Mots dits vers

JARDIN D’EBENE (1985 – 2001)

SOMMAIRE

En guise de prélude
1. Avertissement
2. Jardin d’ébène

I. Mwana boka…
3. Pointe Noire
4. Na lingui Yo
5. Rencontres
6. Sur la plage
7. Les jeunes filles
8. La bière
9. Café noir

II. Vent de sable
10. Mauritanie
11. Déguerpis
12. Introspection
13. Départ

III. Broderies toucouleurs
14. Petite perle peulhe
15. Sirène
16. Voilures
17. Un jour tu partiras
18. Et mes pas sur le sable
19. Me manquent…
20. Envoie-moi tes baisers de sable…
21. Je t’ai trop aimée

IV. Saint-louisiennes
22. Saint-Louis
23. Saint-Louis la nuit
24. Saint-Louis blues

V. Cotonoises
25. Porto-Novo
26. Nocturne 1
27. Nocturne 2
28. Attendre
29. Que me reste-t-il ?
30. Flot
31. Au delà de ton silence
32. Voyage en Floride

VI. Retour
33. En écoutant Dylan
34. Vague à l’âme
35. Tout s’en va
36. Clandestin
37. Cellulaire
38. Chanson de cendres
39. Mais toi tu me dis

VII. Toi…
40. Bouquet de la Saint-Valentin
41. Métisse

***

En guise de prélude…

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1. AVERTISSEMENT

Mes chansons sont muettes

Alors
Dare-dare

Qu’on leur donne
Une guitare

Presto
Un piano
En queue de pie

Et puis
Sans tambour ni trompettes
Un saxo
Aux tubulures rauques
Pleurant de ses larmes d’or
Un spleen chromé

Sur l’heure
Un synthétiseur
Pour tout ramasser dans sa boite à son
Et étendre sur une plage infinie
-Tapis volant
Qui déroule ses rêves
Pont qui enjambe
Mes souvenirs-

Mes chansons mortes
A force
D’être
Muettes

***

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2. JARDIN D’EBENE

Non mon Afrique n’est pas famélique
-Les outres gonflées des ventres qui meurent-
Elle est affamée de vie mon Afrique
-C’est une femme qui rit de ses pleurs-

Jardin d’ébène

Femmes noires revenez sur mes pas
Vénus vénales sirènes sans dû
Vierges vestales reines du Sabbat
Eves vives m’offrant les mangues du

Jardin d’ébène

O mes villes dépenaillées d’Afrique
Vos nuit dénudées m’ont pris dans leurs nasses
Et les traces de vos sueurs lubriques
Ont délavé ma blanchitude lasse

Jardin d’ébène

J’ai transpercé ces villes somnambules
Faux démon déambulant sa semence
Brûlant ma vie aux hanches qui ondulent
Quand la cadence frôle la démence

Jardin d’ébène

Yaounde se saoule de makossa
Les black stars des bars aux tresses de transe
Ivres des secousses d’une salsa
Vendent leur destin pour un tour de danse

Jardin d’ébène

A la tombée du jour Brazza s’évade
Se remue au rythme de ses rapides
Ses chutes de reins tombent en cascades
Et dévalent nues une nuit liquide

Jardin d’ébène

Quand les remugles nocturnes se gravent
Au petit matin sur un quai de gare
Dans l’odeur moite d’une aurore hâve
Se lève lourde et lente Pointe-Noire

Jardin d’ébène

Nouakchott elle-même la fausse rude
Sait sous ses paravents dunaires faire
D’un long désir de sable un amour prude
Que le vent versifie en fable amère

Jardin d’ébène

Je quête à Cotonou la cotonneuse
Les regards des nouvelles amazones
Horde de Walkyries sur pétroleuses
Qui vont chevauchant ma couche d’ozone

Jardin d’ébène

Mon Afrique brille d’éclats de rire
Danse le deuil flirte avec l’infini
Moi sous la morsure de son désir
Je suis venu pour lui offrir ses fruits

Jardin d’ébène

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Texte dit dans le cadre des lundis de la Société des Poètes Français, à l’espace culturel Montpezat, le 23 avril 2007.

***

I. Mwana boka …

(Enfant du pays en Lingala)

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3. POINTE-NOIRE

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Accablée par le soleil
Nonchalante tu sommeilles
Sur le sable de tes plages
Mi-mondaine mi-sauvage
En dépit du vent du large
Qui s’essouffle sur tes barges
Tu refuses ce voyage
Qui voguait vers l’esclavage
Et tu rêves d’une gare
D’un vrai retour sans départ
Pointe-Noire

Ton wharf en vain tend la main
Pour cueillir quelques embruns
Tes Venus à demi nues
Offrent leurs corps à l’écume
Si peu filles et déjà femmes
Elles vivent de tes vagues
Sirènes sans le savoir
Rire(s) éclaboussant le soir
Et tu rêves d’un regard
Ebène sur fond d’ivoire
Pointe-Noire

Ta vie n’est pas toujours drôle
Quand s’écroule le pétrole
Ta « cité » le trente et un
Confond la faim les moyens
Mais la nuit ton rythme invente
D’infinies danses savantes
Pour faire rire les ventres
Faire naître les enfants
Ce sont ces fruits du hasard
Qui poursuivront ton histoire
Pointe-Noire

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***

4. NA LINGUI YO

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Elle portait des tresses perlées
Rebondissant sur sa peau ambrées
Elle avait fait ses yeux couleur fauve
Et le fard laissait des lueurs mauves
De ses joues rondes de femme enfant
S’évaporait un parfum brûlant

Na lingui yo
Ca veut dire je t’aime
Dans une langue du Zaïre

Elle buvait une bière au bar
Le corps encerclé par les regards
De ceux qui buvaient ses formes sous
Sa robe légère aux reflets flous
Son sourire promettait l’ivresse
A ces mateurs en mal de tendresse

Na lingui yo
Ca veut dire je t’aime
Dans une langue du Zaïre

Elle avait dû quitter Kinshasa
S’en aller son enfant sur les bras
Fuir loin de la case de sa mère
Pour s’échouer au bord de la mer
Et là toutes les nuits elle danse
Offrant son sourire en récompense

Na lingui yo
Ca veut dire je t’aime
Dans une langue du Zaïre

***

5. RENCONTRES

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Du fond de la musique noire
Entre batterie et guitares
Sous ses pas naissaient des désirs
Qu’elle annulait de son sourire
Ses hanche(s) écorchaient ta mémoire
Alors tu l’invitas à boire
Pourtant tu n’as pas su oser
Au bout du baiser refusé
Le goût du whisky fut amer
Elle buvait dans d’autres verres

