Mots dits vers

POURMEN ER PENN AR BED (2001 – 2002)

SOMMAIRE

En guise de préface
1. Penn beg ar roz (Pointe de la chèvre)
2. Attente
3. Mauvais augure
4. Dérive
5. Echouage
6. Phare
7. Crachin
8. Echu an abaden ? (Fin de l’histoire ?)
9. Marine 1
10. Ouessant
11. L’ Ondine
12. Coquillage orange
13. Message
14. Oiseau de mer
15. Calvaire
16. Marine 2.
17. Penn ar bed
18. Vacances 1
19. Vacances 2
20. Sonnet du vieux marin
21. Marée haute
22. Marée basse
23. Comptoir

***

En guise de préface…

Juste quelques vers
Un peu cartes postales
Bien mouillés d’embruns
D’écumes et de vagues
Juste quelques mots
Pour dire

Que même sans être de là-bas
Quelque part mon âme
Est
Du bout de la terre

Penn ar bed
C’est ainsi qu’on dit
« Finistère »

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***

1. PENN BEG AR ROZ

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(Pointe de la Chèvre)

Mer
Que parsème
La terre
Infini mythe
Qui s’épanouit
Quand se perd
Tout repère

Quelle plume
Puis-je plonger
Dans cette encre
Tant éprise
Du livre épars
De la terre ?

Quel fol orgueil
Mouille mes mots
Là où chants marins
Et vers d’embruns
Corps et biens
Se sont perdus ?

Mémoire bleue
Qui scintille de souvenirs
Voile tendue
Toile éperdue
En quête du temps

Futur
Vieux capitaine blême
Phare éteint que l’écume bafoue
Gouvernail fou que le temps aliène
Récif qu’affleure
Le néant opaque
Ultime creux
Où se love la lame
Qui d’un geste
Sème
De larmes
La terre

O que je suis petit
Rétréci dans mon piètre chagrin
Face à tant de pleurs dignes
Pâle fierté de l’écume
Goupille saline du marin
Serpent d’albâtre
Sur les corps perdus

Mon pauvre vaisseau fantôme
Tu n’es qu’une seule goutte de sel
Sur le marais mouvant du temps
Que labourent
Depuis toujours
Gréements et cormorans

***

2. ATTENTE

C’est donc moi
Ce marin marri
Qui le soir guette
Le message
Des mouettes
Qui scrute
Les pensées volatiles
Des phares
Qui sonde
Les augures
Les battements secs de mon cœur
Comme la vague courroucée
Qui se cogne sur la coque
Comme un lancinant
SOS
Qui ne cesse
De psalmodier
La marée basse
En attendant
Une miraculeuse
Etoile de mer

***

3. MAUVAIS AUGURE

Et si
C’était la dernière absence
Le mauvais présage
De toi au néant
Et si
Cette onduleuse solitude
Qui marine son bleu
Et secoue ses algues
Comme toi tes cheveux
En zouk chaloupé
N’était que la métaphore
Lumineuse
De mon désert promis

***

4. DERIVE

Je suis un naufragé
Perdu dans ton silence
Et la tempête furieuse du souvenir
Vient soulever
Une houle mauvaise
Mes SOS
Portables
Se perdent
Sur des formules plates
Future épave
J’oscille
Démâté
Piraté
Pavillon noir
Pas de quartier
Mon cœur se saborde

O corsaire
Sans une écorce de pitié
Ton butin de sanglots
Te ravit-il enfin ?

***

5. ECHOUAGE

Moi mauvais marin
Mousse
Eternellement débutant
Je me meurs de rester à quai
A l’attente d’un arrimage
Du bateau du retour

Et je me souviens
Des mauvais grains
Des tempêtes lourdes
Où coulait mon cœur
Des cruelles vagues
Giflant de leur fouet salé
L’horizon rose
Qu’aspirait mon voyage

Perdu à quai
Maudit en mer
Je me morfonds de mon amour
Echoué

***

6. PHARE

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(De l’Ile Vierge, ou d’ailleurs, ou de nulle part…)

Et si j’avais le courage
D’être phare
Dans la tempête de ton silence
Et de me dresser
Dur et ferme
Parmi l’écume indifférente
De ton absence
Et d’attendre
En paix
La fin des hostilités
Pour étendre serein
La mansuétude paisible
De mon pardon
Sur l’abandon
De tes promesses
Comme le vent oublie
Ses voiles sur la carte

***

7. CRACHIN

Que cette eau me lave
Que le crachin souille
De ses crachats
Mon orgueil courbé
Sous ton mépris
-Tant de dignité rendue
Coup pour coup
Talion maudit ! –
Reptation de la mousse
Ecumant ses pleurs
Sur un sable vain
O que me rince le sel
De ton amour mouvant
Qui n’est que le revers
D’un rêve à l’envers
Un naufrage secret
Qui renverse d’un coup
La coque de noix
De mon cœur passoire

***

8. ECHU AN ABADEN ?

(Fin de l’histoire ?)

