Mots dits vers

EN VERS DE CE TEMPS (2005 – …)

SOMMAIRE
58. Qu’as-tu fait de tes vingt ans ?
57. Whitney…
56. Le violon du RER
55. Drôme provençale
54. Soixante neuf
53. Pour Djami…
52. « Harpèges » de laine
51. Interview
50. Adstat Carthago
49. Anniversaires
48. Lettre à Rama N°3
47. Automne 2010
46. Viviane Montagnon
45. Signe de croix
44. Sonnet pour toi
43. Retour
42. Le fantasme d’un Valentin
41. Bien sûr…
40. 2010
39. Visions of Johanna
38. Rencontres de Bourgogne
37. Woodstock
36. Un mausolée pour Mandela
35. D Day
34. Coma vagal
33. Hommage
32. Oasis
31. Le Chanteur
30. Deux ballades
29. L’An neuf
28. Chant de Noël
27. Dix-huit ans
26. 4 Novembre 2008
25. Ingrid
24. L’Eté
23. Ave Césaire
22. Resurrection
21. Saint Sylvestre
20. Assassinat
19. Lettre à Rama (3)
18. Les cinq sens
17. Lettre à rama (2)
16. Lettre à Rama (1)
15. Moiteur
14. Toujours du côté des perdants
13. Destin
12. Semaine sainte
11. Le prétendant
10. Adieu l’abbé
9. Jour de neige
8. Une pluie de papillons mauves
7. Crépuscule
6. Avant la finale
5. Fête
4. Fin de forfait
3. Frissons
2. Loghorrée
1. Deuil

***

58. QU’AS-TU FAIT DE TES VIGT ANS ?

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »
Paul nizan

Est-il venu le temps de ranger l’outil ?
De ne plus écorcher le blanc virginal
D’une page qui se morfond de son vide
Face aux échéances livides de demain
Aux illusions séchées de promesses ternies
Dont pendent ces strophes en verbe chu
Brouillons avortés que pille le vent
Sur la boue triviale du temps commun ?

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Où sont donc tes muses de l’aurore ?
Celles que tu chantais à perdre plume
Dans des vers obscurs même pour toi
Sans jamais que rien ne transpire
En termes si clairs et si nets qu’une main
Offerte saurait les tenir de ses serments
En ouvrant grand la porte des soupirs
Sur la caverne secrète du bonheur

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O mon vieux Lyon où nous grimpions
Par des mystères d’escaliers torturés
Pour de nos paumes grapiller nos peaux
Naïfs voleurs de pommes défendues
Seuls à seuls avec comme uniques témoins
Quelques vols de vieux pigeons voyeurs
Et les murs graphités de notre innocence
Ravivant l’ancien rêve d’Eve et d’Adam

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Et vous mes poèmes hermétiques
Dédiés à tous ces sourires sybillins
Qu’aucun dictionnaire n’a jamais su
Déchiffrer de ma tendre ignorance
Puisque moi honteux j’étais l’amant transi
Face à l’énigme de mon cœur tortueux
S’égarant dans d’étranges allégories
Sans doute trop évidentes à décripter

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O que j’ai donc tant usé de mots
Rimés de verbes secoués d’ardeurs !
Osant des quatrains salaces si hardis
Que mon cœur lui-même en rougissait
Mais que muet je taisais le lendemain
Dans un court et banal bonjour figé de bise
Sur la joue déserte d’une amitié froide
O mes amours qui jamais n’ont su naître !

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Et toi seule au beau milieu de ce néant
Par quelle ironie d’un destin trop farceur
Tu es venue te poser là sur mon front
Aveu limpide d’une inouïe fulgurance
Que je m’en suis rendu d’évidence
O l’improbable cliché du bonheur fou
Au moment même où j’étais si sûr
De ne pouvoir l’atteindre jamais

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O pardon amour oui pardon amour
D’avoir tant bafoué ton temps béni
D’avoir tant joué à pile ou face
Ce que tu me tendais là d’un geste
D’un mot d’un regard d’un sourire
Et moi je me prenais les pieds dans
Mes mauvaises rimes comme
Ivre d’avoir tant titubé de vers

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O mauvaises soirées de vin versé
Quand je m’abandonnais en verres
A l’envers de ta danse accordée
A l’unique défi de boire encore plus
Alors que tes nuits me promettaient
Tout ce que mon corps fébrile quêtait
Se fourvoyant dans d’obscurs détours
Aux interminables chemins de croix inutiles

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Imbécile malheureux tragique puceau
Rétif aux avances limpides de l’avenir
Rendant dans des roulis d’infects spasmes
Le trop plein amer d’un alcool livide
Dans le cachot idiot d’une chambre vide
Quand ta promise s’en va danser ailleurs
En t’oubliant bien vite d’ailleurs d’un seul pas
Toi l’ivrogne bègue cocu du bonheur vomi

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Du fond de quel lancinant labyrinthe
Dans quels recoins de débiles dédales
As-tu sacrifié les promesses vives
Que livraient pour toi tant de sourires
Qui donc t’a donc conduit ainsi
A devoir te morfondre sans cesse
Sur des monceaux d’amours perdus
Dont les traces ardentes te poursuivent ?

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Vois les brumes sales des aurores ternes
Les matins mornes d’un ennui à venir
Cette infinie plage de solitude frigide
Sur un Sahara de rêves désossés
Sur lesquels coassent grotesques
Tes chants inconnus qui dégoulinent
Leurs lourdes larmes inutiles comme
Un peu de pluie se mêlant à la mer

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

O recommençons ! O revenez images
Des vieux films si mal cadrés !
Remettez-moi le son et la lumière
Sur les échos des nymphes d’avant
Et leurs lèvres aux désirs de carmin`
Et leurs sourires en baisers sucrés
Et ces mains enfin que je sais saisir
D’un geste sûr qui m’ouvre au destin !

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Mais rien ne revient que le vent
Sur les volets défaits des masures
Que découragent les herbes folles
Et le chiendent rance du présent
Rien ne revient tout est enfui
Sauf mes vieux mots humides
Et les photos maintenant cornées
Des occasions à jamais perdues

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Alors allons avançons donc
Puisque tel est notre chemin
Inventons encore quelques fleurs
A planter sur des pages neuves
Au milieu d’une même cérémonie
Du retour des mêmes effluves
Sur le même parcours fatigué
D’un amour neuf à recommencer

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Je suis le gardien de mon musée
Le veilleur du mausolée de verbe
Où comme des gerbes déposées
Reposent mes souvenirs en octains
Et les éclaboussures de vers démesurés
Qui veulent repeindre à chaque fois
Ce qui dans mon cœur recru résonne
Les muses de mes émois premiers

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Ainsi ouvrant la porte de ma mémoire
Aux quatre vents de la toile anonyme
Je vends à mes souvenirs qui s’oublient
L’idée de revenir me voir en mail
Pour me dire d’un signe numérique
Qu’ils gardent toujours trace de moi
Et se remémorent encore aujourd’hui
La liste des bonheurs ratés d’hier

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Mauvais miroir du temps parti
Dans les débris d’un verre perdu
Aux reflets écartelés d’aigreur
Tu n’es qu’un vain kaleïdoscope
Et les couleurs que tu remues
Ne font qu’un arc-en-ciel factice
Où s’agitent les cordes bleuies
Des chromos frelatés d’antan

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Maître Nizan nous disait bien
Que vingt est le pire des nombres
Que tombe alors sur son triste précepte
La vieille neige de l’éternelle vérité
Oui quel vain temps que nos vingt ans
Quel gâchis de gouache encroutée
Nos seuls chefs d’œuvres n’arrivent
Qu’à l’ombre grise des saules chenus

Dis qu’as-tu fait de tes vingt ans ?

Alors continuons donc puisque rien
Ne nous arrête jamais sous cette pluie
Pourtant moi quand même je sais revoir
Parmi les forêts les oasis les savanes
Ces collections de fleurs et de fruits
Couronnées d’un parfum de sourires
Aux lèvres de miraculeux souvenirs
Qui me persuadent encore d’avoir vécu

Alors ami que feras-tu de tes cent ans ?

Ami je n’en ferai que ce que désirera l’horizon
Mon cœur toujours hissé sur la hune je guetterai
L’impossible île des sirènes métaphoriques
Le corail inouï où dort l’allégorie du bonheur
L’avenir fou comme une aurore de nymphe nue
Comme un crépuscule ouaté de moiteur douce
Quand le rêve enfin redevient chair à communier
Dans le fantasme ressuscité de l’amour revenu

***

57. Whitney…

Belle à attraper le ciel
A nous hisser de sa voix lactée
Vers les étoiles naissantes
Des frémissements d’amour

Belle à rejoindre le ciel
En ouvrant à nos mornes vies
Le désert d’un coeur assoiffé
Et son oasis de musiques
D’où se lèvera en éternel écho
La voix de nos amours

***
56. LE VIOLON DU RER

Il joue du violon dans le RER

Entre deux stations
Du chemin de croix
Quotidien qui hoquette
Vers la banlieue

Au milieu du silence
Où se déguise l’ennui
Où s’atrophie l’horizon
D’un mutisme lourd et clos

Il joue et son sourire
Envoie son archet
Décrocher
Des lunes sommaires
Sur les échelles sonores
Des arpèges offerts
Comme une main tendue

Le train anône sa batterie
Bégaie ses tressautements
D’acier domestiqué
Et nous traine vers
L’itinéraire de nos banalités

Il joue et s’envolent
Nos panoplies ternes
Où se cachent l’oubli de nos rêves
La cave humide de nos souvenirs
Le grenier étroit de nos fantasmes

Il joue
Et la musique nous prend
Par la portée grande ouverte
Où s’en va dérailler
Au galop d’un crin blanc
La trame triste de notre trajet

Puis il se tait
Débranche sa sono
Accrochée d’un scotch
A son menton de bois
Et s’avance vers nos oboles

Alors public improvisé
Timides nous posons
Dans la sébille tzigane
D’un peut-être Mozart
Nos piètres larmes d’euros
Toutes suantes de reconnaissance

Il joue du violon dans le RER

***

55. DROME PROVENCALE

Un devoir de vacances…

Ici la patience des pierres s’use
Sous les lents silences du soleil
Somnolentes effluves
D’une symphonie verte
Aux houles mauves
Que capte le pinceau du maître

Ici le temps prend la pose
Sur des marbres séculaires
Comme un poème éternel
Où courent les légendes

Ici les violons violets des cigales
Et les archets débridés du vent
Peignent les vignes du vin promis
D’un tanin écarlate
Où s’éclaboussent les crépuscules

Ici les mots s’élancent
Fiers acrobates sans filet
Apostrophes définitives et fugaces
Comme ce loquace mistral
Qui chante dans chaque phrase

Ici on chambre le lendemain
On galéjade les galères du destin
Pied de nez vif pointé sur l’avenir
Le cœur battant comme un carreau de pétanque
Sous l’ombre placide des platanes
Blasés par tant de parties

Ici l’accent marchande sa faconde
Au bout des grappes de la vie
Raisins luxuriants du rire
Que presse l’imagination
Quand passe la mythique arlésienne
Au regard hardi d’olive vive
Sirène sans fard aux houles salines
Parfumée de ciel comme un rêve de sieste
Quand roucoule d’ébène
Le flot dénoué des fantasmes moirés

Moi
Monsieur Brun de circonstances
Je me baigne de mémoire neuve
Et mes vieux souvenirs consumés
Ici reprennent leur fil coloré
Sous l’or pur d’une lumière réinventée

***

54. SOIXANTE NEUF

Je suis né sous le signe du soixante neuf
Dans cette ville où vont les fleuves se mêler
Comme un Guignol veuf ou un Gnaffron desaôulé
Mon vieux passé tout renversé redevient neuf

O mes muses d’antan tant métaphorisées
Ce sont les houles lascives de vos corps lestes
Qui de la bouche au coeur ont su m’offrir ces gestes
Qui font d’un soupir moite naître la rosée

A l’envers de nos nuits en inversant nos spasmes
Nus vers la source vive aux remous fluctuants
Nous faisions rougir les rives de nos fantasmes

Formule magique à l’équation concentrique
O département du cœur à cœur érotique
Où vont les fleuves et l’amour en confluent

***

53. Pour Djami…

Ton sourire vorace fait renoncer le temps
Ta volonté de velours invente l’horizon
Et tu te joues des jours comme d’une kora
Dont les cordes bleues vibrent d’arc-en-ciel

***

52. « HARPEGES » DE LAINE

Sur l’arpège de tes lèvres closes
Ta harpe ouvre son horizon rose
De notes laineuses que tu laisses choir
D’un écheveau à la fois limpide et obscur

Quelle étrange musique me tisses-tu
Où s’éparpillent des parfums celtiques
Que tes patientes mains libèrent d’habileté
De leur ambigüe et douce mélodie de bleu ?