Juste une égratignure
Un début de brûlure
A peine une écorchure
Simplement une aigreur
Un pincement au coeur
Et malgré tout tu pleures
Tu souris mais tu pleures

Puis le saxo souffla son or
Alors la nuit noua les corps
Cet obscur décor un peu glauque
Où somnolait une voix rauque
Tissait un voile noir complice
Tu y vis le moment propice
Son corps vibrait entre tes doigts
Ta joue frôlait sa peau parfois
Mais là tapi dans l’ombre vaine
Il attendait qu’elle revienne

Juste une égratignure
Un début de brûlure
A peine une écorchure
Simplement une aigreur
Un pincement au coeur
Et malgré tout tu pleures
Tu souris mais tu pleures

Enfin la nuit ferma les yeux
En vous abandonnant tous deux
Ecartelés sur ce lit sale
Pour un instant d’amour banal
Tu entras dans ses yeux brûlants
Sa chair lasse ses gestes lents
Son corps ouvert t’était offert
Experte elle se laissait faire
Le temps que tu te rendes compte
Qu’elle vivait de ses rencontres

Juste une égratignure
Un début de brûlure
A peine une écorchure
Simplement une aigreur
Un pincement au coeur
Et malgré tout tu pleures
Tu souris mais tu pleures

***

6. SUR LA PLAGE

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Elle s’était d’un geste dévêtue
Noire et belle sur le sable étendue
Son corps accueillant l’écume tremblante
Sur sa peau nue au soleil ruisselante

Puis elle a lancé dans son dos ses tresses
Et sa tête renversé d’allégresse
Dans un blanc remous de mousse et de sel
Pour faire don de son sourire au ciel

Puis debout dressant ses seins d’amazone
Elle brise les rouleaux qui résonnent
Et sous la houle ses hanches se cambrent
L’ombre sculpte sa silhouette d’ambre

Sirène à la longue traîne d’ébène
Nymphe fille de la vague soudaine
Ou fée née de la magie des marées ?
Non femme offerte à l’éternel été

***

7. LES JEUNES FILLES

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Ophélie
Fait son lit sourde à tes promesses
Elle oublie
Tous tes mots troublants de tendresse
Et délie
De ses longs doigts ses lourdes tresses
Et ta nuit
Est un port où tu noies sans cesse
Ta détresse
Car toi ventripotent plein de bière
Faut-il encore que tu espères ?

Natassia
De ses doigts souligne ses cils
Elle noie
Son émoi d’une larme habile
Elle croit
Que l’amour n’est qu’un feu futile
Et ton drap
Est l’écran d’une nuit débile
Inutile
Car toi ventripotent plein de bière
Faut-il encore que tu espères ?

Mélanie
Met la nuit ses trésors en gage
Et déplie
De ses seins le simple voilage
Et s’enfuit
Dans les bras de son rêve sage
Et l’ennui
Ennemi t’emmène en otage
Sur ses pages
Car toi ventripotent plein de bière
Faut-il encore que tu espères ?
Pourquoi veux-tu vieux con des familles
Rêver à l’ombre des jeunes filles ?

***

8. LA BIERE

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Fille du nord aux cheveux blonds
Née quelque part au plat pays
Entre blé maïs ou houblon
Là où le sol saoulé de pluie
S’abîme dans la mer
Avec ton col blanc de dentelle
Comme une caresse d’écume
O pétulante demoiselle
Dans ton col ouvert se consument
Les feux de nos déserts

La bière
Amère mais légère
La bière
Si claire mais peu fière
La bière

Ma brave cervoise gauloise
Compagne des fêtes viriles
Toi qui donne le goût des phrases
Quand pour fuir ce monde futile
On se noie entre frères
Tu promènes dans tes roulis
Les relents des marées lointaines
Des chants de marins malappris
Des fille(s) aux jupes peu hautaines
Qui dansent pour un verre

La bière
Amère mais légère
La bière
Si claire mais peu fière
La bière

Femme des berges de brouillard
On t’asphyxiait dans la fumée
Des pubs plein d’un peuple fêtard
Alors ton corps évaporé

A conquis l’univers
La taverne aux fraîches gretchen
Les filles fleur sur leur sofa
Les statues cambrées dans l’ébène
La sirène aux cheveux de soie
Le monde est dans ton verre

La bière
Amère mais légère
La bière
Si claire mais peu fière
La bière

***

A la manière de
Bergman/Baschung…

9. CAFE NOIR

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Si t’as la trique en Afrique
Faut savoir rester rigide
Pour ne pas perdre la pêche
Faut pouvoir garder la ligne
Si t’as de la nana fraîche
Cache ta feuille de vigne
Mets la banane en friction
Pour faire rougir le lion

Ne veux-tu pas
Un peu de Cognac
Dans ton café noir ?
Si !
Ou bien au choix
Un doigt de vodka
Dans ton vin de palme
Da !
Si ! Da !
Le cri fou du singe vert
Au fond des bois
Wa wa
Le cri fou du singe vert
Au fond des draps
Wa wa

Sous les pavés l’enfer vert
Les forêts ne sont plus vierges
Missionnaire plein d’intentions
Faut tenir la position
Top modèle anthropophage
Ton ivoire prend la rage
Trafiquant t’es sans défense
Elle a mis le mors aux dents

Ne veux-tu pas
Un peu de Cognac
Dans ton café noir ?
Si !
Ou bien au choix
Un doigt de vodka
Dans ton vin de palme
Da !
Si ! Da !
Le cri fou du singe vert
Au fond des bois
Wa wa
Le cri fou du singe vert
Au fond des draps
Wa wa

Détend toi docteur Schweitzer
C’est l’examen de minuit
Bel étalon sans litière
Où est le corps du délit ?
Aux rapports les infirmières !
Et n’oubliez pas l’éther
Délicate opération
Moi j’en veux mes sept flacons

Ne veux-tu pas
Un peu de Cognac
Dans ton café noir ?
Si !
Ou bien au choix
Un doigt de vodka
Dans ton vin de palme
Da !
Si ! Da !
Le cri fou du singe vert
Au fond des bois
Wa wa
Au fond des draps
Wa wa
Les bras en croix
Wa wa
L’envers l’endroit
Wa wa

II. Vent de sable…

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10. MAURITANIE

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Les dunes lascives qui tombent de soleil
Somnolent dans une longue langueur de miel
Mais nous sommes assis à l’ombre de la tente
Pour nous brûler au feu des trois thés à la menthe
Pays du désert
Pays morne
Presque mort
Seul le vent vit
Pays sans frontières
Nulles bornes
Pays maure
Mauritanie

