Mots dits vers

mars 5, 2017

Abidjanaises

Filed under: Poésie — jppau @ 8:55

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I.
Abidjan s’étouffe dans l’étreinte
De son serpent automobile
La sueur klaxonne le temps
Et s’asphyxie d’embruns carbones
Sous la mystique ouate marine
Du masque secret du soleil

Abidjan secoue son spasme
Dans des cohues sans flux
Sous l’œil ironique du béton
Sexe de pierre qui transperce
Les cotonnades d’un ciel moite
Vers le rêve d’un soleil exacerbé

Abidjan prie du haut du pont
D’une caravelle minérale
Qui de ses voiles de cantiques
Asperge d’encens océanique
Les fumées âcres de la rancœur
Qui pleuvent leurs lourds remords
Vers un horizon de soleil neuf

Abidjan arrête le temps
La cohorte immobile s’enfume
Ici stoppe la frénésie de l’avenir
Et l’Afrique d’hier qui marche
Sur les bas-côtés un fardeau
Qui tangue sur la tête rit de pitié
Devant l’ombre grise des tours
Qui crépusculaires sombrent
Dans un lent silence lagunaire

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II.

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La mer est le remord bleu d’Abidjan
Le sable récure la sueur malsaine
Ici un vent d’odeurs lave le temps
Toutes ces secondes sourdes
Qui plombent la vie essoufflée
Le long des autoroutes asphyxiées

Ici les sirènes éclairent
D’un rire éblouissant la bave
Livide d’un océan d’envie
Et l’onde des hanches danse
Avec la houle en furie en rage
Face aux entrechats des nymphes
Ces Insaisissables Mamy Wata
Qui courent d’une foulée hilare
Vers l’impassible seuil de sable
Éternel témoin sans voix ni émoi

Ici le corps redevient sculpture
Ébène pur aux muscles grecs
Qui jonglent nus avec l’écume
Comme au-delà du temps maudit
De la force contrainte d’antan
Noyée dans des vagues de rire
Miroir luminescent où dort la mémoire

La mer est le long remord d’Abidjan
Le fouet des souvenirs cingle
Et claque sur les remugles
D’une histoire nomade au bout
D’un désespoir au ressac infini
Or voici que tes enfants sur la crête
De ce même océan vorace de vies
Voguent en jouant de joie sonore

La mer macère les nuits d’Abidjan
Sous l’haleine fétide des esprits du vent
Que reflètent les yeux troubles
Des lagunes mémorielles
Au bord desquelles les tours si fières
Viennent baigner leurs pieds

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III. NUIT D’ABIDJAN

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La nuit asperge Abidjan d’un cri de lumières
Et la cohorte des phares sors du carcan
Des files immobiles torturant le temps
Vole vers l’envers d’une vie qui se libère

Dans la furie des slogans hurlant leurs promesses
Dans des flots de flashs scandant leurs spasmes scratchés
Dans des rafales de musiques déhanchées
Les lucioles des fantasmes jouent leur jeunesse

Elles lancent sans fin des bouées de sourires
Elles ondulent le long des berges du bar
Où s’accroche l’alcool des désirs en délire

Leur destin danse sur un miroir illusoire
Leurs yeux blasés guettent le rancard du hasard
Rêvant entre deux verres d’un amour à croire

IV.

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Bien sûr Abidjan la folie
Frénésie des chapeaux de roue
Immobiles sur le bitume troué du temps
Abidjan hérisson de béton
Aux piques de lumière jetées sur le ciel

Bien sûr Abidjan la folie
Parfum hydrocarburé d’une mer exilée
Brumes moite des moteurs affolés
Exaltant leurs flatulences frustrées
Dans l’âcre colère
D’un panache de ouate noire

Bien sûr Abidjan la folie
Tant sublime que sordide
Mêlant la beauté sculptée
De l’ébène magique et déhanché
Aux mares glauques
Qui se remémorent de remugles
Avers et revers d’une vie
Envers du décor glacé
Des publicités bavardes

Bien sûr Abidjan labyrinthe
Où s’éreinte un Minotaure mystique
Au masque impénétrable
Au cœur d’éblouissantes ténèbres

Mais Abidjan aussi
Où vont sans peur
Les filles d’Ariane et leur fil de sourire
Toi qui danses dans les plis de la nuit
Jusqu’aux dentelles de l’aurore
Toi qui offres l’oasis glacé en plastique
Aux autos encastrées dans leur Klaxons
Toi qui sers aux tables rupines
De ceux qui ont l’orgueil de leur argent
Toi qui traces tant de rêves têtus
En bousculant d’envie chaque matin

Petites femmes d’Afrique
Au cœur battant d’avenir

Et puis toi
Surtout toi
A la fois si loin et si proche
Vers le soleil de ton sourire
Se lève
Depuis Abidjan la folie
L’horizon de mon rêve brûlant
Quand danse en moi
Le zouglou du bonheur

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