J’étais venu
Au bout de la terre
Sans savoir
Que c’était le bout
D’une histoire
Ton message s’affiche
Dérisoire
Serpent de mer
Sur le sable moite
De ma mémoire
Et
Marin solitaire
Je brancherai demain
Le cinéma d’antan
Des souvenirs déchus
Pendant que dans la nuit
S’avancera humide
Ma voile vacante
Avide d’un vent nouveau

***

9. MARINE 1

La bruine poétise
Ton absence
En crachin
Un voile de silence
Enveloppe le temps
Et diffuse
Un brouillard moite
Qui s’étend
Larmoyant
Sur un demain absurde
Autant
Qu’une voile à contre-vent
Que le récif obsède
Roc perfide
Qui se marre d’écume
Devant
Mon cœur dénudé
Comme un fil
A court-circuiter
Un matin de Titanic

***

10. OUESSANT

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Qui voit Ouessant
Voit son sang

(dicton breton)

Ouessant
Lave son destin de sang
D’un simple halo de gaze
Qui sans pudeur
Panse les plaies passées
De cet horizon pervers
Pointillé de voiles
Qui
(Loisirs du vent
Droguées d’espace
Etoiles écartelées
Oubliées de la terre
Immensément saoules
Ouvertes vers la liberté)
Joyeuses
Voguent sur un cimetière
Et l’illusoire soleil
Scelle le palais de verre
Où se perdent les âmes des cormorans
Cris têtus d’un vol insensible
Qui picore d’un naufrage à l’autre
D’un long coup d’aile
Indifférent
Qu’au passant
Le vent offre
Insouciant

Ouessant
Perle pâle
De la mort étale
Et mon amour
En perdition
S’y reconnaît
Comme un marin
S’accroche
Au phare flou des souvenirs
Qui clignotent encore
Dans l’encre de l’oubli

Notre avenir est-il
Le destin de cette île ?

***

11. L’ONDINE

(Un bar quelque part…)

Le voyage devenu vain
Se revit en verre
Marin naufragé
Ton iceberg sanglant
C’est ce glaçon qui chute
Au milieu de la buée
De ton âme
Que burine les embruns
Tu te noies
Sans bouée
Seul
Dans un liquide étale
Qui lance la tempête en toi
Mauvais ressac
Des souvenirs mouillés
Tes yeux perdus
Qui
Autrefois perçants
Guettaient la barre
Aujourd’hui
Se perdent glauques
Dans les brumes de ce bar
Où tu sombres

***

12. COQUILLAGE ORANGE

Sur mon coquillage portable
Je lis les mots
Que l’amour a abandonné
Sur la plage
De ma messagerie navale

Le même vent
Porte cet oiseau
Et ton avion
Le même élan
Porte l’écho
Qui me maintient à flots
En attendant
La marée

Et cette mouette
Eblouit de bruit
Ma passion muette
Qui brûle
Son baiser marin
S’un sel secret

***

13. MESSAGE

Et la nuit laisse
Un message
Comme la mer
Un coquillage
Là où j’écoute
Le vent de ton amour
Héritage
De ton voyage
Espoir
D’un vol nouveau
O cormoran de mon âme
Accroche-toi à ce rocher
Qui se brise de larmes inutiles
Qui se cristallise d’écume
Comme un parfum de nuit
Qui se révèle au soleil

***

14. OISEAU DE MER

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Cormoran
Cri mourant
Corps mordoré
Cœur mordant
Corps mouvant
Cœur amant
Corps de mer
Ancre de fer
Encre de vers

Et mort en moi
Sans ton cri vivant
De nos corps allant
En mer en nous

***

15. CALVAIRE

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Seule
L’alchimie
De la souffrance
Peut
Mettre au monde
Un tel or pur