Ici le vent est sable ici le temps est stable
La rose des vents se fige en rose des sables
Mais sous un ciel de tente aux points d’or innombrables
Une femme sombre sait inventer les fables
Pays du désert
Pays morne
Presque mort
Seul le vent vit
Pays sans frontières
Nulles bornes
Pays maure
Mauritanie

Pas un chien qui n’aboie la caravane passe
Entre sable et soleil elle poursuit sa trace
Puis une fois franchies les dunes qui s’effacent
Le silence s’étend et prend toute la place

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***

Protest song…

11. DEGUERPIS

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Ballots ou baluchons
Valises de cartons
Abandonnés par terre
Juste avant la frontière

Car ils sont devenus émigrés
Contre leur gré
Et c’est leur terre
Celle de leur père
Qu’ils ont quittée
Là où ils sont nés

Quinze ans dans la pirogue
A la dérive ils voguent
Ses rêves d’avenir
Il s’éteint son sourire

Car elle est devenue émigrée
Contre son gré
Et c’est sa terre
Celle de sa mère
Qu’elle doit quitter
Là où elle est née

Trente ans sur l’autre rive
Le jardin qu’il cultive
S’efface dans la brume
D’un sable d’amertume

Car il est devenu émigré
Contre son gré
Et c’est sa terre
Celle de ses frères
Qu’il doit quitter
Là où il est né

Et ce vieux boy des Blancs
Lui l’ancien combattant
Il écrase une larme
De ne pas avoir d’armes

Car il est devenu émigré
Contre son gré
Et c’est sa terre
Celle de ses pères
Qu’il doit quitter
Là où il est né

Et c’est leur terre
Celle de leurs pères
Ils y sont nés
Y seront enterrés

***

12. INTROSPECTION

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Qui suis-je ?

Un vrai faussaire un Dom Juan de pacotille
Qui ne sait que rêver le sourire des filles
Un Casanova casuiste au coeur artichaut
Chaque feuille devient un feuilleton idiot
Où l’on tranche le même coeur prométhéen
Qui danse dans le feu d’un Eros vénérien
Un Roméo qui poursuit cent mille Juliettes
Et qui voudrait qu’on lui donne enfin la recette
Un Tristan gai qui pleure une pluie de remords
Et cherche un arc-en-ciel au fond de chaque corps
De nymphe fanée de fausse fée famélique
Pourvu que l’ébène soit marqué de sa trique

Et je trinque aux anciens bordels cosmopolites
Où gît le reflet de mon fantôme hypocrite
Et je tombe à genoux devant Sainte Blandine
– O le martyre sacré du cul qu’on butine ! –
Et je prie pour la rédemption de mon coeur vide
Moi qui l’ai crucifié sur les pages arides
D’une adolescence confisquée par les bures
Assoupie au chevet des chasubles qui furent
Mes seuls jupons

– O pieuses pensées de mes lèvres
O désert des psaumes O mes poésies mièvres –

Mon âme pâle poursuit un Satan sombre
Pour fleurir un passé encombré de décombres
Et je suis là ensablé au pays du vent
J’ai sur mon coeur déraciné mis un turban
Sous les soleils factices des femmes faciles
Je sculpte dans l’airain des esquisses d’idylles
Sous un parfum de chrysanthème sidéen
J’achève de ronger moi-même mon frein

Et je ne sais plus que pleurer des rimes fades
De fanfaronnades en pauvres mascarades
D’aubaines oubliées en amours illusoires
Dom Juan ta mémoire n’est qu’une passoire
Et ce qui coule comme larme entre tes doigts
Idiot c’est ce que tu cherches en vain
………………………………………………………..– c’est toi

***

13. DEPART

Et je te quitterai donc
Toi
La farouche
Qui joue à cache cache
Avec
Tes visages aux vagues de voiles
– Et les sourires sont de hardis navigateurs ! –
Tes boubous boursouflés de brise
– Et la faim s’y déguise ! –
Tes haoulis froissés qui se grisent
D’alizés
Tes khaïmas funambules qui
Sur trois thés
Défient
La vie l’amour la mort
Et le vent

Et je te quitterai
Toi
La lascive
Avec tes courbes dunaires
Que le souffle du soleil caresse en se couchant
Toi
Que l’océan embrasse à satiété de ses baisers salés
Quand la peau nue de la nuit
A laissé choir
Sa dentelle de sable
A essuyé le fard ocre
Que le jour impudent
A dessiné d’un trait
De vent

Et je te quitterai
Toi
L’altière
Si fière de compter tes pas sans traces
Sur ton berceau de sable
Vers ton linceul de poussière
– O fol orgueil qui hurle si fort son silence hautain –
Au hasard des regards bédouins
Figés face au même
Horizon hirsute harassé de soleil
Et de vent

Et je te quitterai
Toi
La coquine
Qui vas te répandre dans l’écume
Regarde
Tes enfants dansent nus
Devant les vagues
Et toi
Tu t’empaquettes dans des voiles licencieux
Que dessine le ressac
Tu t’ébroue sous le sel
Mêlant
Sueur et sarabandes
Ton rire tonitruant éclabousse
Le soir qui descend
Et le vent

Et je te quitterai
Moi
Vrai faux nazaréen
Amoureux de tant de chimères
Accroché à toutes
Les étoiles factices
Erigé
Sur les ergs prétentieux de nos mots
Infiniment définitifs
Dressé sur le sol mouvant de notre verbe sûr
Je suis là
Sur ton bout de dune
Et toi
Tu n’as rien
Qu’un peu de poussière au front
Mais moi
– Gallo-romain aromatisé à la menthe
Gaulois païen qu’aimante
Un regard de passante –
Devant cet immense rien
Qui ondule
Ses certitudes de sable
Ma francitude
Vacille sur ses ergots

Alors je veux
Avant de te quitter
Venir me vêtir
Sur ta pudique nudité
D’un peu de ton vent

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***

III. Broderies toucouleurs…

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14. PETITE PERLE PEULHE

Tu tiendrais n’est-ce pas
Sur le bout de mes doigts
Puisque moi je vis par
Le fil de ton regard

Petite perle peulhe

C’est mon souffle je crois
Qui fait tempête en toi
Puisque le vent de mer
Pousse mes mots en vers

Petite perle peulhe

C’est ton coeur je le sais
Qui me tient au secret
Puisque mon corps lié
Rêve de son geôlier

Petite perle peulhe

Toi la mer en émoi
Et je me noie en toi
Moi rien qu’un vieux rafiot
Que tu remets à flots

Petite perle peulhe

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***

15. SIRENE

Es-tu l’étoile de mer
Que l’écume a déposée
Sur le sable desséché
De mes amours d’hier ?

Es-tu la rose des sables
Qui se languit sous le vent
Désespérant de mes chants
Les plus inavouables ?

