Mots dits vers

LE GONE (2003 – 2005)

SOMMAIRE

1. Lugdunum
2. Ode à Sonny
3. Canicule
4. Coup de sang
5. Fin d’été
6. Sonnet de septembre
7. Crédit épuisé
8. Eclaircie
9. Ballade des faussaires du bonheur
10. Poème gnangnan
11. Kamikaze
12. Prix Nobel
13. Nuit d’octobre
14. Un remord vaut dix regrets (Ballade en « or » et en « ai’)
15. Pantoum d’automne
16. Sonnet de novembre
17. Centième
18. Bambi
19. Paysage d’automne
20. Appel
21. 8 Décembre
22. Prix Nobel (2)
23. Soleils
24. Salsa
25. Soleils perdus
26. Soleils perdus (2)
27. Nuits de fête
28. Espoir
29. Sonnet d’avant réveillon
30. Sonnet des bonnes résolutions
31. Bon anniversaire
32. Sonnet de soleil
33. Terroir
34. Ballade pour la Saint Valentin
35. Sonnet sans Valentin
36. La nuit je mens (inspiré d’un titre d’A. Bashung)
37. L’espoir
38. Un tricheur
39. Mourir à Madrid
40. Poisson d’avril
41. La lettre du soldat Garcia
42. L’oubli
43. Ballade de l’éphémère
44. L’ennui
45. Tartuffe est nu
46. Ray de lumière
47. Sois heureuse
48. N’appelle pas
49. Profanation
50. Qu’est-ce qui me reste à dire
51. La pluie
52. Paysage
53. Mangues sanglantes
54. Rokia
55. Nouvel an
56. Mes mots
57. Une voix
58. Polyandrie
59. Oui
60. L’amante
61. Canicule N°2
62. Pourquoi
63. Fantasme
64. Faux rendez-vous
65. Taizé
66. Sonnet d’automne
67. Dialogue de sourd

***

1. LUGDUNUM

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Dans sa gloire de marbre
Cette ville mosaïque
Fut la prime des Gaules
On la nommait alors
Lugdunum

Oui je fus je sais infidèle
A vos pierres où brûlent
Les cendres des martyrs
A vos tables où se grave
Le nom de l’imperator
A vos âmes latines
Matinées de gauloiseries
Au lion de Blandine
Repus de respect
Devant la blonde allégorie

Infidèle fut mon destin
O patrie de Louise
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Et vos sonnets de licence
Que mon cœur déclamait
Aux pucelles promises
Alors qu’un simple baiser
Les blessait d’amour propre
O madame Récamier
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Vous qu’un sofa fige en peinture
Vous aimée des poètes
Aux phrases d’orage
Aux violons de mélancolie
Mal aimée peut-être
Moi je suis à vous au-delà de la toile
Et mes yeux toujours adolescents
Plongent leur désir
Depuis si longtemps
Dans le tulle osé
De votre décolleté
Où vont se nicher les étoiles
Qu’allument vos yeux
En éternelles promesses
Qui hantent mon temps perdu

Infidèle l’écho de mes pas
Sur les pavés adolescents
Dans les traboules intimes
Où mes mains glissent
Sur des seins timides
Ces tours roses où les pigeons
Nous guettaient en gloussant
O mon vieux Saint Jean
Ame de mes nuits humides
Au vin des vendanges de joies
De pleurs ou de vers dans des chants
Aux libations libidineuses
Aux relents aigres de mémoires bues
Jusqu’à plus soif
Et au-delà

Et me voici revenu
Sur tes balcons ocres le tourbillon pétrifié
De tes escaliers sombres
Patrimoine posé renommée estampillée
Mémoire des papilles
Gastronomie amoureuse des amantes
D’avant l’exil
O ma cité Renaissance le sais-tu
De mon temps la rumeur te boudait
Aujourd’hui tes bougies qui tremblent
Un soir de décembre
Explosent au laser la basilique embrasée

Oui je suis fidèle
Car je porte en moi
En étendard de houle
Les clameurs de ta foule
Des canuts martyrs
A Jean Moulin trahi
Les plaies qui cicatrisent
Dans l’allégresse des liesses
Et des rires gamins
Complices de Guignol
Et de sa farce ravigotante
Contre le gendarme balourd
Avec compère Gnafron au nez ruiné
Nageur émérite du troisième fleuve

Là où je plonge mes vers
Pour les lever vers toi
Ma fidèle
Lugdunum
Depuis l’éternité des pierres
Que le temps impose
Sur tes collines embrassées
Par l’horizon des Alpes
Et le vent du midi

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***

2. ODE A SONNY

La terre est ronde comme une samba
Et quand tu danses
En inventant des nouveaux pas de feinte
Ta houle déhanchée tourne la tête
Au ballon
Et c’est un carnaval de confettis
Pétillant d’étoiles de joie
Qui tombent en paillettes
Sur les yeux des enfants
Et les cris vainqueurs
D’une ville éprise
D’une guitare brésilienne

Les souvenirs des favelas
Des larcins obligés de la survie
Ont fait de toi le chapardeur
Des gloires inattendues
Une escroquerie de dribble
Un dos retourné en ciseau
Comme pour couper le jarret
Aux indécisions du sort

Les chants de Gilberto
De Baden
De l’âme noire des enfants de Pelé
Aux lancinantes notes de mémoire caféinée
Te font tracer dans les soirées de lumières
L’impossible équation providentielle
De la beauté brute du but
Dans l’étincelle immatérielle de l’instant artiste
En un geste toréador
Au milieu des larmes de liesse
Pendant que tu danses
La rumba des victoires

Pardon vieux grand roi
A la fonte assise sans étriers
Au milieu de ta Bellecour
Si je te demande de descendre enfin
De ce destrier inutile
A ta gloire bien apprise
Pour y hisser
Trois trophées en main
Notre nouvel imperator
Dont les tables claudines sont gravées
Sur des souvenirs de pelouse électrisée
Et ces manifs de minuit
Jusqu’au triomphe des Terreaux
Quand Guignol devenu lusophone
Frappe de sa foudre
Les filets frileux du destin

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***

3. CANICULE

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Sur nos sueurs de crèmes mates l’été
S’invente des stations en croix de mercure
Les amazones éventées se fardent à l’ozone
Le ciel se plombe de leurs effluves fauves

Canicule

Horizon de sang aux casques incandescents
Un par un tombent les cow-boys orphelins
Chapelet des causes perdues pour prières tombales
Dans l’ombre destructrice des armes invisibles

Canicule

La centrale bardée de sécurité prend sa douche
La serre secrète de la mort se préserve du chaud
Pour couver le souffle fou du champignon vorace
Qui boira en bouillon les brouillons de nos déboires

Canicule

O tragiques les cris de nos pins échevelés de feu
Quand les soldes noircies de nos terres marchandées
Se coiffent d’une soie de cendres chèrement acquise
Sur l’amer souvenir vert des vieux arbres vendus

Canicule

O les beaux hérauts libéraux O les héros bobos
Léthé le grill de l’été leur fait supplier la sébile publique
Quand le rouge mange les tignasses des montagnes
Et que la camarde fait ses courses à l’hyperthermie

Canicule

Entends choir sans bruit nos branches chenues
Entassées dans des asiles aux soupirs d’absences mornes
Quand s’en vont pour un ultime vol leur âme suffoquée
Leur cœur s’éteint surbooké dans les frigos de la fin

Canicule

O féerie moderne où succombent seuls les vieillards
Bois ancien trop sec donc abandonné du destin
Face à l’urgence revenue de leur silence veuf
Sous les larmes hilares d’une incrédule Afrique

Canicule

Afrique mon Afrique les voici face à ton Sahel
Et les ramassis de troupeaux vont pillant la paille
Voici leur confort inné déchiré de surchauffe
Et ce monde aseptisé se prend à hurler qu’il meurt

Canicule

Mon pays fameux avaleur de feu dans les foires
Un Astérix agricole reverdit en potion médiatique
Face aux casques anciens des légions déroutées
Les mots torrides d’hier resservis sur un plateau

Canicule

O Larzac assoiffé de tant d’antique mémoire vive
Ranime la flamme des prophètes des étés d’antan
Pour chanter sur les tréteaux de l’éternel retour
Que les utopies errantes s’achèveront en raves

Canicule

O tamtam moite des fétiches né de l’incantation des pluies
Espérance ruisselante des corps outrageant l’orage
Quand un peuple d’orgie nue se met à danser ivre
Dans des pas délavés d’Afrique O Occident accidenté

Canicule

O chante été tout zouk l’autoroute est la plage
Et voici qu’immobiles s’animent les automobiles
Soûles d’être en bouteilles et qui s’en reviennent
Grisées des torpeurs mordues d’une hargne météo

Canicule

Ma pauvre dame nos saisons ne sont plus de saisons
Or voici que l’hiver scelle de gel nos voix tue
Or voici que l’été habille nos peaux pâles d’or pur
Et alors assaisonné mon pauvre pays perd toute raison

Canicule

Fin de forfait l’encre politique sèche en août
Mais voici sur la croix de feu de l’assomption
Les chaumières qui ruminent dans leurs chaudières
Les lendemains où les rues rouleront de haines rougies

Canicule

Quand tristes cires les ministres se lèvent de sieste
Pour le feu d’artifice final de ce festival estival
Que vient leur jouer le chœur sans intermittence
De la tragédie sourde des octobres qui hurlent

Canicule

Du fond du four consacré des congés brûlés
Notre avenir chaud sera un show en feu de paille
Quand sur l’automne au regain roux de colère
Les revanches sociales crues crépiteront en vain

Canicule

A poings perdus le chanteur gauche n’a plus de voix
Il a séché d’un KO glauque ses fleurs électriques
Et menottée sur les ruines baltes de son silence
Erre la mémoire déçue d’un refrain hors de raison

Canicule

Sur l’incandescent bûcher de tes hanches
Montent en brasier ardent tes baisers attisés
Et moi lave avide de fusion je me fondrai en toi
Sous l’étincelle lascive de tes yeux volcans

Canicule

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***

4. COUP DE SANG

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« Sur mes cordes se pendent des héros amers
A travers le brouillard où se nimbent mes vers
Ma guitare me soulève au delà des houles
Et je suis un marin qui marche sur les foules
En pleine tempête quand claquent les clameurs
Je me vends en chanson comme on offre des pleurs
Lorsque les riffs m’embarquent sur leurs ondes rauques
J’entends Morrison shooté debout sur son rock
Oh ! amie je suis sur la mer mauve de ceux
Qui d’un simple arpège ont écarquillé mes yeux
Je vois Léo qui harmonise sa mémoire
Drapé d’un velours de voix aux longs refrains noirs
Amie je sais le poids des paroles publiques
Et je vilipende les voleurs de musique
Je dis leur vérité aux pantins médiatiques
Je fais rire jaune les vautours cathodiques
Crachons sur ceux qui marchandent tout même eux-mêmes !
Messire Messier j’ai piétiné ton diadème
Oh ! mon amie je veux vivre en un autre monde
Viens ! luttons contre l’enfer du fric et sa ronde !
Mon drapeau de couplets face aux hordes fascistes
Pour un chorus en canon altermondialiste !
Je veux que dansent sous le tempo de mes notes
Tous les sans papiers tous les cocus des banknotes
Je veux qu’on se souvienne de ce mois d’avril
Quand la République ne tenait qu’à un fil
Et que nous l’avons portée au vent de nos voix
Cette satanée vieille coquille de noix
Liberté ! Mon amante éperdue ma divine
Mon souffle vif mon envie pure d’aubépine
Comme une aube d’or ourlé d’où renais l’aurore
Quand la nuit se dévêt de toute métaphore
Oh ! mon seul amour ma fée au passé défait
Viens ma mie nos vies feront un futur parfait
Viens voguons à deux sur la nacelle complice
Où soufflent ces désirs que nos corps accomplissent
Oh ! tu es ma muse et ma musique absolue
Ma folie filmée sur un disque jamais tu
Je veux chanter en toi jusqu’au bout de mon rêve
Et semer dans ton corps ce que le temps achève

