soirées de vin versé
Quand je m’abandonnais en verres
A l’envers de ta danse accordée
A l’unique défi de boire encore plus
Alors que tes nuits me promettaient
Tout ce que mon corps fébrile quêtait
Se fourvoyant dans d’obscurs détours
Aux interminables chemins de croix inutiles

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Imbécile malheureux tragique puceau
Rétif aux avances limpides de l’avenir
Rendant dans des roulis d’infects spasmes
Le trop plein amer d’un alcool livide
Dans le cachot idiot d’une chambre vide
Quand ta promise s’en va danser ailleurs
En t’oubliant bien vite d’ailleurs d’un seul pas
Toi l’ivrogne bègue cocu du bonheur vomi

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Du fond de quel lancinant labyrinthe
Dans quels recoins de débiles dédales
As-tu sacrifié les promesses vives
Que livraient pour toi tant de sourires
Quel fil embrouillé t’a donc conduit ainsi
A devoir te morfondre sans cesse
Sur des monceaux d’amours perdus
Dont les traces ardentes te poursuivent ?

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Vois les brumes sales des aurores ternes
Les matins mornes d’un ennui à venir
Cette infinie plage de solitude frigide
Sur un Sahara de rêves désossés
Sur lesquels coassent grotesques
Tes chants inconnus qui dégoulinent
Leurs lourdes larmes inutiles comme
Un peu de pluie se mêlant à la mer

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O recommençons ! O revenez images
Des vieux films si mal cadrés !
Remettez-moi le son et la lumière
Sur les échos des nymphes d’avant
Et leurs lèvres aux désirs de carmin`
Et leurs sourires en baisers sucrés
Et ces mains enfin que je sais saisir
D’un geste sûr qui m’ouvre au destin !

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Mais rien ne revient que le vent
Sur les volets défaits des masures
Que découragent les herbes folles
Et le chiendent rance du présent
Rien ne revient tout est enfui
Sauf mes vieux mots humides
Et les photos maintenant cornées
Des occasions à jamais perdues

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Alors allons avançons donc
Puisque tel est notre chemin
Inventons encore quelques fleurs
A planter sur des pages neuves
Au milieu d’une même cérémonie
Du retour des mêmes effluves
Sur le même parcours fatigué
D’un amour neuf à recommencer

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Je suis le gardien de mon musée
Le veilleur du mausolée de verbe
Où comme des gerbes déposées
Reposent mes souvenirs en octains
Et les éclaboussures de vers démesurés
Qui veulent repeindre à chaque fois
Ce qui dans mon cœur recru résonne
Les muses de mes émois premiers

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Ainsi ouvrant la porte de ma mémoire
Aux quatre vents de la toile anonyme
Je vends à mes souvenirs qui s’oublient
L’idée de revenir me voir en mail
Pour me dire d’un signe numérique
Qu’ils gardent toujours trace de moi
Et se remémorent encore aujourd’hui
La liste des bonheurs ratés d’hier

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Mauvais miroir du temps parti
Dans les débris d’un verre perdu
Aux reflets écartelés d’aigreur
Tu n’es qu’un vain kaleïdoscope
Et les couleurs que tu remues
Ne font qu’un arc-en-ciel factice
Où s’agitent les cordes bleuies
Des chromos frelatés d’antan

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Maître Nizan nous disait bien
Que vingt est le pire des nombres
Que tombe alors sur son triste précepte
La vieille neige de l’éternelle vérité
Oui quel vain temps que nos vingt ans
Quel gâchis de gouache encroutée
Nos seuls chefs d’œuvres n’arrivent
Qu’à l’ombre grise des saules chenus

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Alors continuons donc puisque rien
Ne nous arrête jamais sous cette pluie
Pourtant moi quand même je sais revoir
Parmi les forêts les oasis les savanes
Ces collections de fleurs et de fruits
Couronnées d’un parfum de sourires
Aux lèvres de miraculeux souvenirs
Qui me persuadent encore d’avoir vécu

Alors ami que feras-tu de tes cent ans ?

Ami je n’en ferai que ce que désirera l’horizon
Mon cœur toujours hissé sur la hune je guetterai
L’impossible île des sirènes métaphoriques
Le corail inouï où dort l’allégorie du bonheur
L’avenir fou comme une aurore de nymphe nue
Comme un crépuscule ouaté de moiteur douce
Quand le rêve enfin redevient chair à communier
Dans le fantasme ressuscité de l’amour revenu

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2 commentaires »

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