Et si
Tu étais sirène
Sortie
Des anciennes scènes
De mon cinéma
D’autrefois

Es-tu la fleur de corail
Qui sommeille sous la houle
De mes mots doux qui déroulent
Leurs vers vaille que vaille ?

Es-tu cette algue marine
Qui tressaille sous le flot
De mes vagues de sanglots
Traces de mon vieux spleen ?

Et si
Tu étais sirène
Sortie
Des anciennes scènes
De mon cinéma
D’autrefois

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***

16. VOILURES

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Quand je les vois
Envoilées
Comme inavouables
Volumes enluminés
De chairs
Flasques
Volubiles
Volontiers licencieuses
Couvées caho-
tante
De vicieuses
Volailles

Je pense à toi
A ton corps nu
Et libre

Quand je les vois
Blafardes
Eclaboussées de blanc
– Les litres de lait camélidé
Avalés
S’étalent
Sur leurs faces livides
Lunes fades
Froides –

Je pense à toi
A ta peau noire
Et chaude

Quand je vois
Du fatras froissé
Des tissus enchevêtrés
Pourtant
Percer
Ces regards au fusain
Avides
Presque
Torrides
– Elan coupé
Arbrisseau saigné de sa sève
Oiseau des îles
Déplumé
Emmailloté
Lardé
A point
Pour le grill lancinant
D’une nuit imposée –
Et de leur
Voile
Pleure
Leur sueur amère

Je pense à toi
A la houle de ton corps
Qui se tord
Qui se tend
Quêtant les rives du plaisir
Vers lesquelles
Monte mon désir

Alors
Immergé de joie
Je me noie en toi

***

17. UN JOUR TU PARTIRAS

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Ton amour nomade innommable
Est l’enfant secret du désert
Il est né dans le vent de sable
Il redeviendra poussière

Un jour tu partiras
Et je n’y peux rien

Ton corps comme un oiseau palpite
Pris dans le piège de ma main
Mais le seul désir qui l’habite
C’est de suivre le vent qui vient

Un jour tu partiras
Et je n’y peux rien

Nos baisers sont comme l’écume
Que la vague morte dépose
Sur une plage d’amertume
Qui sous le soleil explose

Un jour tu partiras
Et je n’y peux rien

Il ne me restera de toi
Que mes images périssables
Mes mots naïfs comme mes pas
Qui vont se perdre sur le sable

Un jour tu partiras
Et je n’y peux rien

***

18. ET MES PAS SUR LE SABLE…

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Et mes pas sur le sable
Où iront-ils porter l’écume de tes lèvres ?

Ah! oui j’avais donc rêvé
Impénitent
Eleveur fou de chimères floues
Filaments
D’étoiles filantes
Bruissements
D’étoffes soyeuses
D’où suinte la sueur amère
Du temps qui
Fuit

Et mes mots sur le papier
Où iront-ils souffler la poussière
De ma peine ?
Quel mauvais vent les
Portera
Sur ta poitrine
Pour qu’ils y gravent la trace
Sanglante
De mes regrets ?

Ah! oui j’avais rêvé
Moi pauvre païen
Moi pauvre paillard

« Ripaille!
Tout pour la tripe!
Et la baise… »

Ah!
Mes oncles François
Villon mon presque frère
Et Rabelais le faux moine
Regardez-moi
Chialer mes madeleines
Pour l’ombre fugace
D’un furtif baiser de pucelle
Oh! Mes après-midi collégiennes
Revenues m’atteindre sur ces rives arides
Oh! Mes chastes caresses d’antan
Parmi les ruines renaissance
De ma ville romaine

Ici
Là sur ce sable sec et stérile

Et moi
Vieilli et
Soudain
Adolescent
Mais meurtri
Comme avant
Quand Bobby
Shootait sa musique héroïne
Sur les lèvres électriques
De son harmonica ivre

Et mes pas sur le sable
– La plage où courent les amants
shabadabada shabadabada –
Et mes mots sur le papier
Unis dans un même élan
Vers
Un regard de toi
Une caresse de toi
Un peu de toi
Juste pour moi
Comme autrefois

Tant de mal pour toucher ta peau
Tant de temps
Pour
Enfin boire
Ton corps
A la fois frêle et fort
Démuni et inexpugnable
Offert et fermé

Parfois tu me laissais
En voilant tes yeux
Sculpter
De quelques caresses
Tes seins
Ton sexe
Ton trésor

Et moi
Je n’étais
Rien
Qu’un pilleur
Privé de pitié
Odieux suppôt de Satan!
Un razzieur
Sevré de scrupule

Mais
De
Ce rien
Tu avais fait naître
Un innocent miracle
Vierge et sensuel
– O immaculée conception! –

Mais
De
Ce rien
Il ne me reste que le mirage

Et mes pas sur le sable
Et mes mots sur le papier

***
19.

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Me manquent…

Ton désert et son silence
Tes dunes et leur somnolence
Tes courbes infinies et leur horizon lascif
L’oasis de ton sourire plantée sur ta fierté hérissée
La savane dévastée de ton passé
L’incendie prétentieux de mon désir
-Qui me brûle encore ! –
La cendre fertile de nos amours virtuelles
La poussière de mes mots que le vent balaie

Et ce papier vierge
Où je dessine ton sourire

Qui me manque

***
20.

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Envoie-moi tes baisers de sable

Que porte le vent de mer
Tes frissons de poussière
Qui dansent par delà les dunes
Le parfum de l’écume
Et ses fleurs salées
Qui sèchent sur tes lèvres

J’ai perdu tes mots
Mais je garde en moi
Comme un caillou têtu
Que le vieux vent sculpte
Peu à peu
En rose des sables

Je la pose
Sur ce papier désert
Et je l’offre à ta mémoire
Le seul miroir
Qui me fait rire
Et qui fige
En moi
Ton sourire

***

21. JE T’AI TROP AIMEE

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Ma mémoire est un labyrinthe
Je t’avais jetée dedans
Dédale des amours défuntes
Agitez vos mouchoirs blancs
Parmi tous mes couloirs opaques
Je t’avais mise au secret
Je ne pensais vraiment pas que
Si tôt tu en sortirais

Ah! je t’ai trop aimée

Mon coeur est une histoire d’eau
Et je me noie sur ses pages
Quand le spectacle de ta peau
Reste leur seul paysage
Toutes mes guerres érotiques
Perdues contre ton corps nu
Et nos coucheries héroïques
Tu les as perdue de vue

Ah! je t’ai trop aimée

Ma mémoire devient sénile
Elle tangue par l’arrière
Mes amours deviennent débiles
L’avenir va en enfer
Quand je te vois à demi nue
Danser et rire sur l’eau
Je songe aux promesses perdues
Aux méandres de tes mots