– Chéri je vais aller chez mon ex quelques jours
Avec les enfants j’ai besoin de repos pour…

– Quoi ! salope pute catin chienne traînée
Tiens prends ! Il ne pourra plus t’aimer qu’en apnée »

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Violences volontaires ayant entraîné
La mort sans avoir intention de la donner

**

5. FIN D’ETE

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Donc
On s’en est sorti du soleil
Epongé de peur
Essoré de sueur
Et revoici
Sur nos jardins noircis
La moue de l’ombre
Quand la brume griffe
Le ciel chancelant
De nos lendemains
Chargés

Soleil
Tu nous as giflés de feu
Tu as gercé les lèvres
De nos amours asséchées
Tu nous as mis à nu
Dans nos vies viciées
Nos solitudes inavouées
Notre égoïsme
Climatisé

O arbres chus
O vieilles branches déchues
O chênes chenus
Aux tremblements de feuille
A la sève en larmes
Qui s’affaissent seuls
Dans une nuit
D’abandon

O vieillesse ennemie
Dans l’infamie du vide
Silence octogénaire
D’une mort qui se tait
Qui se terre
Au bout de notre
Indifférence
Qui
Elle
A demi- nue balance
Son string
Devant le peuple empilé
Sur la langue
Des mers corrompues

Soleil
Tu mets au bûcher
Nos vies dépareillées
Nos messages formatés
Nos silences bavards
Nos mains sans poignées
Nos sourires sans retours
Nos amours masturbées
Nous sans autrui

Soleil
Virtuel héros
A l’évidence invisible
Sous ta cape céruléenne
Tu ranges
Ton laser invincible
Dans nos mémoires assoiffées
Or
Nous garderons congelés
Nos souvenirs
Dans les frissons des frimas
Puis nous plongerons
Glacés d’effroi
Après l’été
Dans le Léthé givré
De l’hiver qui se venge

Donc
Puisque
Nous sommes
Rescapés du soleil
Traînons nous
Alors
De saison en saison
Jusqu’aux caissons
Incinérés
Du néant

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***

6. SONNET DE SEPTEMBRE

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Allez ! Ramassons les mains coupées du soleil
Plongeons nos yeux clos dans une bruine d’oubli
Parcourons silencieux les sentiers du sommeil
Voici que le temps séché s’éponge de pluie

Allez ! Avançons dans les bois parmi la rouille
Perdons nous sans fil dans des dédales volages
Dans un labyrinthe de regrets en vadrouille
Creusons les sillons sûrs d’un fleuve vers l’étiage

Cendrés d’or et ventés d’odeurs ocres déçues
Vendus aux violons vantards de nos désirs chus
C’est ainsi que nous sublimons nos souvenirs

Feu sur la féerie marron des trois mois mornes
Feu sur les contes de l’avenir qui s’écorne
Feu nos noms sous la pierre du verbe finir

***

7. CREDIT EPUISE

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C’est ce même matin écrémé
Qui se traîne décaféiné
Dans un ennui que secoue
Ce RER aux spasmes vaincus

Le bonheur n’existe pas

Les souvenirs déchirés
S’assoupissent d’asphyxie
Dans la nuit insomniaque
De nos solitudes parallèles

Le bonheur n’existe pas

Les fantasmes reformatés
Dégrisent leur virtualité
Dans l’opacité du silence
Où s’égrainent les heures vaines

Le bonheur n’existe pas

Les sourires décomposés
S’amoncellent en gerbes de regrets
Au chevet de Vénus assoupie
Dans ce lit où mentent les baisers

Le bonheur n’existe pas

La nature infidèle se défile
Ses reflets chatoient de larmes
Sur ce train prosaïque qui s’efface
Comme un point à la ligne

Le bonheur n’existe pas

Vivre! Donc vivre pour presque rien
Avoir sculpté mes vers dans tes reins
Avoir soufflé mes rimes sur tes seins
Et savoir l’avenir plus vain qu’avant

Le bonheur n’existe pas

Mes étincelles miraculeuses
Mes nus d’autrefois sculptés de mots
Mes pépites éparpillées de mémoire
Je suis toujours votre chercheur d’or

Le bonheur n’existe pas
Seule la mort est programmée

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Poème publié (et commenté) dans la revue virtuelle « Ecrits… Vains? » de janvier 2006
***

8. ECLAIRCIE

Et les étoiles se sont froissées
Dans un arasement de ciel plombé
La lune sommeillait de son rire nu
Dans un silence crucifié de mots

Nous avions chevauché l’absence
Et perdu le chemin du sens
Au bout des cellulaires bornés
Saturés de messages indécents

Le visage de l’aube chavirée
S’est refait une mémoire neuve
Dans un souvenir ravivé
Au parfum des nuits veuves

Quel est ce chemin qui se perd
Au bout des mensonges sourds
Sur le doigt utopique du vent
Qui fait de l’espoir une girouette ?

A quel carrefour viendrai-je
Au rendez-vous du bonheur
Quand l’azur vantard se lézarde
Et que l’aurore avachie se tait ?

Tant d’images estampillées
Sans le flash-back promis
Tant de travellings gaspillés
Sur des écrans déshabillés

Oh ! je vous ai bu mes mânes
Jusqu’au plus soif de ma vie
Dans une sécheresse alanguie
Au fond d’un mirage désertique

Oh ! vous mes fresques déchirées
Mes tristes lambeaux de lambris
Dans l’antique palais anéanti
D’un ancien bonheur éparpillé

Partons d’ici quittons le temps
Le Titanic cherche son iceberg
Mes mots neufs seront ma bouée
Sur la glace vaine de l’oubli

O cœur écorché ô princesse inavouée
C’est toi muse ô étoile chiffonnée
Qui incruste sur le feu de l’horizon
Le pourpre unique du soleil levant

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***

9. BALLADE DES FAUSSAIRES DU BONHEUR

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Les membres sanctifiés explosent
Les corps sacrifiés du martyre
Quand la chair kamikaze ose
Déchirer de plomb ses délires
Ailleurs des bambins aux yeux verts
Récitent des rimes en chœur
Oh ! que Satan nous fasse taire
Tous ces faussaires du bonheur

La guerre murmure en sourdine
L’espoir n’est qu’une vieille lune
Qui déchire la Palestine
Dans les bombes de l’infortune
Ailleurs on tartine des vers
Qu’aux gamins on donne à quatre heures
Oh ! que Satan nous fasse taire
Tous ces faussaires du bonheur

Les charniers cherchent leurs vautours
Les charpies sanglotent de sang
Et notre charogne attend son tour
Au brasier futur du néant
Ailleurs de soi-disant trouvères
Nous asphyxient avec leurs fleurs
Oh ! que Satan nous fasse taire
Tous ces faussaires du bonheur

Muse nos amours adultères
Font se taire tous les censeurs
Pour nous Satan prend de faux airs
De vrai faussaire du bonheur

***

10. POEME GNANGNAN

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Il faut d’abord plein de fleurs
Etouffantes de parfum
Eblouissantes d’odeurs
A vous prendre le nez
Jusqu’au bout de l’arc en ciel

Ensuite il faut des éclats rires
Des rires d’enfant bien sûr
Des gamins qui gambadent
Des niares qui se marrent
Des gosses qui hurlent
Dans un concert émouvant
De blondeurs et de rêves
Dans des bisous de sucre
Qui vous collent comme
Une barbe à papa

Et puis des chants des rondes
Des flonflons en effluves de violons
De clarinettes de trompettes ou d’accordéons
Chorus sympathique
Des airs qui ne s’en donnent pas
Mais donnent à danser
A taper des mains
Claques rutilantes de cuivres glacés
Comme une omelette norvégienne
En fonte de musique

Et puis tout ce monde
La main dans le sourire
D’une même pas sautillant
En escadrille de cabris
Eparpillant ses cris
En oriflamme évidente
De bonheur affiché
S’en va
La la la lère
Contempler du même rire
– Oh! la belle bleue –
Au moment où le soleil saigne
Sous sa couette de deuil
– Oh! le beau champignon-
L’aurore magique et multicolore
Du feu d’artifice nucléaire
Et son bouquet final

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***

11. KAMIKAZE

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La lune Schéhérazade est ton cil fragile
Et l’horizon se dénoue dans ton regard d’aube
Où l’on voit se pâmer des parfums volatils
Qui marient de mille feux ambre et émeraudes

Or j’ose rêver sur ton front fleuri d’étoffe
Que tes pensées d’encens fondent quand vient la nuit
Que ton diamant secret serti de senteurs s’offre
Aux vents alanguis d’un lent poème infini

Où sont-elles donc enfuies ces légendes pieuses ?
L’Orient soulevait alors les muses heureuses
Des poètes de l’exil aux sonnets rebelles

Sainte terre où lascif le vent sculpte le temps
Quelle folie frappe les fées des vers d’antan
Pour qu’elles se tuent pour tout tuer autour d’elles ?

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***

12. PRIX NOBEL

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Madame
Vous êtes belle

Belle
Des ombres courbées
Aux yeux silencieux
Qui relèvent leurs larmes
Et demandent dès lors
Leur part du livre
Que commandent les mâles

Belle
Des sourires bafoués
Des désirs lapidés
D’infamie décidée
Ou bien brûlée vive
Au bûcher satanique
D’un honneur qui se veut mâle

Belle
Des corps courbaturés
Cicatrisés de plaies secrètes
Lézardés de soumission
Parce que locataire
En douleurs réitérées
Des saintes progénitures mâles

Belle
Par la parole dévoilée
Par la bouche démaquillée
Par la pensée debout
Qui dit ce qu’elle est
Nue dans l’aube assoiffée
D’une vérité enfin dévirilisée

Madame
Vous êtes belle
Au nom de celles
Qui bénissent dès lors
Du fond de leur nuit
Le nom de Nobel

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***

13. NUIT D’OCTOBRE

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Que ce vieil Alfred me le pardonne…

LE POETE

Muse amie ma vie est morne rien ne m’amuse
Sur le fil amer de mon ennui le temps s’use

LA MUSE

Hé poète mon ami
Déboutonne donc ton cœur
Pose ta peine sur ma peau
Et vois dans mes yeux
Le miroir lascif de tes vieux désirs
N’oublie pas homme de vers
Que je suis une chimère de chair
Et si funambule je cambre mes planisphères
C’est pour que petit trouvère
Sur la pointe hardie de mes seins
Tu oses poser enfin tes quatrains

LE POETE

Mais muse la pure métrique me censure
Et je crains de frôler le feu de ta césure

LE POETE

Hé debout l’ami
Ouvre plus grand tes métaphores
Je suis une statue au corps à sculpter
De longues caresses lyriques
Je suis une portée magique
Qui se secoue de musique
Un duo intime en chorus
Sur l’archet vibrant des frissons
D’un violent et suave violon
Où dénouées dansent deux âmes
Qui se donnent et se damnent
Je suis ce vivant brouillon
Où s’invente le poème de la Genèse
Dans des versets inversés

LE POETE

Muse tu me défais de mon habit de rimes
Et voici qu’en toi nu tel un vers je m’arrime

LA MUSE

Oui ami je jette tes rimes
Je défaits tes chevilles
Et tous tes oripeaux rhétoriques
Je t’offre en étoffe
Le vison luisant de mes reins
Sur l’hémistiche de mes seins
Oublie tes sonnets de sanglots
Et monte dans mon cœur sonore
Je suis une marée qui déroule
Son cinéma horizontal
Avec un mât d’artimon
Planté dans un soupir d’algue
Je suis la mer qui chante en toi
Comme un chapelet d’étoiles
La voie lactée qui s’ébroue
Et déplie sa traîne de baisers
Je suis à toi au-delà du moindre mot
Et je déborde d’allégorie
Afin de gonfler ton alexandrin
D’une unique syllabe
Pour que sur sept cieux
Il prenne douze fois son pied

LE POETE

Oh! ma muse aimée si ton feu brûle mon verbe
Comment versifierai-je mon amour en gerbe ?