Devines-tu entre deux notes qu’il m’arrive de rêver
D’un air d’autrefois aux longs soupirs d’azur
D’une Ariane mythique filant un fol espoir
Pour vêtir d’utopie mon désert labyrinthe ?

Oui je ne le sais que trop mes fantasmes vains
Meurent de soif quelque part sur une vague plage
Là où l’énigme candide de ton sourire de ciel
Me renvoie le miroir cruel d’une impitoyable amitié

***

51. INTERVIEW

Toute allusion à des événements récents serait… etc. etc.

Monsieur le Président pourquoi ne pas partir ?

Il n’est pas temps pour moi de l’histoire sortir
Je n’ai pas encore écrit mon dernier discours
L’écho de mon verbe vainqueur a toujours cours
J’ai plein de rêves fabuleux qui se bousculent
A l’horizon heureux de mon siège à bascule
Je vois mes traces sur des photos à venir
Car j’ai des tas de nouveaux serments à fourbir
Vous les bonimenteurs vous messieurs de la presse
Ne voyez-vous pas cette foule qui se presse
Ces houles si heureuses vibrantes de liesse
Qui comme une vague de joie vers moi se dressent ?
Je vous prie d’observer cette cour tout autour
Qui guette de moi son obole de secours
Qui attend la charité d’un de mes sourires
Qui ne sait que rendre grâce à mon saint empire
Ignoreriez-vous ô mes pauvres plumitifs
Aux éditoriaux naïfs si vindicatifs
Que les Venus dévergondées de vos colonnes
Sans vergogne à mes désir secrets s’abandonnent
Que les stars osées de vos écrans sans idées
Rêvent de m’offrir leur renommée dénudée ?
Sachez que jour et nuit veillent sur mon destin
Les plus sûrs des mameloucks de fer et d’airain
Ces gardes de mon corps ces remparts de mon siège
Abattrons le moindre rebelle sacrilège
Car je dois mon pouvoir à mon état de grâce
Parce qu’il faut que par moi l’histoire se fasse
C’est l’évidence à la volonté proclamée
Telle est de ma destinée le seul sens sacré
Je suis le messager des paroles mystiques
Mon trône béni je le dois à Dieu l’Unique
Voilà pourquoi par ma plume d’or et de nacre
Je sais décider d’un sacre ou bien d’un massacre
Si je choisis pour autrui la vie ou la mort
C’est bien que ma foudre est mon bon droit du plus fort

Que comptez-vous faire pour vos populations ?

Je ne comprends pas le sens de votre question

***

50. ADSTAT CARTHAGO

A vous
Tyrans despotes autocrates dictateurs
Pères des peuples guides suprêmes
Grands timoniers chefs duces caudillos
Fuhrers empereurs commandeurs des croyants
Rois raïs présidents à vie maréchaux sultans
Big brothers maîtres absolus des destins
Et penseurs uniques pour tous

Sachez que vous aurez beau
Etouffer dans votre œuf les promesses de l’aube
Embastiller de silence les mots du désespoir
Rayer de rouges verdicts les verbes rebelles
Couper sans cesse les langues vives de l’insolence
Enfouir dans l’oubli total les rêves fusillés
Bourrer de honte les urnes des scrutins violés
Poursuivre à la baillonnette le fantôme de Gavroche
Renverser les barricades dérisoires des mains nues
Etouffer Tien Am Men d’un sanglant bâillon de chars
Voiler de vos sombres fatwas l’allégorie ivre de la liberté
Saigner sans vergogne la soumission de la misère
Et édicter l’éternité à l’horizon de votre égo
Au nom de dieu de satan ou de votre sainteté
Dans le désert bien propre de votre fière fatalité

Vous n’êtes rien
Puisqu’il suffit
Pour que chute le stuc de vos statues de paille
Que se lève un matin
Un simple souffle au pur parfum de jasmin

***

49. ANNIVERSAIRES

Comptabiliser amer toutes les aurores ?
Spéculer avide sur les crépuscules à venir ?
Se souvenir encore des aubes déchues ?
Repasser jusqu’à satiété les vieux films rayés ?
Et rêver d’un nouveau scénario lumineux
Alors que la bougie se souffle d’asphyxie ?
Promener un vague regard sur l’horizon
En sachant que c’est toujours celui du Titanic ?

Je ne fête jamais les anniversaires

O ma mémoire mon pauvre miroir déformant
Tu habilles de vers neuf les désirs transis
Tandis que tu dévêts d’une main sûre
Les corps des nymphes inavouées d’antan
Tu arrives à tresser les vieux mots brûlants
Que le désert muet d’un timide a tu autrefois
En les ravivant d’esquisses au bleu factice
Qui griment leurs regrets sur de fausses strophes

Je ne fête jamais les anniversaires

Avenir ancien stock des rêves qui se vident
Atelier oublié des lendemains déclassés
Fabrique délocalisée des rencards manqués
Avenir vieux bonimenteur d’espoirs truqués
Prestidigitateur escroc qui ne solde que du vent
Illusionniste pervers aux reflets flous sans effets
Réalité crue du temps perdu avaleur de bornes
Vers l’horizon indépassable de l’ultime limite

Je ne fête jamais les anniversaires

***

48. LETTRE A RAMA N°3

Madame
Vous voici donc exclue
Déchue sur la touche
Sans portefeuille
Comme d’autres
Sont sans papiers
Vous
Qu’ils ont portée
En exergue
Exhibée au plus haut du pinacle
Du papier glacé
Des spots des projos
D’une renommée
Toute faite
Au bon plaisir princier
D’un néo monarque
Faiseur maniaque
De bios médiatiques

Madame
Vous voici donc
Redevenue
Tel un vulgaire
Mamadou de nos caniveaux
Tel un pauvre
Abdoulaye ancien combattant
Tirailleurs d’hier
Ou bien de notre présent
Mais nés du même mépris
Vous qui fûtes
Intronisée reine
D’intelligence de beauté
Au-delà des normes
Blanchie de notoriété
Parmi les ors des palais
Vous voici
Redescendue négresse
Bavarde bravache
A qui l’on se doit
De proposer ou le bâillon
Ou le charter

Madame
Voici pour vous le temps venu
De reprendre
Le vrai fil de votre destin
Fille des héros du fleuve
Du sable et du soleil
Revendiquant l’histoire
Et l’avenir
Au bout d’une mémoire
Pleine d’un espoir vivace
Vers un demain à croire
Madame enfin
Voici le temps venu
De redevenir
Vous-même

***
47. AUTOMNE 2010

Te revoilà mon vieux novembre
Avec tout ton attirail usuel
Tes breloques en jaune passé
Tes cargaisons de mémoire lourde
Que le brouillard sans bruit déballe
Ta pluie insidieuse qui suinte son fiel
Tes nuits coites interminables de froid
Tes écrans saturés de nostalgie fade
Et leurs longs poèmes larmoyants

Tu t’en iras mon vieux novembre
Avec tes ustensiles moroses
Ton décor d’ocre et de cendres
Avec les mains gercées des arbres
Que tu déshabilles de vent triste
Avec tes sentiers qui s’embourbent
Où l’avenir lui-même s’abandonne
Quand nous glissons du moite à l’humide
Et que nos frissons perdent leur sens

Tu t’en iras mon vieux novembre
Je ne crains plus tes simagrées
Tes peintures surfaites d’or factice
La rengaine de ton pseudo chef d’œuvre
Qui te fait penser l’univers marron
Oublié du bleu dans un cadre gris
Quand tu te flattes de collectionner
Les vers amers dépourvus d’horizons
Des chantres mous de la mélancolie

Mais sais-tu mon pauvre novembre
Toi l’éventé qui ne vit que de vagues de vide
Ou d’aubes froissées de chrysanthèmes
En ballades mornes sur les tombes
Sais-tu bien ô mon sinistre ami
Que malgré les hardes troubles
Dont tu revêts ton cafard obligatoire
Je garde au chaud de mes souvenirs
Un soleil secret et son sourire sonore

***
46. VIVIANE MONTAGNON

Muse ou modèle
Sise au cœur d’un décor de vers
Statue de pierre vive
Toute de douleur sculptée
Douce de pudeur triste
Belle d’un silence échu
Où plane un rêve évanescent
Avec la fulgurance de son destin
Figé sur des photos épitaphes

Si le futur déborde
Sur son temps de trop
Il esquisse un sourire
Aux reflets de lilas rose
Un regard vers l’horizon se perd
Dans sa douceur de corail
Tandis que têtues s’égrènent
Les notes nostalgiques
D’un demain à balbutier
Sur cette scène de toujours
Avec les répliques prêtes
D’un texte fantasmé tant de fois

Vous avez vécu
Avez-vous dit
D’un frôlement de poésie
Frou-frou de lyre
Aux frissons d’amour
Farandole ensoleillée de rires
Où se tiennent deux à deux les mots
Funambules d’un même pas
Pour chanter et danser à jamais

Optimiste du désespoir
Vestale du feu sacré
Gardienne d’éternité
Veilleuse d’espoir
A l’émeraude vivace
D’une aurore tenace
Au coquelicot ouvert
D’un sourire sur l’avenir

***

45. SIGNE DE CROIX

Digne descendant de Clovis
Fier fils aîné de notre belle Eglise
Bourbonien plus que feux les Louis
Du quatorzième au dix huitième

Oint des huiles saintes
Enivré d’encens pontifical
Par un signe de croix
Le monarque prouve
Que l’urne n’est plus
Qu’un lieu d’aisance
Un médiocre défouloir
Populaire vain
Vulgaire superfétatoire
Puisqu’on devient
Président
Par la grâce de Dieu

Photo montage trouvée sur le site : http://librepensee31.blogspot.com/2007_06_01_archive.html

***

44. SONNET POUR TOI

Ce feu que ravive ton sourire d’aurore
L’arc-en-ciel de l’espoir et la folie d’y croire
Mes faux-pas mes revers mes échecs mes déboires
L’envie d’en revenir et de rêver encore

Mes désirs censurés sur ces jours qui se fanent
Ton corps comme une métaphore inassouvie
Mes brassées de rimes en guise de survie
Ton plaisir consumé où gît mon cœur en panne

L’ennui quotidien avec sa gangue de froid
L’utopie soleil clandestin qui vibre en moi
Lorsque nues mes pensées se hissent sur tes seins

Cet horizon rose d’un unique destin
Cette aube infinie et ses soupirs de satin
Amour je m’offre en vrac à tes secrets desseins

***

43. RETOUR

Assise sous la moiteur d’un blues tiède
Face au riz de sueur et son aube verte
Tu contemples ton désir déchu
L’aurore déçue de ton exil
Et le retour morne d’un gris quotidien

Assise sur le sol moite d’un blues humide
Aucune sueur n’essore le silence
D’un regard froid sur le passé délavé
D’une mousson mélancolique
Que déchire le cri d’un métro matinal

Assise sur le futur à vivre encore
Quand germe le riz de demain
Dans l’onde des soupirs et des rires
Dans l’éclaboussure chavirée du soir
Et le mauve pur d’un lendemain sûr

***

42. LE FANTASME D’UN VALENTIN

Sur l’infini de la toile
Je jette un mail de fleur fanée
Ma rose avortée
Mon fantasme inachevé :

“D’une étincelle tu fis
Une constellation extasiée
Et nos mots se turent
En un inextinguible cri
Et nos mains volubiles
Explosèrent de phrases
Et nos corps secoués déhanchés
Du va tout de leur cœur vaudou
Ont fixé d’un axe luminescent
Leur fétiche entiché
En statue extatique”

***

41. BIEN SUR…

Pour toi, bien sûr…

Bien sûr un vent amer déshabille
Les reflets moirés des souvenirs
Les souffles ensoleillés d’un saxo
Sur un crépuscule de sanglots

Bien sûr il reste des arêtes
Hérissées sur tant de caresses
Ensablées en une mouvante mémoire