Ah! je t’ai trop aimée

***

IV. Saint-louisiennes…

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22. SAINT-LOUIS

Cette ville fut grande
Mais l’histoire l’a dépassée
Elle s’en souvient
Elle en garde l’orgueilleuse nostalgie
L’air marin l’embaume
Si bien que l’on ne sait
Si elle meurt
Si elle dort
Belle au bois dormant qui s’étiole doucement
Ou bien Phoenix prêt à conquérir demain

C’est une ville qui se penche
Sur la mer
Sur son passé
C’est une ville qui s’épanche
A travers
L’aridité

Saint-Louis
Saint-Louis du Sénégal

Une lagune de langueur
Se consume
En barbarie
Et pourtant la lune en chaleur
Nous rallume
Des nuits blanchies

Saint-Louis
Saint-Louis du Sénégal

Mais les murs musée se lézardent
Et s’écroulent
En pleurs de pierre
Et pourtant les fille se fardent
Et puis roulent
Des hanches fières

Saint-Louis
Saint-Louis du Sénégal

Ce n’est qu’une langue de sable
Qui sans cesse
Se reconstruit
Mais c’est la mort indépassable
Qui se dresse
Sur l’infini

Saint-Louis
Saint-Louis du Sénégal

st-louis-7.jpg

***

23. SAINT-LOUIS LA NUIT

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Avez-vous vu Saint-Louis la nuit ?

Quand le fantôme des façades
Se lève
Sous la lueur vaine des réverbères

Quand la pénombre
Rajuste
De son rimmel lunaire
Les balcons qui branlent

Quand une poudre d’étoile
Sème
Son argent factice
Sur la peau lépreuse des murs

Avez-vous vu Saint-Louis la nuit ?

Quand le fleuve
– Qui en a vu d’autres!-
Est
Sous le Pont Faidherbe
Le seul passant

Quand les filles de Fatou Gueye
– Khessalées hélas ! –
Sont dans les bars
Et attendent
Le spahi moderne
Qui
Au matin
Lavera la sueur âcre de leurs corps
De ses billets doux
Dévalués

Avez-vous vu Saint-Louis la nuit ?

Quand l’océan au loin
Erige sa rage
Et monte
Etreindre
La lune
Etoilant
Sa jouissance lactée
Sur
Le pagne dénoué d’une nuit encrée

Alors la terre barbare
– Si vite oubliée! –
Tire une langue chargée
– Fumet fumeux des pirogues –
Née de la dernière marée
Et puis guette
Eperdue
Le retour
Du jour

Saint Louis la nuit
Rêve d’un matin de gésine
Et se traîne ivre morte
Saoulée de passé
Dans des bars bardés de musiques éclectiques
Et attend l’aube
Avec ses flots d’enfants dévalant les rues rances

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***

24. SAINT-LOUIS BLUES

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Nos corps noués qui s’imprègnent
C’est ma mémoire qui saigne
C’est ma blessure au soleil
C’est mon sang qui s’émerveille
D’un oiseau mort sur les quais
Du port désert désormais

Les embruns jettent leurs armes
Mes larmes n’ont plus de charme
Du passé Saint-Louis se grise
Moi mes souvenirs m’enlisent
Et comme l’écume morte
Mes mots le vent les emporte

Ah ! rester dans cette ville
Blanchie de cendre inutile
Trouver un corps de jeunesse
Et l’inonder de tendresse
Pour mourir en montant haut
Comme l’a fait cet oiseau

***

V. Cotonoises…

images-17.jpg

25. PORTO-NOVO

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Il y a un pont sur la lagune
Des palmiers déplumés déprimés
Que la pluie et le vent importunent
Nos baisers sont partis en buée

Il y a un pont sur la lagune
Et des pirogues figées sur l’eau
Balançant leurs filets de fortune
Tu as perdu le fil de mes mots

Il y a un pont sur la lagune
Un soleil insidieux qui soulève
Sans honte les haillons de la brume
Et mon coeur en rade de ses rêves

Il y a un pont sur la lagune
Et des orages plein les nuages
Et la pluie pour laver ma rancune
Et l’oubli pour noyer ton visage

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***

26. NOCTURNE 1

black-netb-2.jpg

Et si ce soir j’avais envie de boire
L’espoir ?
Pourquoi ne pas croire au bleu
A l’évidence de l’éther
A la cérulence du ciel
Son voile ouvert sur
Mon coeur déshabillé ?

Nue ma sueur
Contre ta peau
Vers ta source orale
Je suis ruisseau
Eau et sel
A l’assaut du ciel
Dans ta voix lactée
S’étoile mon corps
Et mes lèvres laveront de leurs mots
La trivialité de l’acte

Nu ton corps
Contre ma vie
Toi un printemps
Quelques gouttes de sève
Qui sèment mon rêve

Nu ton amour
Contre mon mensonge
Contre l’amertume tue
Toi un serment
Quelques graines de promesse
Qui germent mon désir

Nu mon amour
Contre tous les autres
Contre mon adolescence volée
Contre mes antiques baisers dilapidés
Toi un présent
Un cadeau aujourd’hui
Un don d’abandon
La permanence de l’instant

Et si ce soir j’avais envie de croire
En l’espoir ?

Que valent
Contre un de tes sourires
Tous les fils enchevêtrés
De l’écheveau de nos vies croisées
Entrelacées
Infiniment dans des lacets
Qui nous lacèrent ?

Que valent
Contre un de tes baisers
La poubelle de nos vies
Les déchets de nos déboires
Nos débiles regrets ?

Que valent
Les défilés odieux
Des aboyeurs d’ordures
De l’ordre promis à nos matins maudits ?

O que je me damne sur ta peau
O que ta langue sésame
M’ouvre les Danaïdes de l’espoir
Et qu’insatiable assoiffé je boive
Hier demain
Aujourd’hui

***

27. NOCTURNE 2

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Je traîne ma nuit
Dans un labyrinthe sidéen
Je m’éreinte à chercher
La luciole pure
L’immaculée nudité qui danse
Dans la sueur zouk
L’alcool rock
Et mes bras naufragés
Etreignent
L’ombre de mes rêves

Hier un corps m’embarquait
Eperdu
j’ai vogué vers moi
– O l’île nue au bout de ma raison –
Radeau ivre
Tangue dans ma mémoire
Boit avide
Les ondes du souvenir
Et arrime-moi
A ta danse
Laisse-moi sculpter
Dans tes reins
Ma propre statue

Emmène-moi en moi
Que ton parfum âcre
Soit l’embrun
D’une aube utopique
Que se lève la brume froide
Sur l’océan nostalgique
Ta musique me prend
Ton corps me viole
Et je vole enfin

Femme de cuir
Au tambourin de cuivre
Reconduis-moi chez moi
Femme vestale
Née d’une nuit fatale
Vénus vénale
Venue de l’amour total
Sirène virginale
Que l’écume boit
Mamy Wata
Lève-toi
Pose tes lèvres sur les amplis
Noie la musique dans tes mains offertes
Et avale-moi
Communie-moi
Absous-moi
De tout

***

28. ATTENDRE

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Attendre
Et le temps fond en sueur
Le ciel suinte sa pluie sale

Une araignée têtue
Tisse ses souvenirs
Cette mouche vaine
Prise dans la poisse
Et l’invisible glu
D’inextricables lacs
Est-ce notre amour
Qu’enserre
Le temps ?