LA MUSE

Mon amour ton plus beau poème est notre spasme
Quand tes clichés usés explosent en orgasme
Nos cris primaires qui montent à l’unisson
Valent mieux que toutes tes rimes sans raison

***

14. UN REMORDS VAUT DIX REGRETS

(Ballade en « OR » et « AI »)

Si déchu l’or sourd du soir se tait
Au chevet ému d’une autre aurore
Si des accords aux baisers parfaits
Sur l’archet des symphonies du corps
Font un sort aux souvenirs défaits
Je remets mon rêve en rime encore :
Mieux vaut un remords que dix regrets

Mon trésor oublie tous ses billets
Et mes couplets ont perdu leur cor
L’Opéra retors du vent mauvais
Souffle à jamais mes fées météores
Mémoire sonore d’un cœur abstrait
Mes vers surfaits clameront encore :
Mieux vaut un remords que dix regrets

Sur ta peau alors mes mots posaient
Un secret que je me remémore
Que je restaure par mes bouquets
Sur les reflets de mes métaphores
Mon coffre-fort est plein de sonnets
Qui bien qu’imparfaits brûlent encore
Mieux vaut un remords que dix regrets

Je vous soumets ce confiteor
J’élabore sur d’anciens fumets
Un parfum frais qui prend son essor
Mieux vaut un remords que dix regrets

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***

15. PANTOUM D’AUTOMNE

Face au spleen languissant que délave le temps
Face à l’horizon humide de notre ennui
Que reste-t-il à boire aux vers de nos envies ?
Que reste-t-il à voir au ciel de nos écrans ?

Face à l’horizon humide de notre ennui
-Ce passé imparfait que conjugue le vent-
Que reste-t-il à voir au ciel de nos écrans ?
Les traces livides de nos anciennes nuits

Ce passé imparfait que conjugue le vent
C’est un saxo moite qui s’enivre de pluie
Les traces livides de nos anciennes nuits
Fondent sur le jusant de mon cœur ruisselant

C’est un saxo moite qui s’enivre de pluie
Lorsque tes hanches mues par leur sourire lent
Fondent sur le jusant de mon cœur ruisselant
Pour submerger de voix lactée nos insomnies

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***

16. SONNET DE NOVEMBRE

L’ennui plombe nos vies de sa pluie délétère
Et amers nous sommes saoulés d’eau par l’envie
Nous couvons au cœur nos aurores à l’envi
A l’envers du soleil souillé que noient nos verres

L’espoir canular ivre aux grimaces grossières
Bonimenteur pervers qui fond en confettis
Nous submerge de ses illusions décaties
Qui sombrent le soir dans des parfums éphémères

Où sont-ils les étés qui nous éclaboussèrent
Et ces vains cheveux déployés au vent d’hier ?
Dans les aveux rances d’une branche noircie

Demain ne sert à rien s’il revient en arrière
Le futur est un fagot où brûle l’hiver
Où l’oubli calcine tous nos baisers transis

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***

17. CENTIEME

Poème écrit
à l’occasion
du centième texte
publié
par le site « Poésie Vive »
du Club des Poètes

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Cent
Sans ascendant
Cent
Sang égoutté des souvenirs
Et un coquelicot amer se fane à l’horizon
Cent
Sans retour
S’en aller vers l’aventure sure du néant ordinaire
Et un chrysanthème tombe
Sur un béton abruti d’ennui délavé
Centième
D’un pourcentage truqué qui triche
Avec un verre à moitié
Vide ou plein
Et le vent se moque au loin
Des feuilles naïves
Qu’un site éparpille de ses mots amis
Et le vent
Est le vainqueur évident d’un espoir aviné
Qui se répand en vers que torture
Le désir
De se lever encore vers l’aurore
Vers l’aurore

Cent
Un siècle à être figé
Comme une statue d’héroïne
Sur un bûcher d’herbe folle
Et la fumée emporte
Les décades d’antan
En un halo bleu et dérisoire
En ses cercles d’odeurs
Que hante l’utopie
Dépassée
De nos idées consumées
Avenir incandescent
Gueule de bois
Mal de crâne
Cheveux indécents
Des matins dénudés
Comme un fil électrique
Juste avant
Le court-circuit final
Sans révolte
Cent fois cent vingt volts

Cent
Sans sentir au fond de soi
L’élan sans entrave
D’une étoile lascive qui se meurt
Ecartelée de nues
Peintes de mes mains émues
Sur la toile blanche de mes nuits
Qu’encadre un souvenir insensé
Sans jamais cesser
D’envoyer au-delà de l’infini
Le satellite humide d’un mot d’amour
Que conjugue deux corps encastrés
Dans la lapalissade complexe
D’une convexe réciprocité
Sans encens
Sans poussière
Sans messe
Sans promesse
Seulement cette kermesse
Qui fête le temps jusqu’à cent ans
Et au-delà
Et au-delà

Cent fois
Que je pose mes signes noirs
Sur les ondes troubles de cet écran
Que j’envoie en caresse
Mes tessons embouteillés de naufrage
Bière ou vin
Que je titube mes nuits du verre aux vers
Avalant l’alcool pour le dégueuler en mots
En déguisant mon cœur dégrisé
De quelques images glauques
Qui vont de guingois
A cloche pied sur une métrique
Tarabiscotée
Qui confond la ligne et la guigne
Sans foi ni loi
J’arrache ma cravate
Et je jette mes tropes pas très propres
Mes synecdoques ensablées
Sur de prétentieuses métaphores
Qui s’enflent pour rien
Ou pas grand chose
Un presque frisson
Une espèce d’esquisse qui s’esquive
Et mes verbes sont tous au futur
Hypothétique temps
Que mon présent subjective
Dans ces instants
Et leurs fades désinences
Qui se comptent
Jusqu’à cent

Centième
Comme de vieilles photos
Dans un album plein d’auréoles
De larmes ou de sueur
Plus de flashs
Pas de lumière
Mon cœur Alzheimer
Bégaie sa mémoire
Et mes mots habillés de rimes
Ou sans rien d’autre qu’une feuille
De vigne en vendange
Partent
Sans pudeur à la quête
Eperdue
De celle
Une comme en cent
Qui
Etoile touchée
Un peu éméchée
Livrera l’or
De sa voie lactée
A mon rêve émergent
Cent pour cent
Virtuel

Sang séché de la mémoire
Quand se lève l’éteignoir
Comme un peignoir de deuil
Sur un soleil mafieux
Qui cendre de mauve
Son cigare
Autrefois éblouissant
Mais absent
Le soir
Languissant
De la centième

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***
18. BAMBI

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Ce n’est plus un homme c’est un reflet
Un miroir musical où sombrent nos rêves
Ces déhanchements d’antan fous de lumières
Dans la syncope électrisée de guitares qui dansent
Sur les pas de batteries aux cuivres synthétisés

Ce n’est plus un homme c’est une ombre
Une esquisse morbide de cauchemar vidéo
Dans un ballet de zombis chorégraphiques
Où l’image se répare d’un bistouri magique
Dans la charpie féerique des traits refaits

Ce n’est plus un homme c’est une fuite
Une esquive sans fin en un ballet macabre
Où la mort noircie se dessine un rictus
Cicatrice pâle d’une utopie oxygénée
Masquée au fond d’un caisson aseptisé

Ce n’est plus un homme c’est un symbole
Une statue clonesque érigée au culte de Disney
A la culture d’un Mickey mousse qui sourit gris
Au milieu de l’éternel désert revisité
Par de vieux cow-boys anesthésiés

Ce n’est plus un homme c’est une dérive
Presque homo à peine hétéro errant du black au blanc
Supercherie dépygmentée d’une fausse renaissance
Fantasme évanescent au vain parfum de chlorophylle
Epais comme une ancienne pellicule de série B

Et en plus il aime les enfants…

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***

19. PAYSAGE D’AUTOMNE

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Le crépuscule abdique dans le sang
L’espoir rouillé des aurores
Les cheveux des arbre détrônés
Abolissent leur or sur la boue vulgaire
Que bafouent les pas désabusés de l’ennui

A l’horizon l’avenir affolé flambe
Le bûcher branlant du futur se prépare
On scie le bois sec pour l’échafaud
Car nous n’aimons rien que la torture
Et la barbarie est notre poupée de Noël

Odeur fanée de moisissure
Lambris mordorés de la mémoire
Le labyrinthe ombrageux du passé
Est un palais de glace où l’on glisse
Patinoire boueuse du temps perdu

Entends au loin l’écho joyeux
Des artificiers mystiques et suicidaires
Qui s’explosent l’âme vers un ciel promis
Emportant dans leur fumée hasardeuse
Des vies passantes pantelantes d’espoir

Ce demain de cendres nous sert à quoi
Nous n’avançons plus qu’à reculons
Sur un vague océan notre radeau idiot
Vogue en vain vers une ligne qui se dérobe
Sous le feu sacré des snipers utopiques

O buisson ardent de l’ancien livre
Pour qui brûles-tu tes épines de sang ?
Sur quelle croix écartelée nous cloues-tu ?
Les paroles folles sont devenues de feu
Et les prophètes des kamikazes définitifs

Reviendrons-nous un jour
Sur l’ancienne clairière reverdie
Où nos corps apprenaient par cœur
Une biologie pure et heureuse
Sur la cartographie nue du Tendre ?

Si le crépuscule abdique dans le sang
Alors que deviendront les aurores ?
Les cheveux chus du gibet des arbres
Tapissent nos pas déçus d’or épuisé
Qu’arpentent nos vieux désirs désabusés

Et toi -oui toi- au loin et si près
A la fois muse magique et maléfique
Fée cachée de mes nuits clandestines
Quel destin secret s’ouvre dans tes bras
Qui sans cesse me mentent et m’aimantent ?

Oh oui !
Tant pis
Il faut à tout prix que je frappe
A la porte de ton cœur
Portable
Là où se croisent
Tes mensonges
Mes messages

Oh oui !
Tant pis
Que je t’appelle
Amour
Que je t’appelle

Que je t’appelle…

***

20. APPEL

Et ton appel qui tombe
Comme un écho ouvert
Sur les volets fermés
De ma mémoire

Qui es-tu ?

Ce sourire lunaire
Où s’inondait de nuits
Le drap assoiffé de mon ennui ?

La bouche solaire
Où fondait en pluie tiède
Un spleen exsudé de torpeur ?

Les sueurs éphémères
D’un acte assouvi
Dans le dédale de mes mains ?

Le futur revisité
Au fond d’un sexe inventé
Où se cloue ma résurrection ?

Les restes dévastés
D’un demain frelaté
Et ses faux parfums d’hier ?

Le silence dénudé
D’un corps qui se tait
Dans la cacophonie des souvenirs ?

Qui es-tu ?