Bien sûr s’émeuvent en vrac
Les vagues oublieuses et leurs
Insidieux roulis de sourires salés

Bien sûr un lent remord sourd
Des nuits menteuses d’antan
Quand les mots masqués de miel
Secrétaient leur venin à venir
Dans des petits matins déglingués
Avec leur attirail de givre et de vent

Mais
Tu m’as inventé un passé
Et mon futur survit en fantasme
Sur l’aurore de tes lèvres
Et le parfum fou de tes promesses

***

40. 2010

En cette année deux mille dix
Tel Orphée chantant Eurydice
Par nos vers effaçons l’enfer
Pour rêver un autre univers

***

39. VISIONS OF JOHANNA

Pour toi, si jamais tu te souviens encore…

Tu étais Joan et j’étais Bob
On prenait nos mains aux mots
Sur des guitares imaginées
Et nous joignions nos accords
Sur des vers électrisés

J’ai conjugué tant de rêves
Sur tes cheveux dénouées
Mes baisers tant de fois rimés
Que tu ne le savais même pas
Quand tous deux nous marchions
Nos slogans noués dans la houle
Par la vague scandée d’un verbe rouge

J’ai touché de si près
L’allégorie heureuse
Du bonheur déshabillé
Quand ton sourire hardi
S’épanouissait de chair
Offrande aux lignes nues
D’un horizon dévergondé

Et nous avons tout raturé
Tout biffé tout déchiré
D’un simple trait de colère
De temps trop mordu
De vent trop vendu
Aux parfums frelatés
D’un avenir défiguré

Pourquoi ce soir de si loin
Je reviens sur ce si vieux ravin
Aux relents rances et amers ?
Parce que –sais-tu- j’écoute Joan
Parce que Bob est toujours là
En moi comme un cd bouclé
Et que je suis veuf de mes vingt ans

Cheveux ventés tu chantais Joe Hill
L’été à la fête de ton école
Parmi le silence balourd des badauds
S’élevait l’arpège pur de ta voix gracile
Coquelicot volatil aux cordes fragiles
Ce frisson de velours gratte encore
Ma mémoire meurtrie mais toujours naïve

Tu étais Joan et j’étais Bob
On prenait nos mains aux mots
Sur des guitares imaginées
Et nous joignions nos accords
Sur des vers électrisés

***

38. RENCONTRES DE BOURGOGNE

RENCONTRES-BEAUNE-2009-043-1-

Aux vingt ans des Rencontres de Bourgogne des Poètes de l’Amitié

Danaide=Rodin

Nous ne nous sommes rien dit
En tout cas rien de bien sérieux
Dévidant la fadeur de phrases creuses
En copeaux de mots sur des dunes de silence

Qui étais-tu ?
D’où te venait ce parfum triste
Au regard de lèvres closes
Où je guettais quelque chose
Comme un reflet complice
Tu étais là comme ça
Egarée au milieu d’agapes poétiques
Qui ne te concernaient pas
Ou si peu

Et moi poète anonyme
Seulement armé d’une timide lyre
Petit rimailleur je déclamai
Les chefs d’œuvre des grands
Comme pour te dire
Que si tu le voulais
Tu pouvais devenir muse

Que je savais d’une boucle de vers
Tresser de rimes ta blonde rousseur
Ta beauté lasse parée d’ennui
Moi l’utopiste rêveur
Je me laissais à penser
Qu’une nuit de poésie
Ferait du hasard
Un destin

Notre table s’était vidée
De tous ses convives
Sauf toi et moi
Alors je tirai tremblant les fils
D’un échange que je ponctuais
D’œillades de mots
De gestes volubiles
Mais
Sur ce laborieux écheveau
Nous n’avons brodé que
Des banalités
Délavées et usées

(Mais moi
Qui suis-je donc ?
Un baratineur du siècle passé
Un ancien combattant du cœur
Un troubadour sans atours
Ne suscitant plus qu’ennui
Ou indifférence)

A la dernière note de musique
Signal final
Nous nous sommes levés
Serré la main d’une poignée brève
Souhaité d’un mot bonne route
Sans même se promettre un autre jour
Nos sourires ont tiré leurs verrous
Et ce fut tout

brancusi%20moma

***

37. WOODSTOCK

woodstock 1

Nous étions nus sous la pluie
Une guitare d’utopie
Lançait ses riffs de hash
Dans des solos luminescents

Nous étions nus sous la pluie
Universellement seuls
Baignés d’une ivresse de boue
Sous un simple rayon de saxo

woodstock.2jpg

Nous étions nus sous la pluie
Eclatés d’étoiles sonores
Dans le zen halluciné
D’un matin d’hymne déchiré

Nous étions nus sous la pluie
Et l’orage a percé nos peaux
D’une aiguille stridente
Aux reflets d’horizon rose

woodstock 2

Nous étions nus sous la pluie
Armée aux canons évidents
A la beauté délibérée
Aux orgasmes fluorescents

Woodstock3

Nous étions nus sous la pluie
Lavés de tant de silences
Dans le délire assourdissant
D’un lendemain atone

Nous n’y étions ni toi ni moi
Et nous nous recomposons
Notre banalité vêtue de vide
D’une légende inaccomplie

Poème lu en public le lundi 26 octobre 2009 dans le cadre des lundis des poètes de la Société des Poètes Français

***

36. UN MAUSOLEE POUR MANDELA

Mandela verre

Mes pauvres mots zélés
En mausolée
Pour Mandela…

Roben isl

1

Les cailloux concassés du pénitencier
Les colliers rouillés des chaînes de chaque jour
Les bracelets grossiers des menottes perpétuelles
Et l’impensable espoir comme un bol d’air ivre

Les rayures moites de la sueur absurde
Les zébrures ternes du quotidien borné
Les ratures droites des barreaux d’un monde à part
Et l’espoir incongru comme un nuage nomade

Le bâillon judiciaire édicté sur la vérité
La caricature policée d’un verdict kafkaïen
Le délire d’une sentence folle proférée sans frémir
Et l’espoir bombardé de noir comme un tag sur le mur

Univers carcéral circonscrit de vagues insolentes
Ile étroite croûte où l’on séquestre l’universel
Pustule de terre verrue sur un rêve tropical
Mais l’espoir est l’albatros de cette étroite geôle

mandela à R

2

Ils ont coupé
Le monde
En deux

Ils ont dit
Ne mélangeons pas
La pâte humaine

Séparons
L’eau de l’onde
La glaise de la terre
L’azur du ciel
Les braises du foyer

Inventons
Le mur sûr qui dure
Le rempart indépassable
La barricade inéluctable
Le barbelé imperturbable
Le champ clos du silence
Et son cloître coi

Ecartons
De l’infecte ivraie
Le vrai grain
Cultivons
L’ego de nos égaux
Le centre de nous
Notre centripète Moi
Rien que pour nous
Et préservons
L’immatérielle chasteté
De notre unique
Peau

Apartheid 2

3

Et puis ils ont trempé
Leurs bromures de mots
Dans l’eau bénite
De leurs divers prêtres
Pour un Evangile miraculeux

Heureux les purs
Car ce royaume
A part
Leur appartient

Heureux les pauvres
Car ce royaume
A part
Est leur destin d’enfer

O béatitudes de l’effort
Et du dos serve courbé
O pain noir immonde
Gagné à la sueur
Inutile des fronts baissés
D’un monde interdit

Car Dieu récompensera
Vers un ailleurs meilleurs
La génuflexion kaffir
Devant le pouvoir
Livide
Immaculé
De la vérité toute blanche

apartheid 1

4

Et puis ils ont
Mis « hors-la-loi »
Les autres
Les pas purs
Les pas blancs
Les noirs bien sûr
Mais les grisés
Les blanchâtres
Les mulâtres et toutes
Leurs troubles
Déclinaisons
Et puis aussi
Les niaques bizarres
Les hindoux trop bistres

En somme
Tout ce qui porte
Un peu trop
Les traces pygmentées
D’un soleil exagéré
Eternel corrupteur
Des visages pâles

– O nostalgie yankee
Du grand Ouest
Et des Indiens parqués
Dans des enclos de mort
Et l’alcool fort
D’une inéluctable
Défaite –

5

Rêve de revanche
Pourpre de rédemption
Où se lave l’horizon
Dans des matins ocres
De savane brûlée

Massacre vengeur
Où la folie empale la folie
Crime pour crime
On rend tout
Et les potences dressées
Pour un peuple debout
Quand Spartacus
Descendra
De son crucifix
Pour renverser le monde
Et relever le Sud
Contre le Nord

Immense révolte
Aux remous
De tsunami
A l’aurore rouge
Où baigne la mort
Comme sanction
Nœud gordien
Au cou tranché
Sans contrition

Apartheid 3

6

Et ceux du monde
L’autre le vrai
Celui qui décline chaque jour
Son arc-en-ciel
Ils l’ont tous dit

« Vous comprenez
Si jamais on condamnait…
Si jamais on laissait ces Africains…
Imaginez ce long déversoir de sang
Les vies éclaboussées en charpie
Les viols des vierges l’horreur les tortures
L’impossible et impensable charnier
Des amas de cadavres Blancs »

Alors ils se sont tus
Ou bien ils ont fait semblant
Arboraient des moues diplomatiques
Pour cacher des baisers secrets
Aux parfums de diamants

– Géronimo et ses cendres trahies
Au bout de la fumée trouble
D’un calumet d’illusoire paix
Y penses-tu Nelson
Penché à perpétuité sur le calendrier clouté
Du quotidien de tes travaux forcés ? –

Et lui sur son île Robinson ligoté
En fracassant les cailloux de la haine
Chaque jour ressassait son pardon
Et l’espoir avait des effluves
De vent marin et de serments de cormorans

Soweto

7

Il y a ceux qui sont morts
Ceux que l’on a extirpé
Du livre de l’histoire
A coups d’interrogatoires
Aux questions électriques
Où trempées dans l’eau muette
Des baignoires sans réponses

O vous qui ne voulez pas
Même les imaginer
Assis aux mêmes bancs
Vous gardez pourtant le contact tenace
Et vous les dénudez
Et vous les frappez
De vos propres poings
Et vous les écorchez
Et vous les ramassez
Quand ils tombent
Démis de douleur transis

N’avez-vous donc pas peur
De déchoir ainsi
D’entrer dans cet étroit corps à corps
Avec ces nègres
Indignes indigènes
Inaptes à l’existence ?

Où bien alors avez-vous déjà
Enraciné au fond de votre peau
Le sentiment blafard
D’avoir franchi
Les portes imperturbables
D’un irréversible enfer ?

8

Libération

Et pourtant
Sorti de là
Au bout de tant de temps
Au bout du bout de l’espoir

Et pourtant
Une fois sorti
Tu leur as tendu la main
Tu leur as ouvert tes mots

Et pourtant
Une fois tombé
Le bâillon âcre
Qui couvrait ta voix

Tu leur as offert
Le pardon

Donc pas de sang purificateur
Donc pas d’aurore rouge
De feu et de fer ?