Attendre
Comme un Sahel assoiffé
La paume moite de la pluie
L’imprévisible bruine des caresses

Attendre
Rêver d’une éternité
Dans l’étreinte de l’instant
Consumer
Au feu de ton corps
Mes étincelles
Ultimes

Attendre
Dans un port oublié des bateaux
Nos jours de raccroc
Faute de nuits ouvertes
Naufragé clandestin
D’un amour en partance
J’attends sur mon radeau médusé
Le pavillon sauveur
Au bout d’un horizon
Hypothéqué

Attendre
Et
Si dans ces moments lourds
Tissés d’amours virtuelles
Si sur ces plages vides
Que mes rêves ventent
Si dans cette nudité crue
Où brûle mon sang
Se dessinait simplement
Ce sablier forcené
Que je m’entête
A retourner

***

29.

Que me reste-t-il ?

Les ruines d’un château de sable sorti de l’écume de mes rêves
Les atouts désamorcés d’un jeu usé où me manque la dame de cœur
Ma carte d’adhérent – numéro mille deux – du club de tes prétendants déchus
Mon humour amer comme une pincée de piment sur mon écorchure
La statue de ton corps offerte à mes fantasmes insomniaques
Mes lèvres gercées par tous les baisers qu’elles n’ont pas donnés
Mes mains brûlées par tant de caresses illusoires
Notre amour mort-né
Mes mots malchanceux comme des dés maladroits jetés au hasard
Le bégaiement de mon désir sous ton arbre à palabre
Ton refus qu’arrêtent impitoyables tes lèvres
Ma boussole qui s’affole et perd son nord
Ta beauté qui lancinera mes regrets
Le remords de l’échec et sa honte bue
Ma parole qui se perd faute d’écho
La plaine infinie d’un ennui quotidien
L’océan de tendresse où je voulais te noyer
L’harmattan sec de ton amitié
Ton silence qui m’ensevelit
Ton regard qui me suit malgré toi

Et la trace de ton sourire comme une blessure fluorescente

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Poème publié dans « Poésie Vive » anthologie de poètes de l’internet par le Club des Poètes (2001)

***

30. FLOT

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A combien de grains
De sable ai-je encore droit ?
Quel est ce chapelet liquide
Qui s’échappe
De mes doigts
Fermés ?
Poudre volatile
Imperceptible suie du temps qui
S’évade et s’écroule
Comme ces dunes pourpres
Sur lesquelles les enfants
Rient
– Et leurs dents d’argent
Sont des insultes criantes
Qui vibrent dans le vent
Comme un soupir ténu
Et insolent –

Et toi nue
Sur le socle de tes vingt ans
Inattendue statue
Avec ta vertu ouverte
Comme un cœur écartelé
De quel avenir têtu
T’es-tu dévêtue ?

A combien de baisers ai-je droit
Encore
Combien de caresses
Sur l’offrande de ta peau
Que pensent mes paumes
Comme un poème
– Mon plus beau –
Eternellement inachevé ?
Ulysse devient Pénélope
Et reconstruit les fibres de sa vie
Dans des nuits clandestines
Que tissent de longs désirs
Dans d’inlassables fils
Filaments stellaires
Etoiles échevelées
Flux lilial
Qui se satellise
Autour
De

Toi
Nue
Sur le socle de tes vingt ans
Inattendue statue
Avec ta vertu ouverte
Comme un cœur écartelé
De quel avenir têtu
T’es-tu dévêtue ?

A quel voyage suis-je promis ?
Vers quelle escale escalade
Mon cœur amer de tant
Mentir ?
Vers quel port s’amarre
Mon destin ?
Vers quelle fille de joie
Marine mon instinct ?
Tangage de bière
Tatouages de guerre
Goulots qui gueulent
Se brise ma mémoire
Dans des films ringards
Eclaboussés d’éclats de verre
Vers quel horizon recule
Mon miroir éparpillé ?
Ligne indépassable de mes mains tendues
Vers

Toi
Nue
Sur le socle de tes vingt ans
Inattendue statue
Avec ta vertu ouverte
Comme un cœur écartelé
De quel avenir têtu
T’es-tu dévêtue ?

Es-tu destinée
A devenir
Femme de marin ?
A guetter le soir comme
Un quai de gare ?
A compter les phares la nuit
Comme des étoiles qui s’égarent ?
Scrutant les replis verts de l’ombre
Offrant ta peau aux embruns
Qu’épousent tes larmes
Vers quels récifs vont tes pensées
Quand l’avenir devient
Vague ?
Et moi volage
Faux jeune homme
Tricheur au grand cœur
Sincère menteur
Ma conscience n’est-elle donc que cette
Catin dévergondée
Que je baise
A couche que veux-tu ?
Sa bouche
Béante baie
Ne s’ouvre plus que pour
Jouir
Du luxe tapageur de mes mots faux
Qui coulent dans ces vers
Comme le remords
D’un assassin
Le coup fait

Et toi nue
Sur le socle de tes vingt ans
Inattendue statue
Avec ta vertu ouverte
Comme un cœur écartelé
De quel avenir têtu
T’es-tu dévêtue ?

Si j’ai bien compté
Si j’ai bien pesé
Le poids de chaque poussière
De chaque flocon d’écume
De chaque mot pendu au fil
Fallacieux de mes phrases
De chaque souffle de vent
Qui passe dans l’ombre
D’un oiseau migrateur
-Et son cri est un appel-
De chaque goutte d’eau
Qui perle de mon corps
Sur ton corps
Quand tu m’offres
Tes parcelles d’éternité
De chaque flammèche
Qui brûle encore en moi
Au feu de chaque baiser
Enfoui sous la cendre
Si j’ai bien compté
Si j’ai bien pesé
Il ne me reste
Que

Toi
Nue
Sur le socle de tes vingt ans
Inattendue statue
Avec ta vertu ouverte
Comme un cœur écartelé
De quel avenir têtu
T’es-tu dévêtue ?

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***
« Mon cœur a plus d’amour que vous n’avez d’oubli »
Victor Hugo

31.