(O mes nocturnes
Dérives
Empaquetées de moustiquaire
Vers un ciel dévoilé
Où l’ébène étire
Son X en idée fixe
Statue qui danse
Fétiche frénétique
Où s’anime la peau
D’un tamtam vital
-O djembe de joie-
Transes des cris
Chorus des chairs
Fusion finale
De nos doubles troubles
En un
Unique instant
D’immanente
Clarté)

Je sais qui tu es :

L’ombre d’un sourire
Esquissé
Que le destin effaça
D’un coup d’aile
A Roissy

-Satellite immobile
Où se perdent les visas
Comme les amarres dénouées
D’un embarcadère orphelin-

Je sais qui tu es
Je te reconnais :

Tu es le miroir inversé
De ma conscience nue
Dans le mutisme
Déshabillé
De mon devenir

Et je serai toujours
-Titubant
De remords avachis
En regrets déhanchés-
En manque
Eperdu
De toi

De toi

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***

21. 8 DECEMBRE

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A Lyon
Cette nuit
On fête les lumières
Ce que l’on nommait avant
Les illuminations

Une bougie où tremble mon enfance
Un verre bleu posé au bord du vent
Comme une pierre de feu
Au fronton d’une basilique émue
Que noircit l’encre des prières
Balbutiées en couleurs
Sur chaque fenêtre

Et mes yeux se perdent
Sur le kaléidoscope vivant
D’une cité arc-en-ciel
Au cœur de ce minuit qui brille

Une farandole qui chante
A pierre fendre des refrains à boire
Dans le carnaval gelé
D’une ville qui rit

Lyon
Mon rêve de marbre
Posé sur la péniche d’hier
Entre les rives triples
Des fleuves qui se marient
Ou qui nous noient
Dans des flots de libations
Où plongent Gnafron
Guignol et les autres

Ma ville ton béton ce soir
Explose de laser
Sur les bougies de ma mémoire
Où se consume sans fin
Cette nostalgie de cire

Alors j’allume
D’une mèche d’ébène
Le lampion versifié
De mes Illuminations

***

22. PRIX NOBEL (2)

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Tête nue
Parée seulement d’intelligence
Avec un diamant clair dans le regard
Qui perce la nuit forcée des voiles

Tête nue
Ourlée seulement de mots libres
Avec un simple baiser de paix posé
Qui déchire le brouillard des burkas

Tête nue
Parfumée d’espoirs dénoués
Avec un seul sourire armé d’amour
Qui perfore le sombre silence des tchadors

Tête nue
Fière et sûre d’innocence osée
Avec des mains nues qui se tendent
Vers le désert mystique des pensées tues

Tête nue
En diadème de cheveux mouillés d’aurore
Avec au cœur l’éternelle promesse ravivée
D’un féminin enfin futur de l’Homme

***

23. SOLEILS

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Une nostalgie de pierre
M’immerge dans un puits de mémoire
Asperge le miroir d’un vieil hier
D’une flaque de sang noirci
Que sirote cynique
Le vampire ivre du temps

(Soleil
Soleil jusqu’à plus soif
Gaspillage d’aurores
Au bord flou des nuits nues
Tamtam languissant
Des corps liquéfiés
Qu’aspirent des baisers
Dans des cris libérés
Hallucinés
D’ébène et d’ivoire
Une liane vive serpente
De son sourire sonore
Au milieu des bruits
Hirsutes
Fracassés
D’un drap essoré
De plaisir échangé
Au djembe mélangé et fou
D’un froufrou magique
Au feu fétiché
De mon cœur entiché
A jamais)

Une nostalgie de sable
Me désespère de soif
Sur le désert des souvenirs
Sur un étang de sel
Où s’altère d’un sommeil sourd
Une agonie asséchée

(Soleil
Soleil déshabillé
Des pagnes dénoués
La statue insensée
De l’amour illicite
Que dévoile
La lubricité ingénue
L’innocence des rires pervers
Les succions de lascive tendresse
L’appel muet des peaux épelées
Au milieu des couleurs brutes
Mosaïque de nos instants lourds
Volés au marché des tissus
Entassés de sourires dévêtus
Dans l’impossible aveu
De nos aurores partagées
De nos fondus enchaînés
De nos secrets pénétrés
De nos promesses encastrées
Moiteurs des matins utopiques
Dans l’évidence aveugle
D’un avenir avorté)

Une nostalgie de marbre
Scelle d’un mot martelé
Sur le demain glacé
Les vers de la fin
Là où se couche la glaise
Des soleils asphyxiés

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***

24. SALSA

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Aspergez-moi de musiques moirées et moites
Pour déboutonner de nacre mes oreilles clouées
Envoyez-moi un mâle soleil rouge et rauque
Pour déshabiller d’ébène ma mémoire timide
Donnez-moi en paillettes une tornade chaude
Pour exsuder d’or ivre le givre de mon ennui
Offrez-moi un vent tressé de palmes vives
Pour secouer de satin la poussière du temps
Hurlez-moi un velours de violons en vrac
Pour fracasser d’ivoire les karaokés dérisoires
Projetez la houle d’un kaléidoscope chaloupé
Pour la mosaïque sonore de mes vagues d’hier
Déchirez-moi de torpeur en corps de cuivres écrus
Pour soulever l’hémiplégie avachie des souvenirs
Galopez sur les bagues bavardes du clavier hilare
Pour creuser de perles l’huître coite du spleen
Osez fumer ces havanitos hardis qui scintillent
Dans l’opacité incandescente des hanches nues
O syncope des statues embrasées de strass
Dans les décolletés avides où s’abolit le vertige
O duos sculptés de confettis jetés à la volée
O danseurs d’éternité noués d’un tempo pimenté
Dans l’onde simultanée des aveux renversés
Que les maîtres queues fassent monter la sauce !

***

25. SOLEILS PERDUS

Il y avait un arbre ancien où tes seins pendaient
Comme deux mangues promises
Et j’étais le maraudeur de tes sourires sûrs
Quand j’écorchais de promesses ton âme complice

Dis te reverrais-je un jour ?

Il y avait l’ombre amie où l’ébène murmurait
Comme une mélopée en sueur
Et j’étais un chasseur d’aurores rares
Quand je crucifiais de serments nos secrets assouvis

Dis te reverrais-je un jour ?

Il y avait une case où mon cœur cueilli saignait
Comme un mil humilié qu’on pile
Et j’étais captif conquis à ta guerre
Quand je me rendais à ton corps asservi

Dis te reverrais-je un jour ?

Il y avait un soleil où fondait le miel de mes mots
Comme un poème de paume ouverte
Et j’étais le griot de ta beauté volubile
Quand je m’agenouillais pour la sculpter de chants

Dis te reverrais-je un jour ?

Il y avait un ciel où ta peau s’éparpillait de perles
Comme une infinie tendresse assoiffée
Et j’étais l’accidenté d’un désert d’Occident
Quand je m’abreuvais du mirage fou de l’avenir

Dis te reverrais-je un jour ?

Il y avait un océan où Vénus nue tu naissais
Comme une éternelle allégorie d’écume
Et aveugle j’étais le peintre apprenti
Qui n’embrassait que le sel de nos étreintes

Dis te reverrais-je un jour ?

Il y avait un bonheur où tu étais muse et musique
Comme une mélodie de tresses fines
Et moi je n’étais que le fanfaron jouet
Que ballottait le destin de son rythme ironique

Dis te reverrais-je un jour ?

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***

26. SOLEILS PERDUS (2)

Il y avait un arbre où je cueillais tes seins
Comme deux mangues promesses de nos prémisses
Et j’étais maraudeur de tes baisers mutins
Quand j’écorchais de serments tes hanches complices

Te reverrai-je un jour
Sirène sans retour ?

Il y avait l’ombre où nue se lovait l’ébène
Comme une mélopée de sueur alanguie
Et j’étais ce vieux chasseur d’aurores obscènes
Quand je crucifiais notre secret assouvi

Te reverrai-je un jour
Sirène sans retour ?

Il y avait une case où mon cœur cognait
Comme un mil humilié qu’on pile sans merci
Et j’étais captif pris par ton regard sagaie
Quand je me rendais à tes désirs asservis

Te reverrai-je un jour
Sirène sans retour ?

Il y avait un soleil où fondaient mes mots
Comme un poème de paume ouverte au couchant
Et j’étais griot pour ta beauté sans échos
Quand je m’agenouillais pour la sculpter de chants

Te reverrai-je un jour
Sirène sans retour ?

Il y avait ta peau mon ciel perlé de pluie
Comme un Sahel humide assoiffé de soupirs
Et j’étais l’accidenté d’un Occident fui
Quand je buvais le mirage de l’avenir

Te reverrai-je un jour
Sirène sans retour ?

Il y avait une mer où tu naissais nue
Comme une allégorie ourlée d’écume coite
Et aveugle j’étais l’apprenti peintre ému
Qui n’embrassait que le sel de nos nuits étroites

Te reverrai-je un jour
Sirène sans retour ?

Il y avait dans l’air l’effigie du bonheur
Comme une muse lascive mue de musique
Et moi je n’étais qu’un pantin bonimenteur
Que le destin bernait de son rythme ironique

Te reverrai-je un jour
Sirène sans retour ?

Les souvenirs sont sourds
Ma mémoire à rebours
Le passé sans recours
Mes rimes sans secours

Sirène sans retour
Tout meurt au fil des jours

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***

27. NUITS DE FETE

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LE POETE

J’ai refermé ses parenthèses de soleil
Baissé les persiennes torrides de ses hanches
Déchirés ses baisers avides de sept ciels
Et réinventé un silence en page blanche…
Je ne sais plus dans quel hiver je suis tombé

LA MUSE

Oh! l’ami
Dis moi
Tu sembles bien bas
Encore tu tombes
Dans les frimas
Du tréfonds de ton âme malade
Mais l’ami
Voici les Fêtes!
N’entends-tu pas le chœur énamouré
Du monde qui chante ?
Les anges ont des cymbales
Qui cinglent l’angélus à minuit
Et les cornes des bergers
Offrent l’abondance de leurs sons
Voluptueux et vivaces
Dans des parures d’or et de lumière
Hosanna l’ami!
Saute donc sur ta lyre pour prendre
En marche ce train d’harmonie
Où se secoue de liesse
Un univers unanime!

LE POETE

Sur les cendres avilies d’un automne atone
Ne se lèvent pour moi que les miasmes épais
D’un médiocre ennui qui calcule monotone
Ce temps déchu qui me revient à l’imparfait…
Je ne sais plus dans quel hiver je suis tombé

LA MUSE

Oh là! Tout beau poète!
Tu ne me feras pas descendre
Dans les caves morfondues
De ton cœur hiverné
Il y fait trop froid
J’ai grand besoin de hauteur
De chaleur syncopée de soleil chaloupé
De paillettes submergées de lumières
De strass barbouillés de bulles
Dans un horizon éparpillé de confettis
Et de rires scintillants
Assez de ton air maussade
Assez de tes cafards programmés
De ton spleen calculé
Qui à point chute à la rime
En jouissant de sa métrique
Masochiste des images
Tu flagelles ton sang sombre
Dans le labyrinthe alexandrin
De tes tropes de brouillards
Où s’embrouillent ceux qui te lisent
-Ou du moins le tentent-
Allez debout Mirliton
Mets enfin ton frac
Et sors tes mots de soirée
Pour réveillonner tes sonnets!

LE POETE

Mon horizon repoussoir se meurt de mémoire
Les traces mauves du soleil qui agonise
Vont porter le deuil lyrique de mes déboires
Et sur le givre griffant mon destin se brise…
Je ne sais plus dans quel hiver je suis tombé

LA MUSE

Hé! Je te le dis ami
Ne compte pas sur mois
Pour ce banquet de spleen
J’en ai assez
De ces robes grises
Que tu me forces à endosser
Je veux briser le corset désuet
Où tu prétends enfermer
Mes pensées élégiaques
Je ne veux plus de ce voile noir
Dont le deuil pare tes odes à ma beauté
Je veux porter seulement
Mes cheveux d’ambre et de vent
Mes boucles d’ébène tressé
Et mes lèvres de baisers épicés
Qui rutilent ivres d’envie
Allez ami viens!
Dansons notre vie
La musique est moite de nos pas
Et trempe ses notes de nuit nacrée
Dans un sorbet acidulé
Resplendissant de cuivres
Et de rythme
Ami cueillons ces soirs qui rient
Pour célébrer l’instant
Du bonheur capté!