Non
Le pardon
Simplement

Et le vivre ensemble
Pour inventer un autre lendemain

Dans l’aurore limpide
D’une terre arc-en-ciel
Au drapeau
Multicolore

Et l’île au loin
Et ses cailloux concassés
Est devenue le musée
De l’espoir invincible

pardon

9

Car
C’est aussi
Le pays de Gandhi
Bien avant le Mahatma

Victime de la loi
De ce monde à part
Interdit de se connaître
Interdit de se rencontrer
Sauf pour être serf
Boy
Espèce d’esclave
Au bas de la table du Blanc

C’est là que Gandhi
A grandi
Pays de barbelés
Où naissent pourtant
Les hommes de paix

Violence étatique
D’une étrange société
Où la cloison fut loi

Mais d’où sortent ceux
Qui sauveront de la honte
Barbare
Le siècle numéro Vingt
Et sa furieuse vanité

O Gandhi
O Mandela
Frères de sang
Frères de paix
Arbres noueux du futur

drapeau

10

Madela

O Mandela
Que mes mots zélés
Bâtissent de leur simple souffle
Ce mausolée de phrases

O Mandela
Aucun temple de marbre
Aucun colosse d’ébène
Ne rendra justice à ta parole

O Mandela
Frère d’âme camarade de sang
Du king Martin Luther
Et des consciences saines érigées

O Mandela
Ma blanchitude de ses vers nus
Tresse le scrupule blanchi
Des sépulcres immémoriaux

O Mandela
Que se lèvent tutélaires les ombres héréditaires
Les fétiches enracinés et de Chaka et de Biko
Et les foules piétinées de Soweto de Sharpeville

O Mandela
Oser dire non est l’apanage du héros bâillonné
Mais seul l’offensé sait offrir un pardon immense
Où se dessine l’arc-en-ciel qui invente l’avenir

O Mandela
En moi bat le tam-tam d’un cœur métis
Leucoderme qu’aimante l’ébène
Mon âme s’émeut d’un soleil mélangé
Où l’Homme n’est ni Noir ni Blanc
Mais le projet libre d’une vie voulue

paysage

***

35. D DAY

Dday

Sur un vers de Verlaine ils sont venus mourir
Sur une plage veuve encombrée de terreur
Ils ont posé leurs pas au hasard fou des tirs
Ivres de vertige de l’espoir à la peur

Tombe_Debarquement

Qu’ils furent blacks ou blonds leurs cœurs errent livides
Cow-boys ou Apaches les héros dieux ou diables
Du désert d’Alamo et des sierras torrides
Achèvent leur western inconnus sur le sable

Omaha-beach-cemetery

Sur la rouille noircie de la fuite du temps
Flotte la hantise de tous ceux qui périrent
Fourmis anonymes d’un combat de titans

Ici le silence blanc de l’armée des croix
La mémoire noire du jamais plus le pire
Et puis ce fol espoir d’un futur sans effroi

***

34. COMA VAGAL

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres

Coma vagal

Et si se tirait le trait
Sans point à la ligne
Césure sèche sans hémistiche
D’un vers ivre inachevé
Tombé là d’un seul silence
Au bord d’un chef d’œuvre
En devenir
Qu’un avide évier vide
Comme le sang perdu du temps gaspillé
Comme les fantasmes inassouvis
Que les mots détournent de leur sens
Dans des fanfreluches superfétatoires
Que cisèlent dérisoires
Des détours de style

Traits tirés
Fourbus de croire
Qu’un utopique demain
Ouvrira son énigmatique éclair
Epuisés de rêves à dormir errant
Ereintés d’illusions éventées avec
En prime
L’ironie des clichés déchus
Le grotesque trivial d’un quotidien
D’une banalité crue
Et l’aristocratique ennui
D’un dandy désinvolte
Sur les ruines risibles
D’un âge d’or défiguré
Et ses décombres sans saveur
Du fond d’une insomnie âcre

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres

Et si se tirait
Le voleur de vie
L’escamoteur de bonheur
Celui qui mégote son destin ladre
Au bout du rail frigide d’un fade demain
Qui négocie l’aurore des frissons
Soupirantes lèvres du désir pur
Avec le crépuscule convenable
De la médiocrité civilisée
Et de ses cadres stricts où se tapissent
D’anciennes chimères
Devenues femelles hirsutes
Dans le sabbat révulsant
D’un faux duo où se meurt
A petit feu le pot au feu vulgaire
D’un semblant de couple déguisé
Théâtre d’ombres mesquines
Où se dégrise le réel
Où se méprise l’amertume du jour
Où se reprise l’ancienne étoffe
Qui étouffe de naïveté neuve
Ses adeptes entêtés
Secte universelle
Du mensonge noué

Tire ce drap inutile
Qui enveloppe la fourberie sourde
De tant de nuits de silences veules
Où l’unique parallèle est la loi inique
Du non-dit diurne
Et ses absences nocturnes
Désert désuet des amours délités
Qu’enferment deux solitudes
Que lient les convenances
Le cancan couard du qu’en dira-t-on
Les cœurs révoqués qui se sont ratés
Piratent leur cohabitation
Dans des habitudes absurdes
Que des tissus sans plis
Scellent de leur dépit

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres

Pourtant toujours m’attire
Ton sourire loquace
Et les souvenirs qui nous tiennent
O mon lendemain inattendu
Oasis du désir réinventé
Océan houleux qui déferle sur
Le sable gris du présent
Et envahit de vie ce qui
N’était que débris de bouts de routine
-Rustine du devoir dû-
Hébété hoquetant de regrets
Je me suis effondré sur tes lèvres
Je me suis coulé en toi
Comme un naufragé
Entrevoit l’île du miracle
Je me suis ancré en toi
Et j’en garde encore
L’odeur de tes frissons sonores
Le parfum fou de nos spasmes
Et le chorus de nos râles de joie
Que ma nuit diurne tressaute
Encore parfois d’avoir tenu
Un instant
L’éparse fièvre de ce que l’on se doit
De nommer
Bonheur

Oh retire-toi spectre radieux
De ce que je n’ai pas
Su retenir
Retire-toi hideuse beauté
Epouvantable amante
Toi qui a su me montrer ce que c’est
Qu’aimer donner conjuguer
Sans fin désirs soupirs délires
Offrir sans réticences sans licences sans tabou
Sans bénédictions sans rhétoriques ni théories
Tout ce qu’un cœur peut donner de son corps
Oh ne vient pas me hanter
Fantôme de ce que je n’ai plus
Je ne suis plus digne de rien
D’autre que le renoncement de soi
Et l’infâme grisaille d’une nostalgie veuve
En litanies et palinodies verbeuses
Je suis redevenu un prêtre d’antan
Avec le sens du sacrifice gravé sur
Une poitrine nue digne de Saint Sébastien

Oh retire-toi de mon demain
Tu es trop pour moi
J’avais dans mon corps la muse réelle
De mon poème concret
Et j’ai biffé ton allégorie vivace
Le souffle de ton image sure
Et les rimes de tes hanches inouïes
Dans le tempo de nos nuits lyriques
Pour mieux me complaire
Dans des élégies de glaire
Qui se traînent vainement
Vers une métrique abstraite
Que ne conduisent que les renvois
Soporifiques de balades mortes
Où grouillent en vers mes regrets
Aussi inutiles que le vide
Qui me tient lieu de vie

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres

Pourtant pourtant
Quel trait nouveau pour un portrait radieux
M’ouvre à nouveau ta voix lointaine
Le coquillage hight tech
D’un portable me verse ton rire
Dans mes rêves rajeunis
Et je me remets encore à croire
Que le bonheur n’est pas
Cette escroquerie de dix sous
Qu’on nous vend en pacte nuptial
En cérémonie pieuse pour enfouir
Au fond d’un code de conduite
La muse la fée la nymphe la sirène
La femme parée de rubans de mots
Celle pour qui l’on pose au bout de la plume
Un simple sonnet rose
Pour le tournoi des mots émus
Oh oui revient temps béni des émois secrets
Brisons les chaînes évadons-nous
La carte du tendre n’a pas besoin de GPS
Et nous savions nous y étendre
Pour grappiller pour marauder pour chaparder
Tout ce qui nous semblait bon

1brancusi

Je ne veux pas tirer le trait sur demain
Je veux reprendre ta main
Je veux retrouver le chemin
Celui que tu m’as montré toi
Et toi seule
O fière effraction O péché merveilleux
O ciel tout retourné O morale déshabillée
En même temps que ta liberté contre moi
Nue comme un vers adolescent
Quand je traçais sur le papier
L’effervescence de mes sens soulevés
Oh oui soulève-moi
Enlève-moi
Je ne veux plus planter mes fausses racines
Dans ce terroir étroit et sa glaise qui colle
Envole moi
Je crois encore à la fuite des corps
Je crois encore à ta foi vive
Et nos serments unis dans la chair de leurs mots
Plus forts que toutes les conventions
Que toutes les traces que laissent
Les entraves dévastées du destin
Je crois en toi et moi
Et j’y crois d’autant plus
Que

J’ai reçu
Cette nuit
Le baiser du néant
Il ne m’en restait
Au matin
Qu’un trait de sang séché
Sur les gerçures de mes lèvres

***

33. HOMMAGE

91069

Elle s’appelait Gaby…
Elle pleure d’une guitare rauque
Un blues fond de ses yeux fanés
Un vieux film fatigué défile
En noir et gris et en fumée
Sous des projecteurs humides

Joséphine ne veut plus oser
Un étalon fantôme galope
Sur le sable des plages rayées
Les riffs saturés pleuvent
Et la batterie roule du plomb
Sur les pistes de notre jeunesse

Martine pour toujours boude
Et ses lèvres ivres tremblent
Cachées derrière la vitre fermée
D’une vidéo qui se dévide
Lorsque les clopes copines
Se saoulaient de mots dégoupillés

Elvire ne rêve plus
Seule sur son logiciel N°7
Il ne lui reste en parfum
Rien qu’une mémoire vive
Et ses volutes mauves
Sorties d’une voix sans issue

Et nous nous restons sur le quai
Avec un dernier ticket
Pour ce concert inachevé
Nous sommes tous coincés
Dans la même file d’attente
Vers qui sait quel Zénith…

images

***

32. OASIS

5 mars 2009

oasis-de-l-agueila

Je suis revenu de l’oasis
Où j’ai bu à satiété
-Mais sans me rassasier-
Le flot velouté de ton verbe
Le flux affolant de tes lèvres
Ton rayon de sourire
Ta perfection plastique à rendre muets tous les pinceaux

Je suis revenu de boire
Et ma mémoire se mue en ruisseaux
Et je meurs de soif sur mes souvenirs
Et je pleure de rage et de regret
De n’avoir plus dans mes bras
Ce présent éternel que je n’ai su garder

Il me reste le désert
Avec sa piètre routine insipide
Et sa morne platitude affligée
La médiocrité stricte de son étroitesse
Un blues si vide qu’il n’a rien à dire
Sinon le même ennui recommencé

Reviendrais-je vers toi ?
M’accorderas-tu demain
L’aumône de ton sourire ?
Je ne suis plus rien d’autre
Que ce mendiant ridicule
Espérant le miracle des miettes
Qui chutent de ton festin
Mais au moins
La moindre parcelle échue de toi
Or aura encore
L’éclat si pur
De cet arc-en-ciel réel
-Cordes courbes
D’une guitare multicolore-
Où s’accrochera têtu mon fantasme de toi

beaute-black

***
31. LE CHANTEUR

le-chanteur

Il porte si las sur son dos
Son paquet de vers luisants
Cordes sensibles des guitares
Et de tant de souvenirs fous

Il cache son regard de blues
D’un noir blindé de pudeur
Le miroir de nos vies blasées
Où tournent d’anciens vinyles

Il ne peuple que peu son costume
Mais détient toujours les clés du chant
Epure éthérée du rock acide et placide
Où se mirent encore nos sillons rayés

Sa voix griffée grave de bleu
L’étroit de nos existences ternies
Et la somme de tant d’habitudes bues
Par le simple miracle d’une mélodie

Ombre déjantée
Aux gestes secs
D’albatros sonore
Aux rêves retenus

Sombre compagnonnage
Quand nos silences faisaient licence
Pour tromper le temps perdu
Dans de faux miroirs de jouvence

Longue esquisse dégingandée
De nos mémoires meurtries
Paroles d’exil aux draps lourds
Où sommeillait notre jeunesse

« Gaby O Gaby » « J’écume » « Le dimanche à Tchernobyl»
« Osez Joséphine » « Faites monter » « Ma petite entreprise»
« La nuit je mens » « Madame rêve »« L’irréel »« Vertige de l’amour »
« S.O.S. amor » « Sommes nous »« Résidents de la république »

« S.O.S. amor » « C’est comment qu’on freine »

le-chanteur-2

***

DEUX BALLADES

rose-23

QUAND DONC REVIENDRA LA SAINT VALENTIN

Quand donc reviendront les muses d’antan
Ardentes sensuelles et lascives
Qu’un simple vers hissait au firmament
Rimes de couleur aux musiques vives
Palette de mots qu’un parfum caresse
Mer que soulève un pinceau florentin
Pour que de l’écume une Vénus naisse
Quand donc reviendra la Saint Valentin ?

venus-b

O Louise soyeuse lyonnaise
Eprouvée d’amour éperdue de mots
Ta lyre si tendre aux sonnets de braise
A noué en moi ses tristes joyaux
Et vous Madame Récamier en pause
Eternelle sur ce sofa hautain
Epaules nues où mes soupirs se posent
Quand donc reviendra la Saint Valentin ?