Au delà de ton silence
Sans horizon
Au delà du sable de ton absence
Et de ses sourcils dunaires d’où
Lourdes coulent mes larmes sèches

Je t’attends

Comme un guetteur d’étoile
Un veilleur de nuit bleue
Un soldat de faction
Armé seulement
D’une pensée pour toi

Je t’attends

Comme ce trop vieux prisonnier
Abandonné au seul espoir de sa cellule
Qui le cœur incinéré
S’écartèle sur les barreaux
De ses désirs

Je t’attends

Comme ce poète blessé au front
Meurtri par le feu cinglant
De tes baisers refusés
Et dont les morsures
Ensanglantent ses nuits blanches

Je t’attends

Comme un marin en mer
Qui perd ses repères
Et mêle ses voiles aux ailes
Volages des oiseaux
-Insaisissables comme toi-
Sans autre espoir
Que de les voir
S’enfuir

Je t’attends

Comme l’indéracinable statue
De ce bulgare inconnu
Rebut d’une révolution déchue
Et qui
Au carrefour de ton cœur compliqué
Rêve de la résurrection de la chair

Je t’attends

Au-delà de ce qui nous sépare
Au-delà des mers imaginaires
Que tu étales entre nous
Au-delà de l’espoir même

Je t’attends

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***

32. VOYAGE EN FLORIDE

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Au supermarché des parfums
J’ai respiré le souvenir
De nos amours sans avenir
Qui ne veulent pas prendre fin
Qui donc a au cap Carnaval
Satellisé ton cœur de verre
Dans une boule de cristal
Qui tourne toujours à l’envers ?

Dès demain
Je gicle en Floride
Pour briser les brides
De ma vie morbide
Dans les flots torrides
De tes reins
Dès demain
Je gicle en Floride
Pour combler les vides
De ma vie avide
Dans les flots torrides
De tes reins
De tes reins
De tes reins

Nos nuits à Paris c’est si loin
Touristes du septième ciel
Toi voleuse de tour Eiffel
Moi profanateur de lieux saints
C’est sur la ligne de tes reins
Que s’enroule mon horizon
L’avenir n’est rien qu’un vaurien
Alors arrêtons l’érosion

Dès demain
Je gicle en Floride
Pour briser les brides
De ma vie morbide
Dans les flots torrides
De tes reins
Dès demain
Je gicle en Floride
Pour combler les vides
De ma vie avide
Dans les flots torrides
De tes reins
De tes reins
De tes reins

***

VI. Retour…

33.

En écoutant Dylan
« Just like a woman »…

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Dylan éructe
Et ses mots
Viennent creuser encore
Les vieilles blessures

O Marie O Chantal
O vous mes Venus pâles
Qu’êtes-vous devenues ?
Autour
De quelle planète
Gravitent
Vos corps de lumière ?
Et
De quelle galaxie
Tombe
Ce spleen avec sa mauvaise traîne
D’étoiles
Flétries ?

Et toi
Star Sarah
Maintenant au firmament
A
Des années lumières
Du ver de terre
Et de ses vomissures de vers
Vaines
Brisures de cristal
Oh ! tu ne te souviens pas
De celui
Qui
Peureux
Osa
Un jour
Se traîner
Jusqu’à
Ton bras

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Je suis si loin de tout
Perdu
Au fond
Du continent de nos misères
Et voilà
Que vient crisser
L’harmonica aigre
Des chants d’antan

O mes Venus noires
Apprenez-moi
L’oubli

Que vos baisers mouvants
Enfouissent
Mon passé
Que vos corps spongieux
Submergent
Ma mémoire
Que nos cris
Soient
Comme des taches de feu
Sur une nappe
Trop bien tenue
Où s’ouvre
Un bouquet fané

***

34. VAGUE A L’AME

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Ma ville s’est payé le soleil
Elle a repeint son été en bleu
Et la peau nue des filles ruisselle
Sous la caresse floue de mes yeux
Du fond d’une bière bien amère
Me remontent mes amours ratées
Et je cherche les ombres d’hier
Au bord d’une foule aux pas pressés

Personne n’y prend garde
Nulle ne me regarde
Rien qu’un goût d’amertume
Que le soleil parfume
Vague à l’âme

Ma vieille ville embrase son ciel
Elle l’éclabousse de couleur
Des ribambelles de jouvencelles
Se trémoussent devant ma douleur
Où êtes-vous enfuies mes amies ?
J’ai autrefois rêvé sur vos lèvres
J’ai vécu dans vos lits la folie
Il ne reste rien de cette fièvre

Rien qu’un goût d’amertume
Que le soleil parfume
Personne n’y prend garde
Nulle ne me regarde
Vague à l’âme

Ma ville prend des airs de Brésil
Et toutes ces filles qui frétillent
Ont gardé le soleil de leurs îles
Mais moi de quel exil je m’habille ?
Où est la traboule où l’on s’enlace
La trace tiède de mes bonheurs ?
Quel est ce sourire qui s’efface
D’un poème poli par mes pleurs ?

Personne n’y prend garde
Nulle ne me regarde
Rien qu’un goût d’amertume
Que le soleil parfume
Vague à l’âme

***

35. TOUT S’EN VA

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Les promesses des arbres
Les mirages des vagues
Les amours qui s’ensablent
La cendre de mes flammes
Tout s’en va
Le sang de mes gerçures
Le feu de mes blessures
Mes rêves d’amour pur
Mes désirs d’aventure

Tout, tout s’en va

Les aurores livides
De mes matins arides
Le vertige du vide
Sur ton sourire acide
Tout s’en va
Ton rire adolescent
Ton corps incandescent
Mes amours de demain
Celles qui m’iront bien

Tout, tout s’en va

L’amour sainte nitouche
Que me livre ta couche
Ton désir si farouche
Qui fuit quand on te touche
Tout s’en va
Mes mains posées à tort
Sur l’ombre de ton corps
Mes mots qui crient encore
Pour conjurer la mort

Tout, tout s’en va

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***

36. CLANDESTIN

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Y’en a qui s’aime(nt) au soleil
Qui prennent l’amour à l’air
Et qui toujours s’émerveillent
Sur leur cœur à découvert
Moi mon amour est à l’ombre
Dans la nuit dans la pénombre
Quelques figures furtives
Qui s’effacent fugitives

Clandestin
C’est mon destin
Pas sur le pont
Le bastingage
Mais bien au fond
Fond de la cale
Pas de bagages
Toujours en cavale

Ceux-là s’aime(nt) infiniment
Qui prennent toute leur vie
Pour dévorer leurs serments
Sans jamais vomir l’ennui
Mon amour est de passage
Il vit de passade en passe
C’est l’ébauche d’un visage
Un reflet sur une glace