LE POETE

J’ai perdu jusqu’au parfum osé du soleil
J’ai perdu jusqu’à l’odeur lascive des vagues
Et leur écume morte hante mon sommeil
Comme un copeau de suie qu’un vent amer élague…
Je ne sais plus dans quel hiver je suis tombé

LA MUSE

Adieu l’ami!
Je te laisse à ta nuit
Je vais au jour levant
Car moi vois-tu
Je suis fille de l’aurore
Celle que l’on ouvre au matin humide
Dans les draps brassés de l’amour
Celle qui se glisse sensuelle
Le long de ma peau offerte
Lorsque tu m’aimes de tes mots
Et que tes vers bagués de velours savent glisser
Sur le diptyque dénudé de ma poitrine
Sur l’hémistiche mouvant de mes hanches
Et savent saisir
D’une césure sûre
La pointe heureuse
D’un trait revigoré
O mon peintre des natures vives!
A bientôt l’ami!
Car moi je sais déjà
Que tes brumes se défont aussi vite
Que les dentelles faciles des courtisanes
Et demain sur de nouvelles nues
O poète capricieux!
Tu viendras renouer
La transfiguration
De nos cœurs ravivés
Au plus haut de nos émois
Dans un pur bonheur métaphorique

***

28. ESPOIR

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Au-delà
Des gravats lézardés de nos mémoires tues
Des charpies aveugles d’un hasard mortifère
Des stries d’hier au sang sans cesse ravivé
Des cicatrices veules béantes de renoncement

Au-dessus
Des déboires brûlants de nos aurores bues
Des dépits crépités de salves crachées
De l’échec lâche de nos serments chiffonnés
De l’intarissable ennui de notre désert volubile

Hors
Des horizons rasés que ravagent de nouvelles rides
Des mirages fous que figent nos miroirs défigurés
De la fumée amère que vomissent nos mots maudits
De ces chimères d’hiver qui couvent le champignon final

Loin
Des lendemains tranchés qui décapitent les poètes
Du futur hurlé qui fusille le gitan et sa romance
De l’avenir censuré qui s’effraie de son ombre
De l’utopie ivre aux yeux dégrisés de souffrance

Amour
O mon pauvre amour
Ouvre moi
Ta parenthèse d’arc-en-ciel!
Et je veux
Saoulé de soleil
Me perdre
Sur l’ambre de ta statue dénouée
Pour que
Colombes
Mes mains se posent enfin
Sur l’arche de Noé de tes hanches
Où respire le sourire de l’espoir

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***

29. SONNET D’AVANT REVEILLON

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Adieu calendrier aux regrets écornés
Adieu agenda déchu raturé de peines
Adieu vieux pense-bête aux rendez-vous bornés
Adieu sablier soldé des dunes anciennes

Adieu désirs amnistiés par manque de preuves
Adieu envies mortes de torpeur et d’ennui
Adieu utopie désaltérée de soifs veuves
Adieu projets flambeurs chus dans d’obscurs oublis

Sur nos rêves floués au fil de l’éphémère
Voguez nymphes fées voguez sirènes chimères
Têtus nous sommes revenus de tant de pleurs

Que nous saoulerons de souhaits ce temps qui fond
Que nous poursuivrons de vœux ce même horizon
Grisés par l’aventure d’un futur meilleur

***

30. SONNET DES BONNES RESOLUTIONS

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Résolution une : tu dois être gentil
Jeter ta méchanceté au panier d’orties
Tous tes crachats chiffonnés et leur verve en gerbe
Que vomissent la rancœur et la haine acerbe

Résolution deux : tu dois devenir aimable
Rengainer tes vers râlant si fort sur les râbles
Tes colères en allégories qui tempêtent
Tes rages qui vitupèrent de leurs trompettes

Résolution trois : tu dois devenir moral
Ne plus glisser lascif sur le stupre poisseux
D’images salaces aux tropes licencieux

Ainsi poète de ta lyre virginale
Sans peur du carton rouge tu pourras oser
Un sonnet bienséant pour ta muse épousée

***

31. BON ANNIVERSAIRE

Anniversaire ?
Quel anniversaire ?
Peut-être le mien, qui sait ?

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Amarré à ma bouée gonflée de mots
J’incendie de visions mes yeux noyés
Dans la buée aigre des baisers défunts
Feux follets nés de métaphores faciles

Bon anniversaire

Scellé d’incrédulité face au miroir hilare
D’un cliché improbable qui s’incruste
Je rase ma rage au fil d’un verbe sec
D’une lyre où moussent mes rimes glabres

Bon anniversaire

Figé devant mon fameux film muet
Où les aurores s’éclaboussaient d’étoiles
J’ajuste d’un vers monté de séquences tues
Le visage déshabillé des souvenirs coupés

Bon anniversaire

Saoulé de tant de serments millésimés
Je vadrouille dans les chants avinés
De toutes mes vendanges tardives
Avec un vieux vin éventé de vanité

Bon anniversaire

Hirsute pantin dans l’ennui pasteurisé
Des tours hérissées que hante la peur
Je pose la nuit mes poèmes paumés
Vers un ciel numéro sept hors service

Bon anniversaire

Cravaté et poli de hiérarchie soyeuse
Je fermente de fiel mon âme froissée
Dans d’insolents quatrains sibyllins
Au souffle narquois d’anarchie coite

Bon anniversaire

Amant martyr cerné d’épines roses
Je sommeille sourd sur d’anciens lauriers
Et mes rêves déchus tressent sur douze pieds
Le fantasme amer d’orgasmes lyriques

Bon anniversaire

Quel futur fade se trouble de sable
Quand se renverse l’or chu en cendres ?
Et qu’un ultime demi verre se demande
S’il est vraiment plein de vide ou de vent

Bon anniversaire

Allez avance reprend ton sac de mots
Et lance à la volée tes paquets de tropes tristes
Tes images racornies nées de la même muse usée
Va au-devant du panache déplumé de l’épitaphe

Bon anniversaire
En attendant

En attendant…

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***

32. SONNET DE SOLEIL

Un saxo calciné consumait ses accords
Un soukous secoué de palmiers délurés
Se renversait en caresses démesurées
Et nous brûlions ensemble au bûcher de nos corps

Une algue nocturne s’écartelait de houle
Dans des marées lascives d’or pur et d’aurore
La mer drapait de sable nos remous sonores
Et nous coulions ensemble de nos vagues saoules

Et pendant qu’explosaient pourpres les crépuscules
Sur l’écarlate de nos serments funambules
Nous mourions en nous d’un soleil incinéré

O mes noces maudites nées d’un vaudou fou
Je veux vos fétiches vos frous-frous sans tabou
Pour me faire renaître à vos destins cambrés

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***

33. TERROIR

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C’est ce qu’on dit la France profonde et tranquille
Enracinée de terre sombre et d’arbres nobles
Entre sillons fertiles troupeaux et vignobles
La vie avance son assurance immobile

Chaque dimanche latin d’encens abreuvé
Sous un soleil purifié comme un bénitier
Sans peur on part tôt matin tuer le gibier
Ou pêcher sans bruit les truites bien élevées

Les paraboles ouvrent leurs oreilles rondes
Vers la rumeur propagée du monde qui gronde
Chaque soir assis de peur devant le journal

Ici point de banlieue à la misère aigrie
Or ce que l’on voit sur les murs de la mairie
C’est l’infamante flamme du front national

***

34. BALLADE POUR LA SAINT VALENTIN

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Cœurs éclopés allumés sans cierge
Cupidons cocus cinglés de verges
Serials lovers épris de peaux lisses
Serments sous scellés sans orifices
Flèches brisées en fagot pour sainte
Baisers brûlés aux braises défuntes
Destins tus sur des glaces sans tain
Rendez-vous à la Saint Valentin !

Tristan hâve à la triste figure
Yseut torturée de courbatures
Beau Roméo lacéré de rides
Juliette fripée de nuits frigides
Poète aux rimes tressées de cendres
Pour une évanescente Cassandre
Beaux baratins pour vierge ou catin
Rendez-vous à la Saint Valentin !

Et moi sans autre émoi que mes mots
Qui verse amer des vers sur mes maux
Qui ravive la flamme d’antan
– Corps au garde à vous vieux combattant !-
Dont les souvenirs fardent mes nuits
Dans le labyrinthe de l’ennui
Où regrets ou remords tout s’éteint
Rendez-vous à la Saint Valentin !

Prince où sont passées mes fleurs froissées
Mes muses de jadis embrassées
Dont les reins vaudous donnaient d’instinct
Rendez-vous à la Saint Valentin ?

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***

35. SONNET SANS VALENTIN

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A qui vais-je porter mes fleurs de Valentin ?
Shéhérazade si bavarde et sensuelle
Aux infinies cascades qui libres ruissellent
Couvre de sombre son front jadis si mutin

Mes muses d’ébènes mes vieux torrents de fièvre
Et vos hanches qui me transperçaient de leurs feux
Dans vos nuits fétiches de lices et de jeux
Vous vivez courbée sous le fardeau des jours mièvres

Et vous statues d’orient aux sourires diaprés
Et vos lents gestes de porcelaine nacrée
Le riz quotidien vous mange votre destin

Et toi présente et absente ailleurs ou ici
Toi ardeur et torpeur toi désir et dépit
Te porterai-je donc mes fleurs de Valentin ?

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***

36. LA NUIT JE MENS*

Une chanson qui pourtant
Ne te ressemblait pas
Mais qui se faufile
Dans ma mémoire arrêtée
Comme ces phares figés
Dans le brouillard des retours
Embouteillés

(On m’a vu dans le Vercors
Sauter à l’élastique
Voleur d’amphores
Au fond des criques)

Une chanson qui tend
La ficelle illusoire
Du temps dépassé
Quand une voix inattendue
Rassemblait notre secret
Les nuits d’effraction
Ou bien ces jours de moiteur
Volés à l’inquisition du soleil
Et sa morale sèche

(J’ai fait la cour à des murènes
J’ai fait l’amour
J’ai fait le mort
T’étais pas née)

Une chanson qui ne te ressemble pas
Et qui pourtant
-Oh je voudrais en être sûr! –
Te prend encore les oreilles
Quand elle sort en haillons
D’un poste éraillé
Aux cassettes mal digérées
D’avoir été trop jouées
Sur la poussière des larmes
Et du dépit des habitudes
Que rien n’a brisées
Sauf les souvenirs

(A la station balnéaire
Tu t’es pas fait prier
J’étais gant de crin, geyser
Pour un peu je trempais
Histoire d’eau)

Une chanson qu’autour de toi
Là-bas dans le bruit des danses
Plus personne ne relève
Sinon l’indifférence
Une chanson qui se perd
Dans l’ennui distillé
Des matins sans attraits
Que dévident les nuits plates
D’évidences conjugales
Qui sauvent la morale

(La nuit je mens
Je prends des trains
A travers la plaine
La nuit je mens
Je m’en lave les mains)

Une chanson que nous mentions ensemble
Dans les étreintes sans futur
D’un bonheur sommaire
Comme les notes rauques
Des soupirs qui s’enrouent
Dans ma mémoire lâche
Comme ces phares
Dont les grimaces en flash
Se prennent pour des soleils
Dans le brouillard des remords
Embouteillés

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*Le titre du poème et les textes entre parenthèses sont extraits de la chanson « La nuit Je mens » (Alain Bashung-Jean Fauque / Alain Bashung-Les Valentins) Ed Chaterton / Universal Music Publishing) in l’album « Fantaisie militaire » (P) 1998 Barclay

***

37. L’ESPOIR

(Et si l’espoir n’était qu’un escroc au grand cœur ?)

Aigrefin fanfaron vendeur d’horizons aigres
Carambouilleur rusé de baisers d’occasion
Concussionnaire sûr des amours sous caution
Spoliateur avisé d’un désert de nuits maigres

Arsouille ravisseur des souvenirs en berne
Détrousseur obsédé des désirs dévastés
Escroc au petit pied ivre de volupté
Escamoteur matois des rêves qui hivernent

Malandrin matamore amnésique coquin
Vaurien aux mains vides prodigue galopin
Gibier de potence aux chimères contumaces

Bel illusionniste aux phantasmes de lapins
Cinéaste patient qui garde pour la fin
L’aurore inassouvie d’un sourire en rosace

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***

38. UN TRICHEUR

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Qui est-il ? Un cadre au complet gris cravaté
Qui voue sa vie aux voix lourdes de la morale ?
Un fêtard assoiffé qui veut Sardanapale
Vaines bacchanales phantasmes frelatés ?