Et vous mes princesses déchues d’avant
Lorsque le temps fou nous ouvrait vos lèvres
Quand nos baisers s’éparpillaient aux vents
Nous dilapidions nos frissons nos fièvres
De vous qui fûtes nymphes fées fantasmes
Fol amour faux serment vierge ou catin
Il ne me reste en refrain qu’un sarcasme :
Quand donc reviendra la Saint Valentin ?

Prince oyez mes drames du temps jadis
Beautés qui avez frôlé mon destin
Je viens vous chanter ce de profondis :
Quand donc reviendra la Saint Valentin ?

marie-laurencin

Poème lu à l’Espace Montpezat, le lundi 23 février 2008, dans le cadre du « Lundi des poètes » de la Société des Poètes Français

***

AU FIL DE L’EAU

au-fil-de-leau

Nos regrets nos remords embrouillés de déboires
Tous nos regards perdus leurs regains de mémoire
La fontaine où l’on a cru bon de ne pas boire
Tous ces patients secrets que bouclent les armoires
L’oubli témoin muet des anciennes défaites
L’horizon où sombre un soleil souillé de sang
Comme un poinçon de feu sur un cœur en retraite
Tout part au fil de l’eau tout meurt au fil du temps

Cette absence immense qui tapisse ma vie
Les fresques déchirées dans les ruines d’un temple
Tous ces pas égarés dans un désert d’envie
Mes souvenirs rayés bègues comme un vieux sample
Les musiques d’antan et leurs refrains amers
Mots usés qui posent des rimes sur mes maux
Vers versés en baume sur les plaies de naguère
Tout meurt au fil du temps tout part au fil de l’eau

chasseriau_venus

Ta beauté qui danse dans nos nuits débridées
Nos gestes de délire aux longs silences moites
Nos complicités nues aux torpeurs exsudées
Nos râles partagés dans l’opacité coite
Jusqu’à ce que l’aube se rhabille de ciel
Et nous offre en bleu pur son chef d’œuvre éclatant
Comme un espoir crédible au poème éternel
Tout part au fil de l’eau tout meurt au fil du temps

Prince maître du temps le flux le flot l’eau vive
Submergent nos serments nos moments nos tourments
A ce simple verdict il faut donc qu’on souscrive :
Tout part au fil de l’eau tout meurt au fil du temps

beaunebeni

***

29. L’AN NEUF

neige2-0011
La froidure avec ses prétentions poétiques
Métaphorise notre avenir de vœux vides
Le vent nous flagelle de rafales lyriques
Vomissant nos remords en flocons insipides
Chute des illusions que ramassent noircies
Les pelles triviales du petit jour boueux
Le miroir du temps n’est qu’une vitre transie
Sous l’aigre buée de nos miasmes nauséeux

Si l’an deux mille neuf se prétend vraiment neuf
Que ce bel avenir d’espoir plein comme un oeuf
Ne fasse de nos vœux de vieux fantasmes veufs

Terre qui prodigue son sang héréditaire
Eternelles rancoeurs sourdes vendettas qui
Mémoires oppressées des haines séculaires
Tueront toujours dans la même infinie folie
Sur les sanctuaires des livres trois fois saints
Prêtres rabbins imams de leurs dieux pieux soldats
Font du sacrifice final leur seul dessein
Car pour eux cette vie ne vaut pas l’au-delà

Si l’an deux mille neuf se prétend vraiment neuf
Que ce bel avenir d’espoir plein comme un oeuf
Ne fasse de nos vœux de vieux fantasmes veufs

Voici donc la dalle livide de l’hiver
Qui vient sceller de gel mes vers de canicule
Voici le temps des regrets et leur vin amer
Mes aurores soldées pour l’or d’un crépuscule
Voici le rêve encore de croire en demain
Comme les chimères de mes mots maladroits
Dans cet hier déguisé en nouveau matin
Ton sourire remet mon futur à l’endroit

courbet10

***
28. CHANT DE NOEL

noel-1

Te revoilà donc mon vieil hiver blafard
Avec ton cafard tes engelures tes morsures
Avec tes regrets de bois sec sur nos vies froides
Et leur nostalgie âcre tout en tas de cendres

Bien sûr tu nous envoies toujours ta neige
Qui recouvre d’oubli souple les gerçures
Le poinçon sec du gel quand le givre berce
Cet homme abîmé qui déchu se meurt seul

Quel Noël chanterons-nous
Sous ce houx taché de sang ?

houx

Hier ma ville s’est explosée de lumières
Pierres d’histoire submergées d’or échevelé
Vitrail vivant qu’un laser illumine d’illusion
Et les vitrines offertes s’inventent une fortune

Devant le vide des yeux creux qu’hallucine
La féerie heureuse du mensonge électrique
Préfabriquée pour des chalands désenchantés
Devant la banquise sûre d’un avenir délocalisé

Quel Noël chanterons-nous
Sous ce houx rouge de honte ?

noel-2

Les artères saoules des villes en vadrouille
La foule en vrac de ces vies vendues d’envie
Rêvent que l’espoir se solde même le dimanche
Dans les cadis précaires d’un père Noël septuagénaire

Noël rien qu’une parabole à dormir de froid
Une légende sortie des Livres dont se déchirent
Les pages trois fois saintes à coup de poing ou de pieds
Pugilat furieux des prélats d’Orient dans un bain d’encens

Quel Noël chanterons-nous
Sous ce houx au goût factice ?

sdf

Et nous candides pauvres abonnés naïfs
Devant l’éternel regard enfantin de minuit
Avec un sapin dernier cri plastifié de vert
Restons à attendre que demain nous déplie son cadeau

Quant à moi mon cœur usé hiverne encore
Mes frissons d’antan se glacent sur mes vitres
Et ma mémoire rouillée comme un vieux frigo
Vient m’offrir sur son miroir cet hier congelé

Alors amour j’ai cueilli sur le houx ce rubis
Pour le sertir sur le doux désir de tes doigts
Afin que nous deux chantions à l’unisson
Les nues secrètes d’un authentique Noël païen

eros-et-psychee-canova

Poème lu
le lundi 22 décembre 2008 à l’Espace Monpezat,
dans le cadre des « Lundis des poètes
de la Société des Poètes Français

***
27. DIX-HUIT ANS

bougies

A dix-huit ans on lève le mât aux étoiles
Les voiles s’ouvrent vers l’infini du grand large
Quel que soit le rafiot le radeau ou la barge
On vole aux vagues leur élan leurs crocs aux squales

On va devant jetant les anciens ustensiles
On marche les yeux neufs face à l’horizon vierge
Tant pis pour hier et sa mémoire en cortège
Seul demain peut s’inventer de quoi faire style

On rêve aux aurores qui ne meurent jamais
Aux matins qui font du jour une rose douce
Avec ses désirs purs de fantasmes parfaits

Le verre est encore plein fils abreuve-toi
Bois jusqu’à l’ivresse tous ces bouquets de joie
Car jamais les fleurs du temps fauché ne repoussent

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26. 4 NOVEMBRE 2008

obama-1
« Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve.
Le nègre n’est pas. Pas plus que le. Blanc.
Tous deux ont à s’écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication »

Frantz Fanon

America te voici revenue
Voici tes pèlerins de l’exil oublié
Et leur voile gonflée vers la liberté
Voici tes insurgés héros debout contre
L’iniquité de l’ancien monde
Un fusil à la main
Et les tables de lois sur le cœur
Forgeant les mots d’un monde nouveau
America te voici revenue
Drapée dans la bannière de ton rêve
Statufiée le flambeau brandi
Te revoici l’horizon de ceux
Que l’existence a vaincus
De ceux que ce vieux continent a chassés
De ceux que la misère fatale a repoussés
Et dans ton port ouvert
Se reprennent des vies inachevées
Les oubliés de l’histoire
Apprennent à compter les bandes rouges de l’horizon
Claquant comme un drapeau étoilé

Pourtant tu reviens de loin
O America
Ton pâle passé
Et ses plaies blêmes
Tous ces ballots de cotons
Sanglés de coups de fouet
esclavage
Bois d’ébène et son poids de chaînes
Vendu sur tes places publiques
Epaves égarées déshumanisées
D’une Afrique pillée
Courbée chaque jour sur les champs
D’un martyre imbibé d’eau bénite
Sanctifié par les paroles
D’un Evangile dévoyé
D’où sourd ce gospel lancinant
Aux éternelles blessures
O America tu reviens de si loin
Le sang noir versé sur tes sillons
Et la cicatrice castratrice
D’un monde coupé en deux
Guerre civile pour sauver l’inhumain
Guerre civile pour nier autrui
Parce qu’il est Noir
O America ton long voyage
Dans les labyrinthes maudits de ta mémoire
Les arbres d’où pendent les cordes
Des corps condamnés
lynchage
Les cagoules grotesques du Ku Klux klan
Et leurs insensés crucifix de feu
Comme une infamie sur ton front
kkk
Les bus interdits les bancs interdits
Tous ces interdits en liste publique
Et ces écoles uniquement blanches
Ton monde n’est plus que cloison
Qu’un paravent fou où toute haine macère
Où tout cœur se clôt sur sa propre virginité
Sa vanité pure sclérosée
Comme là-bas au bout de l’appendice de la vieille Afrique
Un apartheid revendiqué

Oui tu reviens de loin
Voyage aux enfers napalmisé des jungles d’Asie
Des sables des déserts aveuglés de bombes
D’un monde arraisonné
Assaisonné à ta sauce
Sang des autres pour que coule
L’or noir de tes artères yankees

Par quel miracle America
Te revoici ?
J’entends les guitares de Woody
De Bobby de Bruce
J’entends la voix de Joan
Et les foules civiques
Qui dévalaient les rues en chantant
« We shall overcome »
wshallo
J’entends le pasteur
Au prêche de paix
J’entends encore son rêve
-Biffé par la rature d’un coup de feu-
A nouveau vivant
Et je me pince
Comme Jimmy l’électricité de ses cordes
Distordant l’hymne dépareillé
Pour me dire éberlué
Te revoici America

Oui te voici revenu
Et ton visage est métis
Et ta houle mélangée
Se secoue aux mêmes vagues
D’une liesse retrouvée
foule
O foule ivre de sa propre surprise
O foule mosaïque émue
D’un monde qui s’ouvre à nouveau
Car celui qui te parle
Ne veut pas de revanche
Ne veut pas de vengeance
Ne veut pas le Noir contre l’histoire
Mais revendique simplement un autre destin
Un nouveau matin un horizon impensable
Où se dépasse le temps
Où s’efface ce qui sépare
Pour unir ce qui avance

Fils de Martin Luther
king
Mais fils d’Afrique
Héritier de ce Robinson enchaîné
Dans ce pénitencier insensé devenu musée
Sur une pustule d’île cernée de barbelés
Verrue infecte sur la face du monde
Mais dont il est sorti vainqueur
Avec comme unique arme
Le pardon pour ses bourreaux
O Nelson Mandela
Obama Obama Obama
Un continent scande tes voyelles
Comme autant de fiertés exhibées
Ce matin des cohues de femmes
Chevillée de courage harnaché
Se lèvent comme chaque jour
Le fardeau de leur survie sur la tête
Mais avec au cœur l’honneur resurgi
D’un fils au sommet du monde

Obama Obama Obama
Les griots déjà tissent de leur cora
Le verbe scandé d’une légende à venir
Tout un continent incrédule se frotte les yeux
Pour déchiffrer le brouillard d’un impossible demain
Car enfin car en effet
Car oui c’est fait
Le monde Blanc l’Empire mondial
A intronisé le fils des damnés de la terre
Et voici que les prophètes d’antan
Sortent leurs livres du tombeau
Pour illuminer de leur parole ravivée
Ce présent imaginaire
Aimé Césaire Frantz Fanon
fanon
Hérauts incertains d’un espoir délirant
Voici qu’un homme prend vos mots
Pour en faire un bulletin de vote