Calvaire
De pierre
Douleur figée
Eternité de pleurs
Que cristallise la beauté

Nous sommes tous
En chemin
Vers notre calvaire
Mais des pierres
Jaillira le diamant
D’un poème
Juste pour toi

***

16. MARINE 2

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Ici le silence
Bruit de son roulis
Immerge l’absence
En un roulement d’algues
Qui se tordent
Dans le repli gris
De l’immobile mouvement
Qui répète à l’envi
La satiété de l’ennui
Sans jamais se fermer

Blessure bleue
Qu’aucun soleil n’abrège
Et qui se lave elle-même
De ses rouleaux de sang
Miroir incandescent
Qui se joue de mes larmes
Et se rit de l’éternité
Théâtre d’ombres
En pleine lumière

Et ma vie
N’est qu’un jouet ficelé
Un néant inutile
Qui s’articule ridicule
Sur l’ombre qui tombe
Du récif isolé
Gerçure du temps
Eperon guettant
Les sourires à engloutir

Si ton silence s’étend
Vois mon navire
En partance
Grinçant d’espérance
Cinglant son pavillon
Enivré d’horizon

***

17. PENN AR BED

La voici donc la fin
Comme un couperet
Un arc en ciel se fraie
Un espace
Entre deux nuages
La mouette passe
Puis s’efface

Penn ar bed
Fin de la terre
J’y suis
Et le cœur pleut
A n’en plus finir

Penn ar bed
Fin de la terre
Sans pardon
Et les calvaires
Se signent
Sur ma route

Penn ar bed
Cet oiseau déchire
De ses cris
Les lambeaux
De mes souvenirs
Epouvantail risible
Que le vent rend vain

Penn ar bed
L’horizon s’ouvre
Comme un livre blanc
Aussi sûr
Qu’un cri de cormoran
Sans écho

Penn ar bed
Jetez des lys
Sur l’estuaire de l’Aber
La marée se retire
Et ne laisse que la lie
Sur ce lit
Que la boue macule

Penn ar bed
Retrait de la mer
Coquillage chu
Oublié des fonds
Je suis ton frère de grève
Et j’erre à travers les ondes
A l’appel des souvenirs

Penn ar bed
Les îles pointillent
Les cartes
Comme une épidémie
Et je suis contaminé
Par le virus antique
I love you
Qui écartèle mon logiciel
Et fond sur mes joues

Penn ar bed
Faux capitaine
Au cœur en carton pâte
Qui tient la mer
Haut et court
Comme un pendu sa corde
Une fleur naïve à la main

Penn ar bed
Je suis au bout
Plus loin qu’est la mer
La vie en bière
Sans retour

Penn ar bed
Naufragé volontaire
Ton iceberg est ce glaçon
Qui passe d’un verre à l’autre
Et te ronge le sang
Récif domestique
Pour un Titanic quotidien

Penn ar bed
Bois ta mémoire
Au fond des bars
De ta bière
Il ne reste plus mousse
Et s’envole comme bulle
L’or de son corps

Penn ar bed
Fin de la terre
Fin de l’histoire
Il faut se taire
Et cesser d’y croire

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***

18. VACANCES 1

De guerre lasse mon boulot me plaque
Cessant son harcèlement abruti
Il part se faire la malle avec le soleil
Alors
Je vaque

Mes amies les vagues
Et vos jeux mouvants de cormoran
Vos longs mots d’écume
Au bout d’une pensée de brume
Sur l’aile brouillée d’un embrun
Qui va où veut le vent
Je reviens vers vous

Mes amours emberlificotées
Filent un mauvais cocon de vers mal tressés
Et m’imposent une pause papillon
Alors
Je vaque

Mes amis les rocs
Solitaires aux dents humides
Là où tombent les naufrages
Vous qui raclez les fonds de cale
Pour évider l’impertinence folle
Des coquilles de noix
Et de leurs quilles qui penchent
Je reviens vers vous

Ma vie tangue si mal qu’elle s’échoue
Pantelante sur une plage prétentieuse
Qui veut se donner des airs de désert
Alors
Je vaque

Mes amis marins
Ou qui autrefois le furent
Et qui tiennent bien le bar
Pour ne pas sombrer
Dans la traîtrise trouble
Etale et sans vague où
Doucement fond
Un iceberg en réduction
Plus pervers que le vrai
Je reviens vers vous