Clandestin
C’est mon destin
Pas sur le pont
Le bastingage
Mais bien au fond
Fond de la cale
Pas de bagages
Toujours en cavale

Y’en a qui s’aime(nt) au futur
Plaçant leur amour en gage
Vers un horizon bleu sûr
Comme des rentiers bien sages
Mon amour vit aujourd’hui
Il guette autour de minuit
Tous les clins d’œil des lucioles
Les bouts de bonheur qui volent

Clandestin
C’est mon destin
Pas sur le pont
Le bastingage
Mais bien au fond
Fond de la cale
Pas de bagages
Toujours en cavale

***

37. CELLULAIRE

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Tes baisers se déguisent
En pensées à ta guise
Qui se posent flétries
Sur ma messagerie
Sur ma messagerie

Insupportable portable
Sans mobile apparent
T’a pas rang t’es débile
Insupportable portable
Cellulaire en promo
Tous mes mots sont offerts
Insupportable portable
A l’insu des cœurs surs
La facture des corps nus
Insupportable

Nos numéros d’antan
S’affichent sur écran
Mais l’amour qu’on a fait
Dépasse mon forfait
Dépasse mon forfait

Insupportable portable
Sans mobile apparent
T’a pas rang t’es débile
Insupportable portable
Cellulaire en démo
Tous mes mots sont offerts
Insupportable portable
A l’insu des cœurs surs
La facture des corps nus
Insupportable

Funambule fébrile
Pendu aux coups de fil
A la peur de l’appel
Mon cœur sous ton scalpel
Mon cœur sous ton scalpel

Insupportable portable
Sans mobile apparent
T’a pas rang t’es débile
Insupportable portable
Cellulaire en démo
Tous mes mots sont offerts
Insupportable portable
A l’insu des cœurs surs
La facture des corps nus
Insupportable

***

38. CHANSON DE CENDRES

Bien sûr notre amour périssable
N’était qu’un oiseau de passage
Mais voilà je suis incapable
Mon cœur de tourner cette page
Nous avons tutoyé le diable
En nouant nos corps en partage
Nous étions d’innocents coupables
Rescapés du même naufrage
Rescapés du même naufrage

Quand il te tient dans ses bras
Penses-tu encore à moi ?
Quand il te tient dans ses bras
Penses-tu encore à moi ?

Bien sûr nous étions hors-la-loi
Mais nous étions des chercheurs d’or
Je faisais briller de mes doigts
Chaque pépite de ton corps
Comme un pirate d’autrefois
Je fus pilleur d’île au trésor
Le souvenir de nos émois
Se cache dans quel coffre-fort ?
Se cache dans quel coffre-fort ?

Quand il te tient dans ses bras
Penses-tu encore à moi ?
Quand il te tient dans ses bras
Penses-tu encore à moi ?

Me voilà rendu en novembre
Avec son vieux vent sous les portes
Mon automne saison de cendres
Toi tu t’effondre(s) en feuilles mortes
Il suffira d’un avril tendre
Pour que toutes les fleurs ressortent
Quel printemps nous faut-il attendre
Pour qu’enfin l’amour nous emporte ?
Pour qu’enfin l’amour nous emporte ?

Quand il te tient dans ses bras
Penses-tu encore à moi ?
Quand il te tient dans ses bras
Penses-tu encore à moi ?

***

39. MAIS TOI TU ME DIS

J’oublie l’alibi de l’absence
J’essuie des bordées d’insultes
Et je tombe en panne de sens
J’erre le cœur encore inculte

Mais toi
Tu me dis
Que tu m’aimes encore

J’envoie des fleurs par téléphone
Je paie un forfait parfumé
Mais c’est messagerie aphone
Mes vers s’évaporent en buée

Mais toi
Tu me dis
Que tu m’aimes encore

Mes pleurs tu t’en fais des colliers
Tu ris tu nargues tu te moques
Je vis ma vie le cou lié
Tu joues ambiguë équivoque

Oui mais
Tu me dis
Que tu m’aimes encore

L’amour on l’a pris en plein vol
Et on chevauchait les sept ciels
Sans toi j’ai perdu ma boussole
Le vent est vraiment démentiel

Mais toi
Tu me dis
Que tu m’aimes encore

Ton cœur c’est mon seul ascenseur
La nuit je grimpe aux gratte-ciel
Sans toi je descends sans douceur
Au sol sans ficelle ni nacelle

Mais toi
Tu me dis
Que tu m’aimes encore

***

VII. Toi…

40. BOUQUET DE LA SAINT-VALENTIN

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Notre amour
N’est pas
Un bouquet fané

Passez
Pervenches Pensées
Oeillets Glaïeul ou Dahlia
Et autres Tulipes
Froissez-vous
Volatils pétales
De Roses
D’Aubépines
Vous dont dispose
Le vent
Comme d’un pollen épars
Flattez-vous
Flamboyants flambeurs
Volages Bougainvillées
Et vous autres
Frôleuses effluves
Qui diffusent
Un parfum
Aléatoire et frileux
Fugace
Comme un voleur de serments

Non
Notre amour
N’est pas ce bouquet fané
Fardé
De fariboles
Pour plaire à la rumeur
Affamée de baisers frelatés

Non
Ce n’est
Que cette froide et frêle
Edelweiss
Glacée et pure comme une pluie d’hivernage
Douce et molle comme une moiteur tropicale
Une simple fleur séchée
De celle
Fidèle

Que l’on scelle
Au chevet
Des pages secrètes
Qui veillent sur nos nuits

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***

41. METISSE

Entre la plage et les dunes
Entre Léman et lagune
Entre le bronze et l’ivoire
Entre sagesse et savoir
Entre cerise et banane
Entre palmier et platane
Entre l’albâtre et l’ébène
Entre sorcier et sirène

Entre réglisse et vanille
Métisse
Entre vanille et réglisse
Ma fille

Entre tambour et tam-tam
Entre salut et salam
Entre varech et écume
Entre culture et coutume
Entre misère et désert
Entre banlieue et charter
Entre colombe et ibis
Orchidée et fleur de lys

Entre réglisse et vanille
Métisse
Entre vanille et réglisse
Ma fille

Entre le voile et le front
Entre l’étoile et l’affront
La loi d’Oran et d’Orange
Quand la liberté dérange
Entre haine et NTM
Entre je tue et je t’aime
Entre la mort et l’amer
Choisis le vent de la mer

Entre réglisse et vanille
Métisse
Entre vanille et réglisse
Ma fille

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Ce recueil à été publié virtuellement en « ebook » le 8 avril 2003 par le site Accents poétiques (http://www.accents-poetiques.com)

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