America pardon de t’avoir tant décriée
Pardon de nos colères
Pardon de nos mépris
Encore une fois
Tu viens de nous doubler
Sur la piste de l’histoire
Ton bolide nous dépasse
Et nous voici sur les plates-bandes
En retard d’une aventure
obama3
Nous Gaulois phraseurs
Nous Gaulois verbeux
A la morgue condescendante
Devant tes piteux archontes
Nous voici maintenant seuls face au miroir nu
De notre limite très raisonnable
Où sont donc parties nos couleurs fraternelles
Black Blanc Beur ?
Oubliées sur les tribunes
D’une éphémère promenade en ballon
Le temps d’une soirée de folie
Mais ternies par un quotidien fade
Où la couleur reste toujours en projet
Jamais réalisé
Et tous nos brillants technocrates
Nos penseurs échevelés
Nos brochettes de cerveaux formatés
Nos idiots visuels intarissables
O America
Louent ce matin cette victoire
Vivant par pure procuration
Ce qu’ils n’oseront jamais ici
-Enfin pas encore-
Oui ce matin
Nous voyons partir le train bariolé
De l’universel revisité
Mais nous nous chamaillons
Oubliés sur le quai d’une gare
Livide comme une pensée blanche
Blanche comme la page qui reste à écrire

Mais ce matin
O America
Je ne veux que chanter pour toi
Et si tu veux bien avec toi
Dans ce chorus où s’enveloppe notre vieux globe
D’où monte un gospel un blues
Un solo de saxo au jazz heureux
Une guitare aux arpèges électriques
Pour un peuple éclectique
Aux yeux ruisselant de joie
O je sais bien
America
Tout reste à faire
Et dur dur sera le chemin
Ne manqueront ni les pierres
Ni les pièges ni les rapaces
Et leur rancœur tenace
Tournoyant au-dessus du convoi
Des diligences utopiques des nouveaux pionniers
Mais le pas est franchi
Et nous irons dans ce sens
Tous tôt ou tard
C’est pourquoi ce matin je ne veux que respirer
Le parfum de l’avenir inventé
« Yes we can »
obama-2
***
24. INGRID

La force de l’esprit

C’est d’être

Au dessus

Des barbelés de la bétise

Des ignominies de la barbarie

De la violence stupide et animale

Pour toujours

Penser

Que demain existe


***
23. L’ETE

Un soleil libre explose en ruisseaux dénudés
Un flot crémeux glisse sur l’or des échancrures
Les sueurs salaces veulent se débrider
Dans des ébats brûlants et leurs fusions obscures

L’incendie des désirs soulève ses fantasmes
Les muses torrides des montées de moiteur
Réclament d’un râle leurs délires de spasmes
Quand vient le crépuscule et ses longues langueurs

Je me souviens – O veuf – de ce vieux vin de vie
Caracolant en moi comme un feu vivifiant
Dans l’éruption folle d’un verbe épanoui

Or je marche aujourd’hui dans ce piètre désert
Ma mémoire reste mon unique chimère
Et le soleil n’est rien qu’un traître triomphant


***
23. AVE CESAIRE

Un phare érigé de soleil s’est éteint
Mais sa lumière marée de vers luisants
Du scintillement ryhmé du fétiche de ses mots
Rallumera de joie les étoiles métaphorisées
D’une mémoire ravivée à jamais nègre
Réhabilitée de tant de sourdes douleurs exilées
Par la parole gravée sur le Cahier du Retour


***
22. RESURRECTION

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Vers pour des Pâques païennes…

resurrection-3.jpg

Et si -sans rêve- l’on se revoyait ?
Et si le miroir humide se renversait ?
Et si les traces aveugles et mouillées
Sur le marécage lourd de mes mots
Pouvaient enfin se dissoudre
Pouvaient enfin se fondre
Dans la glace épuisée de nos silences
Et de leurs tamis de débris cristallins
Aux faux airs de diamants frelatés
Piteuse contrefaçon
De mes larmes éparpillées ?

Je n’ai repris que l’écho de ta voix
Je n’ai repris que l’air de ton rire
Et quelques photos rassises aussi
Je n’ai que des fragments sonores de toi
Et ma chambre noire ouvre sa fresque immense
Et ses clichés aux flashs ravivés
Qui soudain reviennent m’éclabousser
Flot écarlate pellicule vive diaporama d’étoiles
Au cœur opaque d’une nuit moite
Eternellement dédiée à ta beauté
O mon immatérielle statue
O mon naufrage aboli
O mon seul et réel poème

L’harmattan se tait
Et pose son souffle sur
Le vent veuf des souvenirs
Ressuscités

O amour sais-tu que c’est Pâques
Et voici que demain à nouveau m’appartient
Car ce demain se tisse de tes promesses
Et je drape mon unique espoir
Dans des lendemains de peaux nues
Comme il y a tant de temps
Comme hier
Comme toujours

Oui je te redirai ce même mot
Oui je reprendrai tous mes vieux mensonges
Et je les rhabillerai de serments vierges
Le moment venu d’effeuiller nos vêtements
Pour nous retrouver seuls en nous
Là où toute vie se rend
Là où la mort se tait
Et réinvente le bonheur
-Etincelle fugitive-
Là où tout chavire
O mon navire fantôme
Dans ta houle retrouvée
Et se perd mon mât hardi secoué
Dans tes hanches avides d’océan
O instant d’ouragan qui tempête partout
Marins intrépides perdez vous
En cette mer suave où se lave
Dans des remous d’écume heureuse
Toute la fadeur du gris délavé
Que se doivent d’avaler nos jours usés
Désabusés d’ennui languide

Oui je reviendrai vers toi
Et mes mots en bouquets lucides
Se poseront en sept sur tes ciels
Et n’auront d’envie unique
Que de se faner de fatigue
Sur ton corps rassasié de baisers

Oui je reviendrai vers toi
Et je ne prendrai de toi
Que ce que ton désir voudra
Je serai ton valet au cœur servile
Ton féal sujet ton serf docile
Courbé de respect actif
Devant ton sanctuaire intime
Où l’encens se liquéfie en spasmes
Dans le chorus sacré des sens exacerbés
Je veux revoir le mausolée de tes seins dressés
Sur l’oriflamme brûlante de ta peau
O mon authentique terre promise

Je ne serai que ton second
Au secret de ta polyandrie assumée
Ton amant masqué au détour tortueux
D’un mail codé cheminant
Sans GPS sur ta carte du tendre
Au hasard éperdu de mes paumes
Au hasard affolé de mes frissons
Et des visas délivrés par tes sourires
Sur le pont inouï de tes soupirs

Oui mon destin pâle est d’être
Un simple reflet
De l’ébène resplendissante
Que ton corps sculpte chaque nuit
Vers l’horizon impensable
-O sirène de ma mémoire-
Que tu m’offres à nouveau
Et vers lequel je reviens
Comme à Canossa un roi vaincu
Seul et nu
Dans le plus simple appareil
De la lumineuse évidence
D’un pur sourire du soleil

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***
21. SAINT SYLVESTRE

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2007
C’est une défaite de plus dans la légende des illusions
C’est le sourire maquillé de la déroute heureuse
Et ses projets digérées comme autant de remords
C’est le devoir absolu de toujours se remettre à croire
Qu’au-delà de ce désert acide et sa série de mirages il y aurait
Quelque part là-bas l’irréel oasis d’une utopie ravivée

2007
C’est toujours le même paysage de sang qui hante les rues
Charpie disséminée des déchets dans l’explosion des discours
Odeur rance des cadavres desséchés au feu sacré des prières
C’est le chœur lancinant des vers parmi les débris des versets
Et par-delà la nuit des pleurs que dévoile l’ultime psaume
C’est la parole des prélats et leurs préceptes mortifères

2007
C’est toujours les saisons qui renaissent de l’hiver
C’est toujours un chant d’oiseau sur les ruines de Babylone
C’est encore le rêve insensé d’une nouvelle aurore
Et ses promesses mauves sur des lèvres de brume
C’est la poésie qui ramasse dans ses mots de neige
Le squelette des arbres nus pour les métaphoriser en diamants

2007
C’est frapper à la porte de la nuit pour qu’enfin elle s’ouvre
C’est chanter à boire pour dessaler les temps dits modernes
C’est revoir l’espoir d’hier ailleurs que loin derrière
C’est imaginer le destin autre part que dans un pâle reflet
C’est ouvrir en grand les couvercles scellés du futur
Pour en sculpter les contours dans des vœux irrévérencieux

2007
C’est bientôt classé comme tant de photos ratées
Qu’on oublie à perpétuité dans les tiroirs de nos mémoires
C’est tout un tas de strophes verbeuses jetées en fagot
Et dont la fumée en panache frimeur s’évapore encore
Et laisse en nous le fumet entêté de ce qu’il faut
Forcément recommencer car que nous reste-il de mieux

Que 2008
Version paire de cet éternel demain aux chimères réitérées ?

2007
C’est la première année
Où tu ne me donnes pas de nouvelles

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***
20. ASSASSINAT

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Pour vous
Madame
Le silence…
Le respect…

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Ce qu’ils ne veulent pas
C’est la beauté d’une chevelure qui tombe
C’est un sourire radieux de femme épanouie
C’est la bouche ouverte qui chante libre
Et qui de ses roses contours dessine l’aurore

Ce qu’ils ne veulent pas
C’est de pouvoir penser le front haut
C’est de pouvoir parler sans bâillon
C’est de pouvoir dire non d’un verdict clair
Dans l’écho transparent d’une urne sans entraves

Ce qu’ils ne veulent pas
C’est d’être autre que le sillon certain de leurs paroles
C’est d’être autre que le moule cloné de leurs litanies
C’est d’être autre que les préceptes hérissés de fer
Que le sable d’antan transporte sous le vent d’hier

Et si quelqu’un veut ce qu’ils ne veulent pas
Ils le tuent

Et les morts transfigurés sont martyrs
Parmi les chairs anonymes déchiquetées
D’une pensée dévastée

Les turbans ne sont que les pansements blêmes
D’un néant neuf revisité par les plaies passées ravivées
Des inquisitions aux questions fatales
Des bûchers purificateurs des sorcelleries
Des pals collectionneurs d’infidèles
Des camps à la crémation promise
Des procès aux condamnés prédestinés

Donc
Ne vivre que dans l’attente du sang répandu
N’avoir pour seul horizon
Que la mort comme unique et exclusif espoir

Et demain se lèvera
Paraît-il
Une année nouvelle
Pour que se réitère la même illusion
L’avenir n’est plus rien que la nuit d’autrefois
Eteignoir des lumières
Assassinat de l’esprit

Nous avançons à reculons
Et seul un rétroviseur amer
Nous rappelle quelque peu
Nos belles aubes perdues

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***
19. LETTRE A RAMA (3)

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Madame
Si prends encore la plume
C‘est que je ne sais que dire

Dois-je louer
Votre courage de funambule
Intrépide trapéziste des discours
Aux fiers entrechats dialectiques
Sur un tapis de rhétorique pilée
Et votre sourire de colère
Sur des mots lourds de lave
Ire noircie sur le papier
Que froisse l’indifférence
Des diktats des créances
Du silence froid complice
De ce fric frangible
Si friable si fragile
Qu’il ne sait résister
A la moindre
Compromission ?

Dois-je louer
Vos diatribes perdues
Dans les sables bédouins
Sous les tentes de l’import
Et leurs louches plus values ?
Votre beauté perdue
Dans le labyrinthe nu
Du palais des miroirs voyeurs
Où s’escamote la vérité
En fallacieux reflets ?

Qui êtes-vous Rama ?
Fille de la Grande Royale
Déchirant l’ambiguïté
De l’aventure du futur ?
Alibi black sur tabloïd glacé
Pour politicien égotique ?
Que pèsent donc vos mots
Sur le mutisme intéressé
Du bas étage ravalé
Des plus piètres marchandages ?

Où êtes-vous Rama ?
Le désert libyen n’est rien
Par rapport aux pages vides
Des promesses vendues
Et votre héritage héroïque
De princesse de digne lignée
Fille des seigneurs du fleuve
Madame
Se perd parmi les ors
Des palais colonisés
D’une République dépareillée

yadesarko.jpg
***
18. LES CINQ SENS

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Sens dessus dessous ou bien sens devant derrière
N’y a-t-il que cinq sens à nos itinéraires ?