Et je vaque
Avec mes mots masqués
Mes manques et mes images truquées
Mes faux miroirs et leurs mensonges
Mes élans illusoires
Mes amours de mouette
Qui ne font que voler sans jamais se poser

Voilà pourquoi mon cœur en quarantaine
Marin qui s’ignore
Avec ses souvenirs pendus au mât de misaine
Œil perdu amputé des serments qui sombrent
Corsaire revenu d’antiques légendes
Ne peut plus s’ancrer
Que sur les pointes ultimes
A l’horizon du mystère
Au bout de la terre

Penn ar bed

Finistère

***

19. VACANCES 2

Assez

Des bisous de dix sous ou bien des baisers biaisés
Des cœurs croisés que se dispute une fierté déniaisée
Des lèvres postiches qui tachent mon vieux vin éventé
Des serments que démentent les embrasements frelatés
Des feux de paille que le désir allume pour mieux les éteindre
De la fumée qui dérobe le bonheur quand on pense l’étreindre
De l’aube livide où le fard s’efface sous de hideuses grimaces
Des rencontres tarifées qui ne laissent ni noms ni traces
Des lendemains qui gémissent après l’infamie de la nuit
Du mensonge absolu que tu ériges en principe de vie
Du désir idiot qui infantilise et nous place sous dépendance
Des mots qui explosent plus vite que les corps du silence
De la banalité sans lumière malgré mes rêves d’arabesques
Des fausses fées et des sabbats grotesques
De la sorcellerie que devient l’amour sur le brasier des vanités
Des illusions qui se perdent avec entêtement et ténacité
De la descente infinie spirale qui nous aspire vers l’ennui
De cette vie évidée comme une noix noircie
Du passé comme seule parure au présent démâté
De cette existence manquée comme un éternel train raté
Des quais de gare où je flagelle ma mémoire
De l’oubli vain qui voudrait refaire l’histoire

Assez

Je vous laisse mes pensées muettes
Et je m’en vais vers les mouettes
Pour leur raconter mes tempêtes
Sous les rires des vagues en goguette

***

20. SONNET DU VIEUX MARIN

Vieux marin d’eau amère au cap décapité
Tu peux souquer ferme la marée se retire
Ta mémoire se perd ce fut un beau navire
Sur ton radeau se rouille un soleil dépité

Je ne suis qu’un pilier sur lequel tient ce bar
Mais je sais la tempête et les pleurs naufragés
Oh faites-moi chanter mes vers sont enragés
Parmi les rocs d’antan mes mots tiennent la barre

Je ne suis qu’un rafiot le cœur en cale sèche
Un gréement fantôme où le passé se perche
Sur l’aube chavirée l’épave conjugale

Reviens vieux fou de vent collectionneur d’étoiles
Fausse métaphore qui souffle dans les voiles
L’horizon azuré d’un grand large idéal

***

21. MAREE HAUTE

L’aurore salée
Lève ses yeux de brume
Sur l’horizon décomposé
D’un matin d’habitude

Tandis que
Le ressac en rage
Crache son mépris de falaise
Exhibe les lézardes souillées
Des rocs dépouillés
Fustige
Les secrètes cicatrices du granit
Gifle la mâchoire cariée
Du temps noirci
Là où la bave de l’écume
Part en fumée

Le jusant d’hier a décoiffé
Les algues chiffonnées
Estropiées parmi les restes
Du reflux
Mais d’un simple geste
De vague
Les voici à nouveau
Fleurs ensorcelées
Mousses multiples à l’ample floraison
Boucles onctueuses des sirènes
Reines souples d’entre deux eaux
Aux déhanchements voluptueux
Qui dénouées et ivres
S’abandonnent au roulis

Mon cœur à sec
A la quille ensablée
Sois patient
Guette au loin
La marée du miracle

***

22. MAREE BASSE

J’écume ma mémoire
Comme un vieux matelot

Marin d’eau aigre
Sans avoir d’accroché
Ni le cœur
Ni le pied
Sauf ceux qui dansent
Sur la métaphore infinie
Où tournent les pages
Successives
De la marée des regrets
Houle du temps
Hâle du sort
Halo du soir
Sur les voiles du port
Et je ne suis que passant
Quai de brumes
Quand se lève l’insoluble
Le moment qui fume
A l’aube inéluctable

Fends-toi mer amère !
Que se mêle en ton sillage
-Trait qui fond-
Les algues de sang
Et les larmes muettes
Que crient les cormorans !