Son miroir est menteur et ses reflets chagrins
Aux refrains ambigus ne sont ni gays ni tristes
Ainsi son sourire fracassé seul résiste
Par sa frime lunaire aux dégâts du destin

Or vous tous vous trompez sur ses flagrants faux rires
Ce ne sont là qu’éclats trichant avec le pire
Bon vivant d’esbroufe son blues muet se farde

Suivez le fil obscur où se perdent ses mots
Et vous verrez que son discours n’est que l’écho
D’un silence meurtri que chaque vers écharde

***

39. MOURIR A MADRID

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Il y avait les yeux ensommeillés des matins de routine
Il y avait l’encre vive du quotidien où baille le temps
Il y avait les pensées emmurées des nuits alanguies
Il y avait la vie et ses départs à satiété

Il y avait les souvenirs d’un soleil illusionniste
Il y avait des baisers esquissés sur des lèvres déridées
Il y avait des désirs inavoués dans des instants captés
Il y avait la vie et ses rêves renouvelés

Il y avait les toréadors déchus des banlieues
Il y avait les anciens héros des combats oubliés
Il y avait les mains fanées des efforts sans gloire
Il y avait la vie et ses années chenues

Il y avait des regards embrasés de sierra torride
Il y avait des gitanes allumées d’un air de liberté
Il y avait des Carmen aux corps de chant déployé
Il y avait la vie et ses flammes couvées

Il y avait des sourires d’espoir balbutiant leurs leçons
Il y avait des dos assidus sanglés de livres et de cahiers
Il y avait le futur décliné en virtualités bouclées
Il y avait la vie et ses enfants promis

Il y avait aussi
L’ignominieux crachat de sang de l’imbécillité
Et sa lâcheté accroupie de cloporte mortifère
Dans l’anonymat avarié de l’absurde indicible

Il y avait la vie…

***

40. POISSON D’AVRIL

Avec les murs montés les mots feront des confitures
Et les barbelés bariolés s’effilocheront en barbe à papa
Les pétards de plastique exploseront d’éclats de rire
Les grenades trop mûres tomberont en déconfitures
On se canardera à coup de sarbacanes à boulettes
Une bombe glacée soufflera son feu d’artifice sucré
Les turbans s’envoleront hilares en blagues postiches
Les voiles soulèveront leurs rires en lèvres ouvertes
Les mines s’abîmeront sous des épouvantails sans pieds
Des rafales de confetti saupoudreront les vengeances rances
Les défis sans fin se lanceront en langues de belles mères
Les tartes à la crème sèmeront partout leur terreur feuilletée
La haine sera la farce malsaine d’une vaine fée carabosse
Une escouade de poissons volants bombardera d’humour
Les dos uniformisés des pisse-froid armés de certitudes
Et là-haut l’arc-en-ciel inondera d’un sourire multicolore
La mosaïque musicale d’une symphonie universelle

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***

41. LA LETTRE DU SOLDAT GARCIA

(Protest song : guitare sèche + harmonica)

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Ici la mort pourrit le vent
Et même leur soleil explose
L’or noir fond en sueur de sang
Dans des sirènes de psychose
Maman
J’étais parti pour leurs papiers
Signer leur nationalité
Je suis tombé dans un guêpier
Je suis en clandestinité

Hé Mama
Je veux plus rester ici
Hé Mama
Je veux rentrer au pays

La charpie est en devanture
Tu as le choix : cible ou fusil
Les scorpions vont à l’aventure
Rien ne compte que la survie
Maman
Moi j’étais parti pour leur paix
Leur liberté et leurs grands mots
Dans leurs fumeux discours tout faits
Ceux qu’ils nous ont fourgués en gros

Hé Mama
Je veux plus rester ici
Hé Mama
Je veux rentrer au pays

J’ose plus parler aux gamins
De peur qu’ils nous volatilisent
J’attends l’unique lendemain
Le jour qu’on nous démobilise
Maman
Tu sais si je meurs sur ce sable
Au moins ils m’envelopperont
Dans leur drapeau inabordable
Lui qui ne connaît pas mon nom

Hé Mama
Je veux plus rester ici
Hé Mama
Je veux rentrer au pays

Les cousins de la vieille Espagne
Bientôt partis ne vivront plus
Sous la haine et la peur qui gagnent
Pas nous nous resterons cocus
Maman
Dis à Maria si tu la vois
Que tout bardé de mort cruelle
J’ai une étoile encore en moi
Qui brûlera toujours pour elle

Hé Mama
Je veux plus rester ici
Hé Mama
Je veux rentrer au pays

(ad lib)

***

42. L’OUBLI

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C’est beaucoup de brumes sur les quais du départ
C’est une promesse que le vent va démettre
C’est un regard qui s’offre un ultime rancart
C’est l’horizon rance qui se farde en peut-être

C’est un mail où s’émaille un cœur en quarantaine
C’est un carnaval de mots en vers déguisés
C’est autant d’appels pour tant de sonneries vaines
C’est le silence des messages dégrisés

C’est un futur absurde où neige le néant
C’est ce rien où survit le reste de mon temps
C’est l’allégorie nue des corps qui se dénouent

C’est l’inutile avril pleuvant mes souvenirs
C’est ton doigt orphelin d’un serment de saphir
C’est ce parfum fané c’est ce miroir sans nous

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***

43. BALLADE DE L’EPHEMERE

Où sont nos soleils souriant d’ivoire ?
Où sont les plages de nos corps en croix ?
Où sont nos traces nouées pour mémoire ?
Où sont nos forêts aux désirs qui ploient ?
Où sont les transes de nos magies noires ?
Où sont tes dunes au destin de soie ?
Où es-tu sirène aux tresses de moire ?
Ma bague est-elle tombée de ton doigt ?

Où dorment nos nuits aux lits illusoires ?
Où sont nos moments pris au temps sournois ?
Où sont les frissons de nos offertoires ?
Où sont nos soupirs nos sens aux abois ?
Où sont nos serments trop ostentatoires ?
Où est ton futur superbe de foi ?
Où sont tes baisers qui brûlaient d’y croire ?
Ma bague est-elle tombée de ton doigt ?

Où sont nos ébats aux vaines victoires ?
Où sont nos lices pour tant de tournois ?
Où sont nos joutes aux cris exutoires ?
Où sont les cendres de nos feux de joie ?
Où sont nos roulis houles dérisoires ?
Où sont nos remous nos amers émois ?
Sur quel tempo neuf danse ton histoire ?
Ma bague est-elle tombée de ton doigt ?

O Amours! Muses de tant de déboires
Vos pensées parfois vont-elles vers moi ?
Où suis-je seul veuf de nos cieux de gloire ?
Ma bague est-elle tombée de ton doigt ?

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***

44. L’ENNUI

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C’est un océan sans plage où le roulis tourne en rond
C’est le sable sans lendemain d’un harmattan démâté
C’est un vaisseau fantôme qui se noie de mémoire
C’est un quotidien où l’horizon bégaie ses aubes nues

C’est un miroir endormi où se rétrécissent les rêves
C’est le recommencement des mêmes renoncements
C’est le vain rasoir qui croit ruser avec la fuite du temps
C’est l’eau usée qui part négocier un estuaire illusoire

C’est un pas de plus dont on sait qu’il ne va pas plus loin
C’est tant de marches forcées pour des bouquets d’utopie
C’est un chant qui se perd dans le labyrinthe des bruits
C’est l’avenir qui hurle en bas de sa banderole dérisoire

C’est la page où veules les vers veulent refaire l’histoire
C’est l’étiage tourbeux des tropes trahis qui se débandent
C’est la rage inassouvie d’un verbe neuf toujours à venir
C’est la cage arasée où se rongent les illusions lyriques

C’est un spleen indigent dont le pied bot bat de l’air
C’est un mal de vivre mort-né incinéré sans son René
C’est un cafard bien élevé qui se terre dans un sourire
Et qui chambre de faux rires polis le néant des heures

C’est le lit des nocturnes qui se taisent parallèles
C’est la béance estropiée des cœurs démissionnés
C’est un vieux film fané qui se rejoue ses palmes
Dans la vacuité ascétique des pénombres impavides

C’est dire sans sanglots que le bonheur n’existe pas
Et faire silence de son corps dans une nuit clouée
C’est digne se tenir sur un récif débordé de naufrages
Et comme un ultime forcené s’accrocher à ce rocher

C’est savoir saisir l’étincelle d’un brasero fugace
Et brûler ses mots de gestes que le futur déshabille
Dans l’étreinte intermittente d’un spectacle secret
Où se joue la comédie inachevée du brasier défendu

C’est au cœur du crépuscule croire encore aux aurores
Garder l’espoir d’un joueur ruiné qui rumine un banco
C’est savoir qu’il n’y a rien ici et rien là-bas ou là-haut
Et tout miser sur un visage ouvert que l’orgasme explose

C’est donc marcher en automate sur les traces du vent
C’est donc lever les yeux vers le même horizon blasé
Mais poser quand même en dépit de la cécité du destin
Sur quelques lignes blafardes un défi de fleurs bavardes

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***

45. TARTUFFE EST NU

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Pour toi la morale est la maîtresse d’autrui
Seul héros d’un siècle d’incurie avérée
Ton mépris dépiste l’avanie l’avarie
D’un venin sournois de politesse acérée

L’ironie glacée de ton dédain hiérarchique
Verdict définitif livide de vertu
Vient foudroyer de sa trique métaphorique
Les subalternes misérables corrompus

Chaque dimanche se chante en psaumes d’encens
Sur ta famille unie dans un élan lyrique
Vers la parole Sainte et son mystère ardent

Or tu rends ton culte à des reins adultérins
Tu culbutes la croix où tu cloues tous les tiens
Et nu tu t’enivres de jouissance extatique

***

46. RAY DE LUMIERE

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La vie t’a éclipsé du soleil
Mais ton blues fracassé de rock
A cuivré nos peaux pâlies d’ennui
Ta voix stellaire où dansent nos nuits
Sur un rire de clavier à demi lunaire
A rendu la vue à nos ames saoules
D’un rai de lumière
Au coda éternel

***

47. SOIS HEUREUSE

Sois heureuse
Va où les mots te mentent
Sous le vent verbeux de désirs
Que le temps éreinte

Va tu le mérites
Plus que mes mains ne peuvent
Sinon s’ouvrir de fleurs vaines
Et de souvenirs fanés
Comme des éclats de mémoire
En porcelaine parcellisée

Sois heureuse
Dans de longs soupirs feints
Aux feulements d’artifice
Parsemés de sommeils énamourés
Sur l’écran des matins dégrisés

Va tu le mérites
Ta peau pâmée épelle les pétales
Des serments maquillés
Dont le fard fond en perles
Dans la jouissance éberluée
D’un moment de faux diamant

Sois heureuse
Plus que mon futur ne veut
Comme une utopie chiffonnée
Que griffonne de regrets
Une griffe émoussée d’émois
Sur des lignes brisées
Où mes images délavées
Bégayent le même ennui

Va tu le mérites
Sois heureuse
Je te rends notre temps
Tant mordu autrefois
Dans des baisers de houle
Sur des vagues déhanchées
Je te rends notre temps
Poème éparpillé où survivent
Deux ou trois vers sans rimes
Qui auraient tant voulu dire
Je t’aime

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***

48. N’APPELLE PAS

N’appelle pas

Tes mots se perdraient
Sur un sourire trop lisse
Et chuteraient en charpie
Sur des phrases polies
Comme un marbre dur
Que ravinent en vain
Les regrets humectés
De larmes postiches

N’appelle pas

Ne rouvre pas la vanne
Aux souvenirs lourds
Aux vieilles vidéos roses
Aux pellicules passées
Aux baisers hallucinés
Du brasier échangé
Et le partage des corps
Dans la liesse du don

N’appelle pas

Tu sais que les chemins
Sont faits pour s’écarter
Que la morale reprend
Toujours ce qu’elle a donné
Avec sa bure d’ennui
Ses soucis de marmots
Et son insatiable vulgarité
Où s’érode l’avenir

N’appelle pas

Tu sais déjà que sa vie
Jongle avec la tienne
Que tu n’es plus qu’un
Suppléant suppliant
Has been remplaçant
Que l’on convie encore
Quand une autre partie
Est trop mal engagée

N’appelle pas

Oublie les lignes sculptées
De son corps de nuits cambrées
L’ambre douce où tu te fuyais
Dans des lits clandestins
Oublie les remords nus
Du matin gris inévitable
Et des bouts de promesses
Eternellement ravivés

N’appelle pas

Oublie tes anciens vers
Mémorisés en boucle
Psalmodiés en mono
Pour sa belle indifférence
Tes roses déposées
Sur une porte close
Au rendez-vous manqué
Du futur hypothéqué