Sens obligatoire : tout droit vers la mangeoire
Mémoire gargantuesque des gueuletons
La nature est violée : tout n’est que vomitoires
Nous souillons notre mère par nos rots gloutons

Sens alterné : étrange échange de fumets :
Les fumées les déchets les torchères fécales
Contre les fragrances de parfums trop parfaits
Les moiteurs roses qu’un sein au soleil exhale

Sens unique par où nous parle l’univers
Les échos verts des forêts aux feuilles bavardes
Les musiques qui mettent la muse à l’envers
La lyre qu’électrisent les mots du vieux barde

Sens giratoire de ces regards qui s’égarent
Idylles embrasées par les clins d’oeil voyeurs
Hublots ouverts qui esquissent l’horizon rare
Et qui se ferment sur l’ancien film du bonheur

Sens interdit sur la seule issue – ô fantasme-
Fusion des frissons vers le vertige essentiel
Cœur à cœur des chairs nues nouées d’un même spasme
Les corps convergent vers l’estuaire aux sept ciels

Sans amour tout n’est qu’absence de sens et guère
Que sens dessus dessous et sens devant derrière

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***

17. LETTRE A RAMA (1)

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(Accompagnement : coras, djembés, balafons, chœur féminin d’Afrique)

Je vous l’avoue Madame nous ne sommes pas
Du même village nés des mêmes aïeux
Oui nos traces sur les pistes perdent leurs pas
Nos savanes ne brûlent pas aux mêmes feux

Mais moi l’ancien griot aux notes de bambou
Je viens vous dire que votre sourire porte
Le fier fardeau que hissent ces femmes debout
Qui n’ont pas d’autre choix que celui d’être fortes

Vous êtes sirène que la télé révère
Fille de ces héroïnes nues de sueur
Qui pilaient le mil arraché à la misère
Qui rythmaient au mortier les chants de leur labeur

Oui Rama vers vous montent les vers lumineux
De cette négritude aux coras nostalgiques
Les micros fêtent d’un tamtam tumultueux
Le retour africain sur le pont médiatique

Porté par la houle de l’actualité
Voici que revient le vieux navire maudit
Et ses cales de cargaisons d’indignité
Victoire sur la mémoire de l’infamie

Mais Rama même les miroirs peuvent mentir
Comme cette eau morte où sommeille le saurien
Les sorciers ne sont sourciers que pour mieux croupir
Des eaux troubles pour les vaudous politiciens

Muse télégénique ne restez pas sage
Comme une image cache texte ou un grigri
Sur mesure pour les marabouts du verbiage
Et leurs slogans faisandés aux relents aigris

Rama mon cœur fourbu de vieux conteur a peur
Que vous ne soyez que le plus bel alibi
L’exotique gazelle escorte des vainqueurs
Papier glacé qu’on exhibe puis qu’on oublie

Oui je vous aime vous Ramatoulaye Yade
Parce que vous êtes déesse éclaboussante
Mais moi je suis éconduit par la débandade
Dont vous êtes Madame l’amazone ardente

Mes cordes usées se pincent d’amer dépit
Vénus de l’autre rive ô beauté ennemie
Sur la cendre des terres dévastées d’ici
Repoussera par nos mains un nouveau semis

Une aube renaissante effacera la nuit
Demain les Gaulois dégrisés vous feront choir
Oui Madame notre savane ne verdit
Pas sous le capricieux soleil du même espoir

***

16. LETTRE A RAMA (2)

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(accompagnement : kora, djembe et voix africaines)

Madame
Je dois vous l’avouer
Nous ne sommes pas
Du même village
Du même marigot
Et nos traces partent
Vers des savanes
Qui ne brûlent pas
Du même feu

Mais
Ramatoulaye
Ma voix fatiguée
De vieux griot
Veut vous dire
Pourtant
Que vous portez
Par votre sourire
Tant télégénique
La cohorte lente
De ces femmes debout
Qui hissent sur leur tête
La survie des leurs
Qui pilent de leur sueur
La part de mil
Qu’elles arrachent à la misère

Oui Rama
Vers vous monte
L’écho tumultueux
Des vers lumineux
D’une ancienne négritude
Car vous êtes
La statue médiatisée
Que sculptent les tamtams
De l’actualité
Vous ramenez
Sur le pont télévisé
Le bois d’ébène
D’un navire maudit
Qui revient au port
Originel

Mais madame
Le miroir peut mentir
Comme l’eau morte
Où dort le saurien
Les paroles que l’on filme
Sont de vieilles magies
Et les ensorceleurs
Vivent de leurs promesses
Rama ne marchandez pas
Contre une photo bien prise
La mémoire décillée
Des cités dévastées
Ne soyez pas l’image sage
Le masque magique
Le gri-gri grisé
Le cache texte
Des fétiches insidieux
Des marabouts modernes
Et leurs slogans faisandés
L’avenir est un piège à sourire
Et le mentir vrai ne dure
Pas plus qu’une pluie
Avant que ne vienne l’hivernage

Oui Rama
Je ne suis qu’un conteur
Inconnu
Au cœur compliqué
Amoureux de ce que vous êtes
Défait par ce que vous êtes
Et mes remords ne sèment
Que des regrets
Qui poussent
Sur de la mauvaise brousse
Je chante pour les perdants
Et vous
Vous illuminez nos vainqueurs
Mes cordes pincées
Grimacent leur dépit
Pendant que vous êtes
L’impensable horizon
Des Gaulois hypnotisés

Mais Rama
Sirène de l’autre rive
O beauté ennemie
Ecoute ma corde usée
De vieux griot vaincu :
Les promesses laissent
Un goût de cendre
Sur les blessures déçues
Des serments trahis

Or nous guetterons
Patients pisteurs
L’aube inévitable
Et son petit matin neuf
Car
Madame
Nos savanes
Qui divergent
Ne verdissent pas
Du même espoir

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***

15. Moiteur

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L’horizon se dévoie sous le vent des arpèges
L’orchestre du soir attend le sang du cygne
Ma déveine devine comme une vieille guigne
Que le chœur déclame la fin des sortilèges

O mes mots voudrez-vous remonter le manège ?
Vers quel ailleurs s’ébroue la symphonie des signes ?
– O soupirs moites que d’obscurs serments assignent
Dans des éclats d’instant que le temps désagrège-

Sculptons sous la treille -le pampre s’y protège-
Une frise de vers aux parfums de solfège…
Aveugle miracle pour une muse indigne

Acceptons donc enfin le feu fou qui nous piège
Dans la vendange nue d’une éternelle vigne
Et quêtons sans cesse le spasme sacrilège

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***

14. TOUJOURS DU COTE DES PERDANTS

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Un parfum de cendres
Envoie son baiser âcre
Et le vent essuie de pluie
La suie aigre et suintante
D’un arc-en-ciel déchu
Le soleil tord son mouchoir
Et essore de reflets moroses
Un même horizon sans saveur

Toujours du côté des perdants

La colle noctambule dégrisée
D’une virée d’affiches
Sèche ses remords de glue
Sans le moindre lendemain
Les mots magiques d’hier
Comme des arpèges fleuris
Sur la portée naïve de nos mains
Se chiffonnent dans l’oubli
D’un tas de sourires déchirés

Toujours du côté des perdants

Les paroles les hyperboles
Les prosopopées les proses homériques
Les poses héroïques les exordes
Les serments les pactes les tracts
Et les chapelets de promesses
Psalmodiés en rituels télévisés
Au bout des bras des lèvres
Des poings des propos brandis
Sur une mer émue de regards chavirés

Toujours du côté des perdants

Chiffres calculs courbes
Pourcentages de mensonges
Estimations de rêves promis
Instituts de prédiction
Nouveaux devins antiques
Sondant dans les tripes
Des statistiques décortiquées
L’âme vendue du futur
Et ses remugles de charpie
Dans les serres voraces des rapaces
Aux slogans de chloroforme

Toujours du côté des perdants

Reddition de vingt heures
Quand l’urne a vomi
Sa honte pâle en suffrages
Et fait son décompte amer
A l’envers du printemps
Silence des rues ivres
Des souvenirs d’avant
Quand la liesse lissait le pavé
Et que depuis le métro labyrinthe
Marianne tirait de son fil rouge
Un chant intense d’où montait
L’immense marée de l’histoire

Toujours du côté des perdants

Oui tant pis tout est dit :
« Ils ont voté et puis après »
Léo hurle encore notre dépit
Nous les cocus favoris des scrutins
Oui défaits nous nous perdons
Dans les dédales de notre mémoire
Ils ont proclamé du haut de leur morgue
Nos vainqueurs illuminés
« Mai 68 est liquidé »
Alors oui liquéfions-nous
Viens mon amour ruisselant
Voguons vers un éternel 69
Et faisons de nos lits d’aurores
Un demain toujours meilleur

Qui ne sera jamais perdant

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***

13. DESTIN

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Femme
Tant de mythes
Tant d’images pieuses
En cavalcades de mots déclamés
Sur tant de vers éblouis

Vierge à la bure de bleu sur le sang crucifié
Vestales d’aube pure couveuses des feux interdits
Pucelle à l’oriflamme déchirée d’horreur et de cendre
Sirènes aux chants épiques pour les naufragés du désir
Muse dont la lyre délie le silence d’un poète inconnu
Amazones aux bras d’aciers bardés d’insolence nue
Walkyries des cors échevelés aux chevaux de cuivres
Princesse people sacrifiée aux amours interdites
Reines d’Outre-manche aux vertus dictant leurs verdicts
Déesse païenne née de l’écume moite de nos mots étoilés
Héroïnes solitaires dans l’ombre sourde des combats inconnus
Et Eve notre mère immatérielle -dit-on- du début de tout

Mais
Là maintenant
Au bout du bout
Présidente
Enfin ?

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***

12. SEMAINE SAINTE

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Voici venir la semaine sainte
Celle du souvenir

Oh pas de croix ni d’épines
Pas de sang sur le cœur
Sur des membres écartelés
Que la mort raidit

Mais des images pieuses
Aux corps d’or extasiés
Aux chorus exhaussés
Aux flammes nouées
Comme des buissons
Ardents

Mais les icônes
Siègent dans l’ombre
Des mémoires trahies
Et les psaumes qui montent
Des paumes perdues
Sont des vœux pieux
Qui tombent
En pièces
Au pied d’un cierge
Triste de cire

C’est ma semaine sainte
Celle des souvenirs vivants
Qui ressuscitent
Le temps d’un printemps
Et qui meurent
Dans l’éclat veuf
Insaisissable
D’un vers que valse
Un pétale
Flamboyant
D’un hier
Evanescent

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***

11. LE PRETENDANT

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Ivre de la houle qui hurle fier offrant ses mots au vent
Sûr le verbe gonflé de foi en soi l’égo arrogant
De son sourire froid il vend un chèque en blanc
Pour solder d’une traite ses promesses d’avant

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***

10. ADIEU L’ABBE…

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Adieu l’abbé
Je n’étais pas de ton chemin
Pas de Croix à croire
Pas de calvaire
Pas de miracles
Pour mes pas ordinaires
Mes itinéraires solitaires
Mes vers perdus
Sur une toile sans âme

Rien n’est dit
Ni la fin ni le début
L’infini se perd
Dans le dédale des psaumes
Des versets
Des litanies

Mais curé
Toi tu étais debout
Brut de vie et de roc
A travers la froidure
Des égos repus
Et le silence béat
De tous les cagots
Emmitouflés

Mais curé
Toi capé de bure
Et de pure volonté
Buté de verbe
Face à l’absurde
Des vies oubliées
Des délocalisés
Du caniveau

Tu t’es battu
Seul
Et puis la foule s’est levée
Et tant pis pour les mitres
Aux dorures de travers
Et tant pis pour les sinistres
Les pitres des pupitres
Les ministres
Et tous les médiateux

Tu a creusé un sillon fier
Parmi la glaise humaine
Piétinée de dégoût
Dépenaillée
Dégoupillée
Boueuse d’indignité
Délavée de misère
Usée désabusée
La cohorte des cocus
Du destin
Or pour eux
Rien que pour eux
Tu as inventé
L’horizon

Alors tant pis
Si je n’y crois pas
Mais on rêvera
Un Paradis pour toi
Car plus petit des petits
Tu fus et resteras grand
Dans le Panthéon
Trop froid
De nos mémoires
Interpellées

Adieu
L’abbé

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Poème lu en public, à l’espace Monpezat, lors d’un « lundi des poètes » de la Société des Poètes français, le 26 février 2007.

***

9. JOUR DE NEIGE

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De quel hier noirci
Se lave ce blême aujourd’hui ?
De quel liquide livide
Se maquille cet hiver atone ?
Est-ce le passé qui suinte
De son pauvre givre amer ?
Sont-ce nos regrets qui flottent
En flocons de larmes inutiles ?
Sont-ce nos promesses perdues
Qui fondent en tapis terne
Sous nos pas épars ?
Nos moments perdus
Perlent-ils en glace fragile ?
Nos illusions nos anciens essors
Nos vols incertains
Nos partances nos retours
Nos amours nos errances
Ne sont-ils donc que tristes traces
Frivoles fugaces et froides
Que le vent marchande
Au hasard ?