Ulysse et Béhanzin
Destin parallèle
Entre histoire et légende
Navigateurs sans îles
Princes d’exil
Et toi sirène
Qui hante mes vers
Tu chantais l’océan
Vers un ailleurs de récif
Allumant des feux
Pour mieux
Fracasser les coquilles de noix
Des larmes égarées

O princesse
Née d’un sang de défaite
Fille de l’honneur sauf
Dans de vieilles débâcles
Voici que je suis
Moi fils des vainqueurs
A toi remis
A ton pardon promis

Et toi magie moderne
Coquillage portable
Echo du cœur qui bat
Quand je guette
Entre deux plages
Entre deux absences
Le silence de la sirène
Le souvenir de la princesse

Flot qui bafouille sans cesse
Entre partir et revenir
Vois mes traces ténues
Je suis délavé
Comme une grève usée
Que piétinent
Une piétaille de cormorans
Affamés

Et je reste sans voix
Devant la vague immature
Qui lèche pour détruire
Qui embrasse pour abandonner
Et confie au sable indifférent
Les fleurs nacrées de son ventre

Nargue-moi mer !
Tu en as vu d’autres
Mais si je tangue
A ton image
Je contemple en toi
-Miroir de sel-
La propre statue
De mon désir prétentieux
Comme un château de sable
Promis au vent mou
Aux futurs remous

Remugles vains
Tu sembles un souvenir
Et tu n’es qu’oubli
Tu portes les voyages
Comme le ciel les oiseaux
Et ton ombre est sans partage
Quand je me penche sur toi
Je ne vois rien
Qu’un trou sans mémoire
Où s’en vont des fruits moirés
Dans une suspension d’ouate
Qui défie à jamais la ligne droite
Même celle que prétend tracer
Là-bas l’horizon

Qui suis-je
Devant tant de souvenirs
Que se pendent les algues ?

Me reviennent en houle
Les vagues de dunes
Et le lamento du vent
Dentelle mouvante
De son halo hurlant
Et voici que tombent
Sur cette plage
Les bras d’ébène

Sirène d’autrefois
Amour ensablé que l’eau panse
Que l’écume couve
En riant de toutes ses dents
O mauvaise marée d’antan
Je ne suis qu’un marin descendu
Et mon port se perd au présent

Voiles disparues
Sirènes aperçues
Voix de l’écho
Sur des étoiles de mer
Qui sèchent sur les murs
Reliques salées
D’un amour d’eau douce
Et je marche sur les traces
De Nausicaa

Moi le voyageur éperdu
Quelle peau pour apaiser mes plaies ?
Quel onguent licencieux
Pour revivre en silence
L’assaut épique
Des légendes vaincues ?

O mer toi seule sais
Le rire de l’éternité
Ces pas que tu baignes
Sont déjà morts mille fois
Et le reflet que tu offres
Ouvre un puits sans fond
Un néant qui n’oublie rien
Et qui toujours se tait
Tu lèches de tes lames
Le fil du rasoir qui nous use
Sur des berges glabres

Fest notz
De la houle qui s’écroule
Sur les vagues à venir
Sur celles qui furent parties
A jamais
Pour revenir sans cesse !

Fest notz
D’une danse des hanches
Qui lance à la vie
L’éclat de perles
D’un instant d’écume
Sur l’éternel tableau
De ce qui est !

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***

23. COMPTOIR

Voici l’heure grise des tournées de comptoir
Pots du mal de vivre pichets d’éclats de rire
Gros rouge des farces bolée des souvenirs
Un miroir éméché marine ses déboires :

« J’ai tout vécu j’avais à l’ombre des mouillages
Ma collection de cœurs aux quatre coins des pôles
Plein de blacks des blondes des niaques des créoles
Aux escales l’amour est un jeu d’abordage

Vois-tu il faut aimer sachant que chacun triche
Qu’un esquif plus jeune qu’un vieux trois-mâts moins chiche
Vont plonger leur ancre dans les ports que tu laisses

Mais foin de ces catins fausses fées qui me brûlent
Je fais feu de tout bois sorti de leur férule
Et avec ma femme je trompe mes maîtresses »

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5 commentaires »

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    Commentaire par Julian — septembre 15, 2012 @ 9:46 | Réponse

  5. Sublime lecture, je vous remercie !!!

    Commentaire par Arrondir a Domicile — janvier 27, 2014 @ 7:31 | Réponse


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