Mots dits vers

août 9, 2016

Tu t’appelles Prodige…

Filed under: Poésie — Jean-Pierre Paulhac @ 7:12

JB Aïda

Reclus dans ma tanière T2
Solitaire écroué par la vie
Abandonné du soleil
Mais pas des souvenirs
Voici que des amis bienveillants
De braves cousins à la bonne âme
M’envoient l’écho de musiques
Qui ne me ressemblent pas
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Veux-tu que je te déroule
Un vieux kaléidoscope usé
Aux clichés jaunes d’épuisement
Sortis d’une moustiquaire moite ?
Tes sourires de sommeil
Emmaillotés de douceur
Sur une cambrure africaine
Les parties de foot en sable
Les descentes de dunes
Ocre jaune rouge grise
Au gré du souffle fiévreux des cieux
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Le Bénin ta première école
Déjà repéré déjà vitupéré
Par une bien jeune maîtresse
Pour manque de maturité
Et puis les kermesses
A la maison avec des jeux
Des jus de fruit du bruit des amis
Et puis le foot improvisé
Sur des terrains de fortune
Et cette mobylette renversée
Ton corps sur le bitume
Tu jouais déjà avec le destin
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Je n’avais pas vu que je te perdais
J’étais loin mon cœur ivre
Tournait dans le film que jamais
Je n’avais pensé vivre
Je recomposais mon passé
Bouffé par la prêtrise
Je voguais sur mes désirs
Comme Aladin sur son tapis
Quand j’étais de retour
Il était tard pour m’occuper
De toi mes rêves se grisaient
De frissons fous attisés
Par de languissantes sirènes
Je me brûlais de fantasmes
Le long des reins d’une jeunesse
Que je croyais faire renaître
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Et puis nous sommes revenus
Sur notre terre originelle
Mais je ne t’ai pas retrouvé
Ma vie mentait au temps
Je m’abritais derrière
Des réunions des colloques
Des prétextes des assemblées
Pour mieux ne pas être là
Dans ce faux foyer
Où l’illusoire faisait foi
Où le mensonge d’un sourire
Se prenait pour la vérité
J’étais là sans l’être
Le cœur vide et avide rêvant
Chaque nuit d’un ailleurs meilleur
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Alors j’ai suivi aigri
Ton calvaire scolaire
De zéros en échecs
De retenues en convocations
De rebuffades en refus
Moi seul je devais avaler
Les couleuvres de ma honte
J’ai dû tout encaisser
Tel un père célibataire
Mais au moins je t’ai suivi
Comme j’ai pu tant pis
Je t’ai porté au dos
Jusqu’au bout du bac pro
Amer face au naufrage
Mais quand même là pour te
Lancer en dépit de tout une bouée
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Et puis est né le rêve du Congo
Oh ! Comme j’y ai cru
Comme je me suis jeté
À corps perdu dans les rapides
Du Djoue pour tendre
Un pont de lianes
Entre hier et demain
Pour croire au possible
Rêve de père en fils
Las mes calculs mes logos
Mes discours mes mots si sûrs
Rien n’inversa le cours
De ce mauvais fleuve
Trouble et glauque
Où mourut notre légende
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Et puis tout bascula
Toi dans tes jours devenus nuits
Ces sourdes nuits qui blanchissaient
Mes insomnies en détresse
Et ma voiture que tu voles
En même temps
Que ma confiance
Moi dans l’ennui qui glace ma vie
Le désert livide de ce lit
D’où je m’évadais vers Paris
Vers de fausses étoiles
Sans avenir autre
Qu’un dégoût plus lourd
Et toi que je ne vois plus
Errant comme un fantôme
Dans le couloir de mon échec
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Et puis tout se descella
Quand je voulus enfin me hisser
Hors du tombeau de mes rêves
Quand j’ai rompu le fil
Hypocrite qui tissait
La toile d’araignée
De ma mort lente
Quand je voulus revenir
A l’air libre pour émerger
De l’eau saumâtre
Où se perdaient mes jours
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Oui j’ai triché
Mais devais-je te dire
Je ne suis pas heureux ?
Devais-je te dire
Je ne sais plus rien
De ta mère de ses soupirs
De ses désirs parce que
Plus rien n’existe ?
Devais-je continuer
À me dissoudre
Dans l’acide insidieux des regrets
Une seconde par seconde ?
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Toi qui as souffert de l’amour
Tu me le refuses
Parce que je suis selon toi
Trop vieux rangé des voitures
Mort de chez mort à jamais
Et bien non je suis vivant
Et je le serai jusqu’à
Ma dernière goutte de sève
Tu ne veux pas le comprendre ?
Un jour viendra où le ciel
En lambeau d’un matin aigre
Te ramènera à cette vérité
Et qui sait ? tu la chanteras
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Tu ne me parles plus
Tu ne me vois plus
Tu ne me penses plus
Je le sais je l’admets
Tu vois moi aussi
J’assume ma liberté
Et ma pauvreté
Mais vivant
Ouvert à demain
Ce que toi tu ne me veux pas
Et pourtant en dépit de tout
Malgré toi malgré moi
Quoi que tu fasses
Tu es mon fac-similé
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Alors petit toi aussi
Tu dis que tu assumes
Que tu conjugues le verbe pleurer
En compassion maternelle
Peut-être mais alors
Il te faudra encore cuver
Beaucoup de litres de larmes
Pour remplir ton seau débutant
Le mien déborde depuis si longtemps
Tes mots ont encore du chemin
A parcourir de lignes en pages
Le cœur en vrac sur le clavier
De ta souffrance
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

J’ai déjà trituré si souvent
Mon verbe pour mettre en fleur
Mes pleurs dans des bouquets
Inutiles qu’il te reste encore
Du temps ce qui te manque le moins
Mais si tu prétends partout
Que ta vie est un chiendent
Sache pourtant que je fus
Le seul piquet fiable
Sur lequel tu t’enroulas
Tu t’appelles Prodige
C’est ça l’ironie de l’histoire

Reclus dans ma tanière T2
Solitaire écroué par la vie
Abandonné du soleil
Mais pas des souvenirs
Voici que des amis bienveillants
De braves cousins à la bonne âme
M’envoient l’écho de musiques
Qui ne me ressemblent pas
Tu t’appelles Prodige
Mais l’ironie de l’histoire
C’est que pour toujours
Tu resteras mon fils

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