Page blanche pour nos pas futurs
Tu es le brouillon incertain
Où s’écrit demain
Comme un entêtement d’arbre
Qui quête
De ses gestes gelés
L’an neuf
Et son tour de printemps

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***

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8. Une pluie de papillons mauves

Comme des notes de musique
Evadées d’une portée magique

Et les mots amis se meuvent
Sur le lit ému de la rivière
Au long du courant lent
Des souvenirs sucrés
Et du temps qui passe

Babylou
Comme un refrain rock
D’un tube d’antan
D’Elvis ou de Berry

Babylou
Tel un écho psychédélique
D’une guitare échevelée
Dans un baiser bleu
Sur un ruban de blues

Et une voix déroule
Son solo rose
Tout en tendresse…

Poème édité sur le site « Tout en tendresse »

***

7. CREPUSCULE

L’harmonica saignait sa nostalgie rouillée
Le saxo bégayait son soleil en mineur
Tandis qu’à la portée des feuilles dépouillées
Une symphonie achevée flambait ses fleurs

Je vois toujours ton visage si lourd d’aurore
Je respire toujours le tempo de tes mots
Et tes lèvres pourprent mon horizon encore
D’un long coda qui se meurt de son crescendo

Solo de guitare sur un rock de remords
Silence de slow quand le ciel se détériore
Et tombe de mauve dans un riff d’artifice

Mourir pour renaître d’un poème morose
D’un baiser naïf que l’aube métamorphose
Arpège transfiguré qu’un vieil espoir bisse

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***

6. AVANT LA FINALE

Loin des soucis de gris
Et leurs antiennes moroses
Qui reviendront
Loin des heures maussades
Et leurs parfums sombres
Qui repasseront
Loin de l’ennui livide
Et ses odeurs incolores
Qui renaîtront
Loin de l’écho mort
Du temps qui s’efface
Et puis qui s’en ira
Loin de tout le sommaire
D’un monde sans saveur
Aux remugles de cendres
Que le vent bientôt
Rapportera

Sur son balcon étroit
Triste et terne
Au milieu des rares fleurs
Qui brodent son horizon
Son cœur vole
Sur la houle dérisoire
D’un drapeau planté
Et qui flotte
D’espoir discret

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***

5. FETE

Le monde monte en ballon

Nous dansons sur des dribbles
Chaloupés qui déhanchent nos vies
Des tangos bleu argenté
Sur des transes de samba
Un arc-en-ciel auriverde
Lézarde d’un sourire les favelas
Les blonds sont blacks
Les gaulois beurs
Et les rues ouvrent leurs torrents
Où roulent des rires de fêtes
Magiques comme des miroirs
Aux facettes kaléidoscopiques
D’un monde décillé qui se voit et
Et qui d’un simple coup de pied
Soudain se dessine
Beau
Lumineux heureux
Comme un horizon de trajectoire flottante
Comme la danse des corps
Dans des gerbes de gestes statufiés
Dans ces photos
D’éternité
Héros aux lauriers dorés
Beaux comme l’athlète antique
Mondialisé en paillettes
En confettis de cuir
Qui volent
Vers cet enfant aux pieds nus
Qui
Sous le silence du soleil
Caresse son rêve en rond

Le monde est un ballon

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***

20 avril 2006

4. FIN DE FORFAIT

Ce n’est qu’un clic
Un simple clic
Et choient ainsi
Comme un coquillage clos
Dans la nuit mouvante de la toile
La marée des mails sans écho
L’algue alanguie de ton corps
Nos anciens baisers soldés
Scellés
Dans l’huître de ton silence
Sans appel
Et ma mémoire
Qui divague d’écume
Et de roulis rieurs
S’en va essorer ses souvenirs
En sourires chromos
Et leur mousse amère
Que le sel du sable sèche
Et que le vent évapore

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***

3. FRISSONS

Tu es loin
Si loin
Trop loin

Mais ta voix
Comme un écho doré
Dans ce coquillage portable
Déploie en moi
Une plage sensuelle
Où s’allonge ton sourire

Il pleut
Il pleut sur nos villes
Sur nos vies
Sur nos envies
Des slogans dégoulinent
Des murs barbouillés
Façades défigurées
Des tags sans futur

J’entends ta voix
Et je sens
La buée de tes mots
L’aurore rose
D’anciens baisers
Et leurs lèvres
Déshabillées

Il crie
Il crie sur nos rues
Sur nos bitumes
Sur nos rancunes
Des pancartes avancent
Des promesses reculent
Discours analphabètes
Des micros menteurs

Je rêve de toi
Je nous revois
Nous en nous
Statue vaudou
Des magies nouées
Des mots imbriqués
Serments encastrés
Des chairs à vif
Au feu de nos nuits
Incendiées
D’un soleil secret

Il paraît
Que c’est le printemps
Nos saisons
S’entêtent
Et le temps se moque
De lui même
Il s’en va
D’un bon vent
Où il veut
Mais toujours
Du levant
Au couchant

Or enfin
Il faut que tu saches
Que la moindre parcelle
De ce vieux soleil
Qui me touche
Me donne
A jamais
Le frisson de toi

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***
2. LOGHORREE

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A quoi bon t’écrire ? A quoi bon écrire ?
A quoi bon souffler sur les cendres
Des émois d’autrefois bien consumés
-D’un impavide froid silencieux et sec-
Aux feux jaloux de nos soleils secrets
Sur nos peaux de promesses brûlantes
Caressées de serments qui crépitent ?
Il s’est tu le foyer de ses bûches chues
A quoi bon essouffler ma buée glacée
Qui se perd dans le brouillard givré
D’un présent pesant de béton et de glace
D’un mur fade sans aspérités où vient cogner
L’écho meurtri d’un vieil hier en suie ?
A quoi bon remuer les poussières grises
Du brasier défendu où danse un baiser ?
Oui à quoi bon ? Je sais déjà la vanité
Des pas qui reviennent sur les plages mornes
Que la mer a lavées de son amertume têtue
Et le promeneur se perd en errances trompeuses
Les chemins d’autrefois n’ont rien raviné
Que l’odeur renouvelée d’un sel marin
Que ravive l’inlassable éternité des marées
Je sais qu’on ne remonte pas le courant
Que le temps emporte les mains lâchées
Les rires les ébats cachés les désirs volés
Le plaisir échangé dans un larcin de bonheur
Le temps est un flot acide qui nous efface
Et tout retour est utopique comme la neige
Sur la paille dont se coiffent les Tata Somba
Illusoire comme les histoires de Mamy Wata
Inutile -sans doute- comme mon verbe en chapelet
Tu vois c’est la seule litanie qui me reste
Comme un Petit Poucet je pose mes vers
Et je tente l’impossible retour mythique
Et par mots et par chants comme Orphée
Je repars sur mon clavier déverrouillé
A la recherche d’une Eurydice d’ébène
Emportée dans la nuit des souvenirs
Dans le royaume vaudou des esprits
Que l’amour a mordu de sa chair
Eperdue et qui repartent à la quête
De ce qu’ils ont aperçu l’espace d’un instant
Ce volatil moment d’extase cet imperceptible
Parfum épicé qui vous saisit dans
Son essence et vous fait perdre les sens :
Le bonheur -oui le bonheur- l’affreux bonheur
-Cet effroyable fantôme du bonheur frôlé-
Oui je reviens vers toi parce que tu le tiens
Parce que ta magie l’a gardé dans tes reins
Parce que ta grâce l’a gardé dans tes seins
Parce ce qu’il s’illustre par ta beauté
Dans la statue épanouie de ton corps
Dans le sourire irradié de nos frissons
Je reviens sur le lieu de mes (nos ?) joies
Et je reviens vaincu par mon orgueil
Par mes grotesques malédictions
Par mes paroles ridicules de mépris
Et je reviens jeter au pied de la reine
Amazone souveraine ma demande
De pitié de pardon d’amnistie de vie sauve
J’offre au couteau de ta revanche
Les larmes de rage de mon aujourd’hui
Défait d’ennui de grisaille et de pluie
Je ne suis qu’une ombre banale
Dans la foule effarée abrutie du bruit
Des fausses promesses de l’électricité
Des slogans dénaturés où explosent
La morgue la fatuité et l’immense
Arrogance de ce pauvre Occident
Qui n’est que le pitoyable accident
D’une histoire atrophiée estropiée
Et qui croit encore au pouvoir d’avoir
De posséder de détenir d’accaparer
De prendre plus encore et toujours plus
Et moi je me suis dépossédé de toi
Je ne suis qu’un piètre hère de hasard
Et ma vie n’est qu’une mécanique
Abstraite au milieu d’une houle incolore
Qui revient chaque matin aussi triste
Alors que toi sirène heureuse tu danses là-bas
Au bord de la dentelle irréelle que cisèle
Le ciel d’un éternel été sur le tissu soyeux
En pagne royal d’or toujours déployé
Je sais que je ne suis plus dans tes pensées
Je sais que tu es mère accomplie maîtresse
De ton destin dressée fière et forte
Sur le berceau sûr du lendemain
Et notre forfait ancien dont tu fus
L’active complice –ô mon plus beau
Hold-up mon casse du siècle
Mon cambriolage pour toujours sacré-
N’est plus qu’un conte trop vieux
Qu’on n’ose même plus dire à la veillée
Je sais que tu as repris le chemin droit
De rectitude morale vers le futur radieux
Je sais que je suis à jamais perdu de vue
Et pourtant et pourtant et pourtant
Je reviens vers toi et je n’y peux rien
Je suis ce revenant mauvais perdant
Qui vient te tirer les pieds au matin
Pour vouloir reprendre le film où
La nuit ingrate l’avait abandonné
O ce grand manguier concupiscent
Qui nous couvait de ses lourdes verdeurs
Dans ce silence moite au zénith de sueur
-Perles salées d’une pureté d’extase-
Quant le monde se terre dans l’antre
De l’ombre radieuse et savoureuse
-O ton corps comme une récompense
Du soleil comme une œuvre à jamais
Inachevée dans mes mains tremblantes-
Pardon de revenir te hanter de si loin
Et dans l’espace et dans le temps
Pardon d’être encore à la remorque
Des instants que tu as déjà vidés
De ta mémoire comme une eau trop usée
En bonne ménagère sans égard pour
Tout ce qui peut polluer ton intérieur
Impeccable de femme et de mère comblées
Pardon donc de cette irruption encore
-N’ai-je donc aimé que par effraction ?-
Dans ton bonheur bien propre et présent
Mais néanmoins malgré tout et en dépit de tout
S’il reste au fond de toi –fol espoir-
Une imperceptible poussière dans ton œil
Une insoupçonnable brume dans ton regard
Une impensable tache sur ta nappe tendue
Un improbable pli sur tes draps nuptiaux
Alors sache que là-bas aux pays des Blancs
-Qui reste cet horizon de tant d’Afriques
Perdues dans des déserts d’infamie
Avec la mort pour seul titre de séjour-
Il reste mon cœur ouvert à jamais ébréché
Qui campe en équilibre sur quelques rêves
Et qui se souvient dans le ciel qu’il pleure
Du plus beau fragment de vie qu’il ait vécu
Et qui cherche incorrigible dans les étoiles
Celle qui pourrait parfois te ressembler
Et à qui il envoie en diarrhée verbale
Un torrent de mots jetés dans cette bouteille
Que la mer des mails enverra au hasard
Sur la plage de nos souvenirs en espérant
Que parfois seule –ou ton enfant à la main-
Tu t’y promènes pour que tes yeux tombent
Sur ce rêve sans doute éteint pour toi
Mais qui brûle -vois-tu- toujours en moi
Comme une ancienne promesse du soleil

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***

1. DEUIL

vingt-ans.jpg

Au-dessus

Des têtes décapitées de peine
Des murs lancinants d’encens
Des sanglots psalmodiés
Des paroles définitives
Vaines comme des fleurs coupées
Des parfums fanés de larmes
Des lourdes gerbes d’orgue
Du verdict froid du silence

Là-haut
Près du toit

Effaré
Indifférent
Un oiseau
Frivole et vivace
Volait

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Un commentaire »

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    Commentaire par Abdul Diviney — février 26, 2012 @ 12:07 | Réponse


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