N’appelle pas

Sa messagerie tarie
Où meurent tes mots
Cueillis en maraudeur
Dans un verger interdit
Qui vont tous se perdre
Dans le silence bavard
De l’intarissable forêt
Des paroles d’autrui

N’appelle pas

Garde les photos
Les sourires assermentés
Les pages un peu jaunies
Les aveux démasqués
Les reflets les ombres
Les traces lumineuses
D’un fabuleux théâtre
Dont tu fus le héros heureux

N’appelle pas

Inutile de remuer
Les cendres trop lourdes
De son mutisme sourd
Dès lors fais ton deuil
Et puis porte le en toi
Comme la relique pure
De ce qui aurait dû ou
Aurait pu ne pas être

N’appelle pas

Et dis toi bien que sa voix
Serait déjà vers toi
S’il n’était pas écrit
Que tout est dit désormais
Que chacun garde en soi
Une pieuse part de l’autre
C’est un divorce sans objet
Pour un illicite secret

N’appelle pas

Or voici le soleil enfin
L’été au souffle africain
– O cela lui va si bien ! –
Les peaux se dénudent
Au vent qui les berce
D’un soupir nouveau
Où monte un saxo
En solo éclaboussé

N’appelle pas

Avance vers la mer
Et ses gréements étoilés
Ailleurs est un horizon
Où nous partons tous
Avance le cœur offert au vent
Armé de mémoire soyeuse
Tes yeux un jour s’ouvriront
Sur la plage de l’île au trésor

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***

49. PROFANATION

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Vous aurez beau
Barbares avariés
Barbouiller de croix incultes
Les os brisés de nos mémoires

Nos chants ravivés vous survivront

(Au-delà
De vos borborygmes en brouillons odieux
De vos bâillons frileux frisés de barbelés
De vos murs en torchis toujours éructés
Du vomi sanglant de vos mots déments)

Au-dessus
Des tombes parfumées de peine
Où les héros anonymes se terrent
Où les martyrs inconnus se taisent
Dans des perles de douleur saine

Comme
L’envol inaltérable
D’un murmure de colombes

Et l’arc-en-ciel sonore
D’un rire de femme heureuse
Comme un coquelicot écarquillé

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***

50. QU’EST-CE QUI ME RESTE A DIRE

Qu’est-ce qui me reste à dire ?

Une dune et son infini en poussière
Une vague et son émoi d’écume
Un coups de vent et son mirage
Qui girouette le temps volatil

Un vol d’oiseaux au-delà de l’ozone
Et l’illusion d’un azur de plumes
Sur des villes arasées d’espoir
Et nos désirs désormais dévastés

Une guitare qui pince son blues
Dans des halos roses d’héro
Et la crinière fluo de Jimmy
Au bout d’un solo électrocuté

Le miel des mots qui s’étendent
Et tartinent mes pensées moroses
En exhibant leur fatuité sucrée
Avec des rimes qui se griment

Les lueurs du passé déshabillé
Et l’étincelle de tes hanches
Dans des râles de renaissance
Malgré le jour mourant qui se noie

Le vide de la coquille sèche
D’un antique rêve échoué là
Sur le sable d’une utopie grise
Au bout de mes pas perdus

L’écran vierge où je m’accroche
Où se répand en flot amer
L’encre de la pieuvre mentale
Qui triture de verbe mon ennui

Qu’est ce qui me reste à dire ?

Que tu es belle comme un poème
Que mes tropes s’embrasent en vain
Sur une muse au mythe évaporé
Dans des quatrains sans écho

Tu étais mon plus beau chaos
Je suis ordonné tel un catalogue
Tu étais mon plus beau défi
Je suis fiché comme un placard

Qu’est ce qui me reste à dire ?

Que la morale reprenne ses droits
Qu’elle bénisse la moisson triste
Des lourds regrets débités en gerbe
Sous la sueur d’un soleil ironique

Allez avance sans te retourner
Même les rétroviseurs te mentent
Admet que tout doit s’éroder
Même notre amour sans fin s’achève

Mais ce n’etait qu’un scénario banal
Pourtant nos plans valaient le détour
O sirène je crois qu’on a raté la palme
Fin du film en queue de poisson

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***

51. LA PLUIE

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C’est le soleil qui se liquide en boue triviale
C’est l’avenir des limaces en caravanes molles
C’est un crachat acide sur les roses froissées
C’est un spleen usé que le déluge rince

C’est le ciel qui se venge des terres assoiffées
Et qui les asphyxie d’infusions saumâtres
Sur les déchets croupissants d’un été moite
Avec ses odeurs torrides de mangues nues

C’est l’horizon terne des brumes obscures
C’est un brouillard où meurt un souvenir vert
C’est un flot indifférent pour les feuilles d’antan
Et leurs mots délavés aux rimes remâchées

C’est la rature en vrac d’un arc-en-ciel timide
C’est un silence précipité sur les villes closes
C’est le miroir gris où l’on se voit après l’adieu
Quand les cheveux mêlés déguisent les larmes

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***

52. PAYSAGE

Le vent des violons se taît dans un fatras d’or
Un soleil sali fuit la fanfare qui corne
Des cordes de pluie noient la cohorte des cors
L’ocre d’anciens brasiers descend de cuivres mornes

Les chorus veufs s’éventent de souvenirs vains
Quel corps neuf veut-il inventer une autre aurore
Quand les rêves jettent leurs accords aux ravins
Dans un crépuscule de soupirs incolores ?

Que monte à notre portée l’aube d’un piano
Quand dans les bois embrumés s’esquisse une danse
Et l’envol lumineux d’un alto crescendo

Arbre mort roi découronné tu revivras
Baguette du chef d’orchestre sous les vivats
Lorsque l’ovation enfin absoudra l’absence

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***

53. MANGUES SANGLANTES

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Ils auront beau
Barbouiller de boue folle
Les saveurs meurtries des fruits offerts

Ils auront beau
Souiller de sang inutile
Les parfums mauves des bougainvilliers

Ils auront beau
Jeter en vrac leur sac de haine
Sourds de horions vers un horizon gaspillé

Ils auront beau
Mâchurer de rancune rance
Les statues dénudées de désir avili

Ils auront beau
Hurler dans les rues hérissées
Des fumées de mots aux cendres de démence

Ils auront beau
Fusiller de missiles sans magie
Les masques décillés que sculpte l’horreur

Jamais le brasier insensé
D’un feu de flamboyant froissé
N’incinérera
L’instant pur
De ton soleil souriant
Dans l’extase sombre
D’un accomplissement de mangue mûre
Quand s’étire et soupire
La lente langueur opaque
Des crépuscules où gesticulent
L’âme neuve de demain
Et la cambrure ambrée de tes promesses
Auréolées d’aurores

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***

54. ROKIA

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Rokia
Danse pieds nus
Sur les braises scandées
De rythmes
Incandescents
Où les percussions
Palabrent
Et qu’en écho
Les djembés brûlants
En rafales rauques
Répondent
Et qu’en paroles
-Feux sonores
Des brousses perdues-
S’éparpillent
D’intarissables tamtams

Rokia
Crâne nu
Auréolé de halos
Saigne de sueur ocre
Trace suintante
Des latérites d’antan
Où naissait d’un chant
Chaloupé
Le rêve en haillons
D’un envol miraculeux
Aux mots migrateurs

Rokia
Susurre l’essor
De cet espoir
Toujours moite
Où transpirent
Les cordes
Qu’inspire
L’ éternel griot
Et sa mémoire de cendres
Que chevauche
Ample et insatiable
La fulgurante danse
Du futur

Rokia
Silhouette que manie
La magie des koras
Corps articulé
De volonté fluette
Aux longs doigts d’arpèges
Aux hanches de guitare
Et son sourire
S’arc-en-ciel
De paroles de soleil
Quand celui-ci
Ouvre
Sur l’horizon trouble
Ses chœurs cuivrés

Rokia
Se taît d’un salut
Lorsque la houle debout
Lui offre son obole pâle
Diamant miraculeux
D’une nuit de nacre
Où renaît d’un balafon
La vieille Afrique
Au rire de savane
Quand l’aurore la pare
De son souffle de jouvence

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***

55. NOUVEL AN

Il faut balayer
Gravats détritus débris
Hordes d’horreurs
Que vomit la boue
Souvenirs bleutés
Sable de marbre mou
Porcelaine bronzée
Soleil débité en billets
Sur les sourires fuchsia

Il faut balayer
A l’ombre impassible
D’un Bouddha boursouflé
Aux énigmes d’encens
Et l’impensable fumée monte
Dans des larmes éteintes
Et les multiples mains jointes
Pour ne pas se tendre

Il faut balayer
Eternelle femme courbée
Sur le riz à piquer
Sous les cris de napalm
Sur le lendemain
A forcément survivre
Fourmi lancinante
De beauté déchirée
Comme un fusain
Tracé sur la nacre

Il faut balayer
Au delà de la vague
Et croire entêté
A l’horizon rouvert
Pour recommencer…

Recommencer…

Recommencer…

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***

56. MES MOTS

Mes mots
Je ne sais même pas
S’ils te manquent
Mes mots
En fait
C’est de te les dédier
C’est de te les envoyer
En aveugle
Sur la nuit maquillée des mails
Qui me manque

Mes mots
Mes vanités déguisées en regrets rimés
Mes fantasmes fumeux rhabillés de verbe
Mes souvenirs au chiqué de cinémascope
Tout ce brasier brisé d’images frelatées
Mes mots

Mes mots
Une virgule veule qui en veut au silence
Un point qui s’éteint comme un poing
Une griffure de plus qui rejoint sur l’écran
La caravane usée des syntaxes assoiffées
Dans le désert usuel des lieux communs
Et toi là-bas
Toi qui te tais
Tu m’aveugles de remords bavards
Où sourds se morfondent
Mes mots

Mes mots
L’impuissance qui se donne des airs
La parole en trop qui se brûle la langue
Et qui ensuite se fait un sang d’encre
Comme une espèce de pieuvre apitoyée
Perdus en amer
Mes mots

Mes mots
Inutiles pansements sur les gravats
Redondances ridicules sur les maux
Echos bégayés des douleurs télévisées
Vers en gerbes malsaines sur la mort muette
Et l’immense absurde
D’une mer marâtre
Qui boit dans son sel de larmes
Les ventres du paradis dévasté
Que psalmodie la misère
Psaumes du pauvre
Mes mots

Mes mots
Vois-tu
Je les lance quand même
Vers ton absence
Vers notre hier si fier
Et l’avenir à refaire
Car mes mots
Oui mes pauvres mots
Grisés de vacuité
Ivres de viduité
Veulent encore farfouiller
Parmi la gamme mystérieuse
Des métaphores à décrypter
Sur le clavier de ma solitude
Pour tenter d’inventer à satiété
Le sourire rose d’une aurore nue

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***

57. UNE VOIX

Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir

J’entends
Des rires de palmiers qui se tordent de musique
Des pas de danse qu’invente une plage espiègle
Des chants qui montent sur des braseros ivres
Des crustacés qui crépitent leur saveur pimentée

Ici
C’est le silence gris des bétons déprimés
C’est la glace qui saisit tous les masques
C’est un jadis souriant embrumé d’ombre
C’est l’ennui qui ne sait que recommencer

J’entends
Des guitares rastas aux cris de parfum hâlé
Des bras nus de désir qui dégrafent la lune
Des hanches insatiables que dessoudent la salsa
Des nuits secrètes aux folles sueurs de soufre

Ici
C’est le mutisme morne des grimaces polies
C’est la morgue soyeuse des cravates policées
C’est la cadrature étroite des cercles vicieux
Qui soumet à ses ordres la horde quadrillée

J’entends
Mes souvenirs marins d’aurores océanes
Mes remords nomades de dunes vives
Ma mémoire exilée qui déborde en vain
De tant d’hivers que la chaleur a bafoués

Ici
Le temps se tait s’étire et se désespère
Le temps n’est plus une chimère bleue
Le temps se meurt de mourir de rien
Et chaque ride compte un bonheur perdu

J’entends
Un rêve qui papillonne son corail osé
Un rêve qui murmure un refrain salé
Un rêve qui soupire son souffle de sable
Sur l’éternel instant d’un été sans fin

Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir

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***

58. POLYANDRIE

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Tu es polyandre
C’est une revanche de cendre
Sur les feux anciens
Les tabous brûlés
Des fétiches inversés

Nous sommes co-époux
Et nous comptons nos nuits
Comme un chapelet maudit
Egrainé de rendez-vous
La souffrance se lit
Sur les plis du lit
Quand il est rempli
Des roulis
D’un autre délit

Tu es polyandre
Il nous faut descendre
Dans l’infamie
Des cieux de cave
Au grenier des oublis
Et attendre
Ton bon vouloir de reine
Et tes désirs obscurs
Qui supplantent
Nos plaintes ardentes

Nous sommes rivaux
Sans nous connaître
Et nous partageons
D’infâmes insomnies
Qu’un orgueil floué
Feint d’ignorer
De nos gestes infatués
Dignes de figer l’océan
Dans des danses d’audace
Pour le cœur déhanché
Dont se houle notre
Maîtresse
Nous sommes esclaves
De nous
De notre soif amère
De notre espoir
Jamais désaltéré

Tu es polyandre
Et ton âme d’ébène
Se venge ainsi
De toute trace maudite
Des striures du fouet
Totalitaire
De ceux qui ont
Tant puisé dans le corps
Ecorché écorcé écorné
De leurs femmes plurielles

Tu es polyandre
Et tu fais mourir
A ton petit feu mitonné
Ces Blancs de hasard
A la fois innocents et
Coupables
De trop t’aimer

O reine des Vaudou
Amazone de nos banlieues
Femme de nos nuits doubles
Où tremble l’ombre trouble
D’un soupir sombre
D’un tumulte moite
Sur les coupoles mystiques
De tes seins d’ambre
Se hisse
O déesse
Notre destin

***

59. OUI

Oui

A l’aube nue qui s’embrume d’un baiser de soie
A la main assoupie qui s’épanouit en sourire
A la rose froissée d’ombre que lave l’aurore
A la pluie qui rince les racines de demain
A toi comme un destin neuf d’effigie sculptée
A celle que je ne connais pas et qui m’attend
A l’arc-en-ciel et sa mosaïque de différences
Aux bras qui s’étreignent en salves de joie
Aux lendemains qui bien sûr se lèveront encore
A la trace que laissent les larves moites de nos vies
A toi quand ton esquisse danse dans mes nuits
Aux rêves inouïs de nos utopies rassemblées
Au soleil qui ne se terre que pour renaître
A la symphonie éparse des parfums orchestrés
A ta beauté qui me hante de son futur incarné
Aux babils des enfants qui jugent nos avenirs
Au destin de la paix sur les sentiers des guerres
A la tour de Babel renversée d’espéranto
A ton corps chaviré dans un mer recommencée
Au radeau éreinté quêtant ses douze étoiles
A l’océan inaltérable et la plage de tes hanches
A l’odeur de la mer et nos marées en musique
A ton amour sans calcul et ses soupirs bleutés
A l’horizon impensable d’un demain pluriel
Au printemps des bourgeons de l’éternel retour
A la sagesse des fleurs qu’un seul souffle réveille
A cette vie têtue qui ne vaut rien et que rien ne vaut
A la reine du Levant que féconda le taureau divin
Et dont la légende scelle la mémoire et l’histoire

Oui
Mille fois oui

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***

60. L’AMANTE

(Premier mai 2005)

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Tes lèvres ont mordu le muguet de mes mots
Pour les étoiler d’un intarissable parfum d’ivoire
Et sur l’échelle échue de tes hanches loquaces
Peintre ému j’ai balbutié d’un délire de lys
Le flux stellaire de ma mémoire amère

***

61. CANICULE N°2

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Ce qui fond sur nous c’est un soleil kamikaze
Attila des pêchers bûchers des tournesols
Et nos peaux calcinées qu’un simple souffle embrase
Secrètent en suant sept ciels de parasol

Ce qui nous grille ce sont nos horizons glauques
Notre impossible satiété sponsorisée
Nos vies télévisées nos ardents soliloques
Le nombrilisme de nos fiels pasteurisés

Ce qui nous brûle c’est l’attentat d’un été
La gauloiserie d’une cervoise sans soif
L’explosion salace de nos ébriétés

C’est nous qui nous cendrons des grands soirs de la veille
Barbecue des slogans que l’incendie décoiffe
Nous ne savons que faire du suc du soleil

***

62. POURQUOI

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Pourquoi ?

Les cicatrices striant les villes
Les traces d’un sang incrédule
L’indicible au milieu de la routine
L’ennui d’une vie somnambule
Sous les hoquets de la mort

Pourquoi ?

Quel espoir fou peut-il germer
Sous les braises de vos bûchers inopinés ?
Quel gros lot attendre
Du loto absurde de la mort masquée ?
Quel demain atrophié
Sous les gravats sanguinolents
Des chairs éparpillées de haine ?

Pourquoi ?

Prophètes du no future
Quelles sont vos utopies démentes ?
Quel martyre radieux pour l’enfer
Recommencé de vos litanies en charpie ?
Quel message de quel livre
Quel précepte dit divin
Quelle loi soi-disant sainte
Quel buisson ardent
Vous pousse vers le souffle
Incohérent
D’un pain de plastic
Tapi sous la quiétude affairée
Des peuples multiples qui se lèvent
Pour survivre à leur quotidien

Pourquoi ?

Ne nous dites pas
L’injustice du monde
Les ventres d’une moitié
La disette de l’autre
Les repus les pansus
Et tant de moribonds oubliés
Ne nous dites pas
L’inconscience des puissants
Et l’indigence des autres
Ne nous dites rien
Que nous ne sachions déjà
Car votre camarde aveugle
Se moque de la misère qu’elle tue
Car nous connaissons
Depuis l’aube
Vos promesses de cendre et de sang

Pourquoi ?

Parce que vous n’êtes
Que la face défigurée
De notre mémoire meurtrie
Depuis les bûchers hérétiques
Que bénirent les mitres
Ou les chaînes infamantes
Des corps d’ébène privés d’âme
Jusqu’aux camps de nuits et de brouillards
Dont la fumée d’épouvante
Nous monte encore aux yeux
Vous êtes l’infamie ordonnée
De ceux qui veulent décider
De la vie et de la mort
Vos hordes pileuses
Rejoignent
L’abjection des crânes rasés
Vous êtes la vision neuve
Des vieilles chemises brunes
L’apocalypse revisitée
Des amants du néant

Nous qui n’avons
Que nos vies
Comme un bouquet éphémère
De quelques promesses en pétales
Un bouquet aléatoire
Où se conjuguent les larmes
De peine ou bien de joie
Moi qui n’ai guère que mes mots
Pour tenter de taire l’innommable
Pour plaider de mon fragile prétoire
Contre votre ordre ancien
Qui se donne la prétention
D’être nouveau
Je n’ai qu’un seul mot d’ordre :
La liberté

Et je dépose
Tel un coquelicot
Tout lancinant de son vermillon rimé
Mes vers aux chevets
Des vies volées
Et l’arc-en-ciel inouï
De l’espoir entêté
Qu’un poème récitera
Sur le berceau
D’un enfant à naître
Malgré vous
Contre vous

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***

63. FANTASME

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Il ne faut pas dévêtir un fantasme
C’est un fantôme fait de phrases
De paraboles nées de toiles tues
De tant de messages aphones
De secrètes symphonies
De regards muets de censures
De sourires aveugles
De désirs sourdant des masques
De mots votifs qui se perdent
Dans le labyrinthe adolescent
Des rêves désuets

Il ne faut pas dévisager un fantasme
C’est un fouillis de fleurs coupées
C’est un faux portrait
Que dénature le réel
C’est la Joconde ébouriffée
D’un matin tragique de quotidien
C’est une étoile qui s’affaisse
D’un sommeil sourd et sonore
C’est Vénus qu’une douche
Délave d’eau triviale

Il ne faut pas dégriser un fantasme
C’est un matin de cheveux aigres
C’est un mal de vivre têtu
Qui profile ses remugles sur l’avenir
C’est recommencer à marcher
Sur l’insoluble sable de l’ennui
C’est la gueule de bois défraîchie
Des lendemains sans aurores
C’est un crépuscule polaire
Sur le cercle glacé du temps

Il faut repeindre un fantasme
Il faut rebâtir la statue du temple
Repenser les fresques défigurées
Restaurer les ruines de la mémoire
Et fixer sur le bleu outremer
L’horizon d’un nouveau sens
Et lancer sur l’immensité du silence
La bouteille bue
D’un rêve dégrisé
Pour re-vêtir de verve
Une photographie neuve
Un visage flou
Aux contours d’ambre et de brumes

***

64. FAUX RENDEZ-VOUS

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Il s’est brisé le miroir
Et la glace en haillons
Erafle
Les paumes d’un poème à venir
Les soleils promis
D’un vers radieux de bleu
Façon Perrault
Mais Cendrillon se trompe de bal
Et le prince danse sur un mensonge

Il s’est brisé le miroir
Et la gare ressemble au gris de ses quais
Aucun train ne s’arrête plus
Aucun retour n’ouvre sa portière
Le compte à rebours commence
Et un piètre demain s’esquisse
En reflets émiettés
Comme une étoile fêlée
Sur une brisure de vitre

***

65. TAIZE

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C’est un homme vêtu d’innocence
De candeur immaculée
De paix souriante
De lumière calme

Mais la folie…

C’est un homme de paume nue
De paroles d’alliance
De cordialité neuve
De pacte humain ravivé

Mais le couteau…

C’est un homme sans haine
Pâte humaine pétrie d’amour
Aux regards ouverts
A l’âme alarmée d’autrui

Mais le sang…

C’est un homme de pauvreté riche
Chercheur d’or entêté
Tamisé d’amitié fine
Dans le regard du prochain

Mais la mort…

C’est un homme qui brille
Dans les larmes qui brûlent
Sur les bougies chavirées
De nos vies absurdes

Et les chants qui montent
Couvrent le silence immatériel
Du mutisme de l’espoir
Au-delà de son miroir impavide

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***

66. SONNET D’AUTOMNE

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Les souvenirs rouillés s’en vont se vendre au vent
Leur concerto amer s’éparpille en cascade
Tandis qu’échevelé l’orchestre du couchant
Solde en lingots fanés ses vertes sérénades

Vers qui se tendent les mains des fêtes d’hier ?
Les souvenirs rouillés s’en vont se vendre au vent
Quelle mémoire tremble aux lendemains si fiers
Quand l’aurore ressemblait à un océan ?

Avançons puisque meurent nos émois ardents
Les souvenirs rouillés s’en vont se vendre au vent
Dans le décor vide du théâtre éphémère

Les remords mordus du sang vain de nos chimères
Sont à fourguer dans le silence des fourrières
Les souvenirs rouillés s’en vont se vendre au vent

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***

67. DIALOGUE DE SOURD

L’automne te va bien
Me dit-elle

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Remords mordorés que saisit l’ironie du vent
Pensées courbes des oiseaux quand se rouille le soleil
Brumes lentes lourdes des peines de nos pas perdus
Sol imbibé de larmes que maculent nos regrets jaunis
Tant d’or pendu aux troncs de nos prétentieuses vigueurs
Tant de mains tendues qui noircissent d’espoir calciné
Chemin hasardeux dans le labyrinthe ocre des aubes floues
Où tombent dans des ors illusoires les cheveux du temps

Tu aimes trop l’automne
Me dit-elle

Sillons usés du silence agraire que rien ne lasse
Lieux communs du labour que relance l’entêtement de nos désirs
Aurore dépouillée des matins ternes que le brouillard brode
Nos amours qui murmurent les feuilles fragiles de leurs serments
Les odeurs humides des litières légales où s’abîme le calendrier
Les sentiments séchés que cornent d’anciens livres désuets
Les vers de Guillaume magiques comme un syllabaire de l’âme
Et leur pâle imitation saisonnière comme un éternel retour

Moi je suis la fille de l’été
Me dit-elle

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3 commentaires »

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